Orages sur Calcutta

L'ouvrage:
Calcutta, fin 1939.
Mardukar Pradesh revient dans sa famille, après avoir passé quatre ans à étudier en Angleterre. Il compte bien ouvrir un cabinet d'avocat. Chez lui, il ne retrouve que son frère, Sanjay. Il lui apprend que leurs parents et leur soeur sont morts dans un accident ferroviaire. En outre, Sanjay souhaite se battre pour vaincre les nazis. Pendant qu'il sera au front, il compte sur Mardukar pour superviser l'entreprise paternelle de tabac.

Victoria O'Grady a vingt-six ans. Elle doit prochainement épouser Bob Hopkins. Les deux familles sont ravies d'unir leurs fortunes. L'indifférence de Victoria envers Bob se change peu à peu en aversion. Répulsion renforcée par la vague attirance qu'elle commence à ressentir pour ce jeune indien rencontré à l'hôpital où elle travaille.

Critique:
Ce roman mêle amour et énigme sur fond d'histoire. Bien sûr, certaines choses sont un peu faciles... par exemple, le monde que refuse Victoria paraît odieux, surtout les personnages pleins de fausseté et de convoitise qui y gravitent. Il est vrai que ce monde est vu à travers les yeux de Victoria qui en a tellement assez qu'elle n'en voit que les mauvais côtés. L'auteur corrige quelque peu le tir vers la fin, en montrant des personnages qui ne sont pas exactement pareils, et ne réagissent pas de manière semblable. Ce manichéisme ne m'a pas trop gênée, d'abord parce que certains colons devaient sûrement être ainsi: étalant avec morgue leur luxe, pensant que tout leur était dû, etc. D'autre part, l'auteur décrit très bien ce pays où tout était à deux vitesses, ou le faste côtoyait l'extrême pauvreté.

La structure linéaire de l'intrigue me convient. Il y a bien quelques ellipses, mais elles évitent des lenteurs, donc elles ne sont pas malvenues. Moi qui trouve souvent que les prologues sont inutiles, voire desservent le roman, ici, je pense que l'introduction est pertinente: elle symbolise l'attachement entre les deux frères, et le lecteur y repensera peut-être alors que Sanjay et Mardukar se heurteront parfois, pendant le roman.
La fin me convient. Là encore, on pourrait reprocher un événement un peu facile, mais il ne m'a pas gênée.

Les personnages dits «gentils» ne sont pas sympathiques tout au long du roman. C'est mieux ainsi, car ils ont l'air plus humain.
Victoria peut être agaçante, au début, à retourner ses doutes, à hésiter... Pourtant, elle n'aurait pas été crédible si elle avait tout laissé tomber tout de suite de manière insouciante. Ensuite, j'ai pensé que coupée de son monde luxueux, elle se transformerait en petite fille capricieuse et imbuvable. C'est ici qu'on peut soit l'admirer, soit penser qu'elle n'est pas crédible.

Sanjay m'a également agacée, au début, à faire son caprice pour aller se battre. Cette obsession n'était pas à son honneur, à mon avis, d'abord parce qu'il aurait effectivement pu être un poids pour ses compagnons. Ensuite, il voyait bien que son frère ne tenait pas à diriger l'entreprise, il aurait dû se douter que cela tournerait mal. Cependant, son intention était pure, il était réellement révolté des actes d'Hitler, et plaçait le sort d'un peuple avant le sien. Cette abnégation était louable.

Quant à Mardukar, il se fourvoie souvent (l'une de ses erreurs est d'ailleurs un peu grosse, même pour lui), mais à l'instar de son frère, il évolue, réfléchit, et finit par se remettre en question, même si cela lui est difficile.
Les histoires d'amour sont peut-être un peu faciles, mais elles s'inscrivent bien dans le roman, dans la vie des personnages.

Un livre qui détend, une fresque qui fait passer un bon moment, dans laquelle l'auteur parvient à immerger son lecteur. À lire pour se détendre.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver la voix si particulière (à la fois feutrée et dynamique) de cette lectrice. En outre, elle ne cabotine jamais, restant sobre et naturelle. Je regrette que depuis quelques livres, elle prononce certains noms en tentant de prendre un accent anglophone. Cela gâche un peu sa prestation qui, par ailleurs, est de qualité.

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