Auteur : Leary Ann

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lundi, 18 septembre 2017

The good house, d'Ann Leary.

The good house

L'ouvrage:
Hildy Good, agent immobilier, vit seule (ses filles sont adultes et son mari l'a quittée) dans le petit village où elle a grandi. Elle revient d'une cure de désintoxication, ses filles l'ayant plus ou moins forcée à se débarrasser de son addiction à l'alcool. Souffrant quelque peu de la solitude, elle se rapproche de Rebecca McCalister, arrivée au village il y a peu avec son mari et ses enfants.

Critique:
Comme «The children», ce roman paraît lent, mais tous les éléments qu'Hildy nous donne sur le ton de la conversation sont intéressants, et il faudra s'en souvenir par la suite. Je ne me suis pas du tout ennuyée. Ann Leary décrit un personnage à la fois attendrissant et agaçant. Hildy est avisée, a du coeur, s'arrange comme elle peut des aléas de la vie. Cependant, elle peut se montrer injuste et méchante avec ceux qui veulent l'aider. Je l'ai comprise tout en la blâmant. C'est ce qui, pour moi, fait l'une des forces du roman: cette femme éveille la compassion, mais on a envie de la secouer.

Parmi les habitants du village, on trouve les Dwight. Ils ont un enfant attardé mental. Hildy raconte une scène dans laquelle Rebecca fait une gaffe parce qu'elle ignore cela. Pour moi (et apparemment pour ceux qui y assistent) Cassie Dwight s'y montre parfaitement odieuse. Il est normal qu'on ait des égards pour elle, et surtout pour son fils, mais sa situation ne lui donne pas le droit de se comporter comme une peste. Dans la suite du roman, Cassie n'est pas beaucoup plus appréciable. Certes, elle a des imprévus, mais le caprice qu'elle fait quant à sa maison m'a un peu agacée.

Dans le chapitre 2, Hildy fait une démonstration de son «pouvoir»: lire dans les pensées. Elle explique bien qu'il n'y a rien de magique là-dedans, mais qu'elle est attentive aux expressions du visage, à la posture de la personne. En outre, dans un petit village, beaucoup de choses se savent. À un moment, elle explique que la plupart des voyants sont observateurs, ce qui fait qu'ils arrivent à «deviner» pas mal de choses. J'ai bien aimé que l'auteur dise cela, car je pense que c'est vrai pour beaucoup de voyants. D'autre part, le «don» d'Hildy, utilisé tout au long du roman dans diverses circonstances (drôles au début, puis plus graves ensuite), finit par lui souffler de mauvaises réponses concernant une chose importante. Ce n'est que par la suite qu'elle interprétera correctement ce qu'elle a observé.

La période que raconte l'héroïne est traversée de moments drôles et attendrissants, comme la soirée de Thanksgiving ou la scène où Emily arrive inopinément chez sa mère. Cela montre une famille dont les membres s'aiment profondément, malgré leurs difficultés à communiquer. On retrouve cela dans les relations entre Hildy et Franck ou Hildy et Rebecca. Notre héroïne n'ose pas toujours dire ce qu'elle pense, et lorsqu'elle le fait (de rage ou de peur), ce n'est pas forcément comme il le faudrait.

Je ne sais pas trop quoi penser de Rebecca. J'aurais tendance à la voir comme la voit Franck, même si dans la scène entre elle et Cassie (et même en d'autres occasions) elle était sympathique et semblait être quelqu'un de bien. Elle aussi a plusieurs facettes... C'est cette complexité qui fait que les romans d'Ann Leary sont riches et aboutis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Caitlin Thorburn pour les éditions [Oakhill Publishing.| http://www.oakhillpublishing.com/]

jeudi, 23 mars 2017

The children, d'Ann Leary.

The children

L'ouvrage:
Lake Side, maison de la famille Whitman, dans le Connecticut. Joan et sa fille, Charlotte, y habitent. Sally, fille aînée de Joan, y fait quelques séjours. Everett Haystings est leur voisin. Il vit sur la propriété des Whitman en échange de menus travaux. Lake Side appartenait à Witt Whitman, aujourd'hui décédé. Joan est sa seconde épouse. Perry et Spin sont les fils que Witt a eus d'un premier mariage.
C'est un tournant de l'histoire de ces gens que nous raconte Charlotte. Spin vient de rencontrer Laurel, et parle mariage. Il va la présenter à ses proches. C'est au cours de leur séjour à Lake Side que cette famille, en apparence unie, va connaître quelques secousses...

