L'étreinte du passé L'ouvrage:
Cass Evesham est brillante. Dans son travail, on l'appelle "la tueuse". Elle est combattive, et ne s'en laisse pas compter. Outre que c'est dans son caractère, elle est bien obligée de se comporter ainsi, car ses collègues masculins sont sans pitié.

Livia Claughton a passé vingt-cinq ans en prison, pour le meurtre de son mari, Henry Claughton, architecte, et de Flora Gainsborough, une cantatrice de renom. A sa sortie de prison, elle doit ruser, afin d'échapper aux journalistes, qui tels des charognards, courent après n'importe quelle bribe de ragot. D'ailleurs, Julia, la fille de Flora, les aiguillonne, et ne se prive pas d'accorder des interviews. Elle fait cela pour se faire de la publicité, cela redonnera du souffle à sa carrière. De plus, elle est assoiffée de vengeance...

Cass, qui avait trois ans lors de l'arrestation de Livia, connaît l'affaire de celle qu'on appelle "la harpie". Mais elle n'a jamais fait le rapprochement avec sa famille, et sa mère s'est bien gardée de lui révéler que Livia était une de ses parentes. C'est un journaliste qui lui apprend que c'est sa grand-mère. Après certaines hésitations, Cass se décide à aller voir Livia...

Critique:
Le début est assez prometteur. Il y a de bonnes idées. Par exemple, Livia raconte à Cass certaines horreurs de la prison. Cela ouvre les yeux de Cass sur l'univers carcéral. Le lecteur non averti apprend des choses également.
Ensuite, l'histoire ne se résume pas à: "Livia a tué Henry et Flora, parce qu'Henry la trompait." Les choses ne sont pas aussi simples.
En outre, Clare Layton montre bien la bêtises humaine: Cass est la petite-fille de la harpie, alors, il faut faire attention, elle est peut-être dangereuse, pensent certains. La romancière met bien cela en avant, afin de montrer à quel point les préjugés peuvent être nocifs.

Pourtant, il y a certaines choses assez mal exploitées ou trop simplifiées. Par exemple, on découvre que Julia en veut surtout à Cass, et on découvre également pourquoi. Mais ensuite, la piste n'est pas exploitée. On attend que Julia et Livia se revoient, afin que Julia puisse faire sortir tous les sentiments compliqués qui bouillonnent en elle, nés de choses qu'elle n'a pas digérées, de blessures non pansées.

En outre, on s'attend très rapidement à ce que Cass et Christopher Bromyard finissent ensemble. Le personnage de Christopher est d'ailleurs un peu difficile à croire. Il change du tout au tout. Cela est expliqué par sa grande crise existentielle, sa grande remise en question. Soit, mais c'est un peu gros.

Livia accepte de s'occuper d'un petit garçon, Bobby, qui est un enfant difficile. Elle lui donne des cours d'écriture et de lecture. A onze ans, il n'a connu que la violence, et donc, ne connaît que cette manière de s'exprimer. Livia répond à ses grossièretés, et à ses excès de mauvaise humeur par de la douceur, et essaie de lui expliquer calmement pourquoi il vaut mieux faire comme ça que d'être violent. Par exemple, Plumo, le chiot de Livia, est tout petit, et n'a pas encore compris qu'il devait faire ses besoins sur les journaux disposés pour lui à cet effet. Bobby propose de le mater en le frappant, alors que Livia explique qu'elle préfère lui montrer encore et encore l'endroit où il doit faire ses besoins, sans user de violence. Il semble que Bobby comprenne, au bout d'un moment, et que les cours lui soient profitables, ainsi que la façon dont Livia s'occupe de lui. Personnellement, je trouve cela un peu gros. Bien sûr, c'est possible, mais je pense qu'on n'arrache pas un enfant à la violence, juste parce qu'une seule personne se montre gentille et attentionnée envers lui. D'ailleurs, le fait que Livia soit la seule adulte à essayer d'aider Bobby est un peu gros également. L'enfant est dans une famille d'accueil, et nous avons un aperçu de sa "mère d'accueil". Elle le houspille sans arrêt, le traite de délinquant, et a l'air assez rustre. Quand on accepte d'être famille d'accueil, on ne se comporte pas comme ça avec les enfants: on a un minimum de psychologie et de jugeote. Bien sûr, il y a des gens qui font ça uniquement pour toucher l'argent qui va avec...

(Attention, je vais dévoiler la fin, donc, ne lisez pas ce paragraphe, si vous comptez lire ce livre.)
A la fin, Livia se fait agresser par des enfants à qui Bobby a dit qu'elle avait de l'argent. Celui-ci ne pensait pas que l'agression irait aussi loin, et on peut penser que ce choc lui sera bénéfique. Seulement, Livia refuse de porter plainte, expliquant que si elle le faisait, Bobby se retrouverait mêlé à tout cela. Il n'a pas été le plus violent, mais il faisait partie de la bande. On peut comprendre Livia: elle a réussi à sortir un peu Bobby de la violence, elle ne veut pas l'y replonger avec la garde-à-vue, le tribunal, la maison de redressement... Mais on peut aussi penser qu'elle aurait peut-être pu obtenir que Bobby soit épargné par la police. Son attitude entière laisse une grande amertume au lecteur, car il ne peut s'empêcher de se dire que Darren, celui qui a été le plus violent, recommencera, s'endurcira, et fera de plus en plus de victimes. Bien sûr, c'est un roman, donc, ça s'arrête avant, mais ce genre d'attitude entraîne ce genre de comportement, à mon avis.

Donc, je ne conseille pas vraiment ce livre. Il n'est pas trop mal, mais il y a mieux.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andrée Genoud pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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