Critique:
Après avoir apprécié «Outtakes from a marriage», j'ai été contente d'avoir l'occasion de lire «The children», que j'ai d'ailleurs préféré.

Ann Leary joue avec son lecteur. Elle rappelle qu'il ne faut pas forcément croire tout ce qu'on nous dit et nous montre. L'exemple que je peux donner sans dévoiler l'intrigue est celui de Charlotte. Elle est attachante, équilibrée, lucide quant à elle-même et ses failles. Cependant, elle ment. Elle a créé un blog où elle s'invente une vie. Ses lecteurs la croient inconditionnellement. Pourtant, ils n'ont aucune preuve de ce qu'elle avance. C'est criant de vérité, mais rien n'est prouvé. C'est d'ailleurs faux.

D'un autre côté, Sally finit par avoir une certitude concernant tout autre chose. Sally étant d'humeur instable, ayant des tendances paranoïdes, et affirmant ce qu'elle pense avec force exagérations, il est difficile au lecteur et aux Whitman de la prendre au sérieux. Là encore, Ann Leary pose habilement la question des apparences. Pourquoi croire une personne davantage qu'une autre? Parfois, calme et pondération ne sont que façade, alors que hurlements et affirmations délirantes émanent d'une personne que son hypersensibilité empêche d'être posée.

La famille Whitman pensait mener une vie tranquille, mais le séjour de Spin et Laurel remettra tout en question. Certains ont un point de vue différent sur certains événements. Des faits n'ont pas été vécus de la même manière par tous. Si le lecteur se range forcément du côté de ceux qui ne veulent pas nuire, il comprend le point de vue de la personne manipulée. Elle n'a pas forcément réagi comme il fallait à l'époque, et c'est ce qui a construit le terreau que la personne manipulatrice a tout de suite su exploiter. Donc à la base, la famille n'était pas bâtie sur des fondations extrêmement solides. Davantage de communication aurait pu empêcher ce que Charlotte conte aujourd'hui. C'est rassurant parce que cela veut dire qu'aussi forte que soit la personne manipulatrice, elle n'aurait pas eu de prises si les fondations avaient été solides. La manipulation m'effraie, mais ses limites sont visibles: s'il n'y a pas de failles, le manipulateur se cassera les dents.
Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer ce roman à «Ma meilleure ennemie». Pour moi, Ann Leary joue beaucoup plus finement que Paula Daly. Dans «The children», tout est réaliste, je n'ai rien à redire, alors que Paula Daly avait dû créer des invraisemblances pour faire passer certaines choses.

La façon de raconter de Charlotte peut être un peu déroutante, car au début, elle louvoie entre passé et présent. Plus tard, elle raconte un événement marquant, mais de manière un peu brouillonne. Après coup, je trouve que l'auteur a bien fait, car elle l'a raconté tel qu'il a été vécu, et non avec la «froideur» de celle qui l'a «digéré». Les émotions ressenties alors par les protagonistes (du moins par Charlotte) nous sont données de manière brute, ce qui est beaucoup plus fort et intéressant que si le récit avait été fait de façon chronologique et précise. D'une manière générale, tout est bien agencé, rien n'est tiré par les cheveux. La fin est en demi-teinte. J'aurais aimé que certaines choses se passent autrement, mais ce qu'a imaginé l'auteur est bien plus réaliste.

Le titre est très bien trouvé, non seulement parce que les enfants de Joan et Whitt sont au centre des faits, mais aussi à cause de la référence à «Have you checked the children?», phrase tirée du film «Terreur sur la ligne» («When a stranger calls»). J'ai souri, car c'est le deuxième roman que je lis évoquant ce film. Cela me donne envie de le regarder. Après recherche, j'ai constaté qu'il date de 1979, et qu'un remake en a été fait en 2006. Je compte regarder celui de 1979, l'original. Cependant, je pense que j'en ai entendu parler dans mes lectures grâce au remake qui, apparemment, a beaucoup plu aux États-Unis, davantage que l'original, si j'ai bien compris.

Remarque annexe:
Éluciderez-vous l'énigme de monsieur Propre? Quant à moi, je n'ai rien deviné avant que l'auteur ne le décide. La solution de cette énigme ne laissera pas le lecteur indifférent...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gretchen Mol pour les éditions Macmillan.
J'ai découvert Gretchen Mol avec ce roman. Je l'ai tout de suite appréciée. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les différents personnages, ce qui m'a ravie, surtout à l'heure où beaucoup le font. Son jeu est naturel. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir!