La petite et le vieux

L'ouvrage:
Hélène a huit ans. Elle prétend en avoir dix pour pouvoir vendre les journaux dans son quartier. Elle aimerait être un garçon, et se passionne pour l'anime «Lady Oscar».
Un jour, elle rencontre Roger, un vieux monsieur tout juste arrivé dans le quartier. Une amitié va se tisser entre lui et la famille d'Hélène.

Critique:
Marie-Renée Lavoie raconte l'histoire d'une famille pauvre, dont les membres s'aiment, mais que la vie n'épargne pas. Elle fait cela avec beaucoup d'humour, c'est ce qui démarque ce roman. En fait, beaucoup d'éléments assez graves sont contés sur un ton caustique. Par exemple, on ne pourra s'empêcher de rire lors de l'épisode des dents de Margot, ou lorsque la mère d'Hélène réagit aux larmoiements romantiques de notre héroïne, ou encore quand Roger et la fillette se disputent, ou même lorsque notre héroïne veut acheter un steak pour... ses crampes. Dans certains cas, l'auteur use de joual dans les dialogues. Je sais que le joual n'est pas supposé faire rire, mais il produit cet effet sur moi. Et puis, je l'associe à l'insouciance que je ressentais à l'époque où je l'ai découvert.

La narratrice partage sa verve et ses rêves avec le lecteur. Quant aux scènes qui ne font pas vraiment rire, elles ne tombent jamais dans le larmoyant ou l'apitoiement. La jeune héroïne sait très bien à quoi s'en tenir sur sa situation, et ses rêves ne sont là que pour l'aider à grandir. Cela ne l'empêche pas d'aller trop loin, et de se révolter contre l'infirmière scolaire qui se comporte comme un éléphant dans un jeu de quilles. Là encore, malgré la gravité de la situation, le rire l'emportera, surtout après la lecture de la lettre d'excuses d'Hélène.
J'ai été émue de l'admiration qu'elle voue à «Lady Oscar», et du fait qu'elle tente de s'identifier à Oscar, d'agir comme cette dernière l'aurait fait. Outre ce parallèle, le déroulement de la série accompagne Hélène, et contribuera à la faire mûrir. D'autre part, d'après mes souvenirs, tout ce que dit Marie-Renée Lavoie quant à l'anime est exact. Ce n'était pas ma série préférée (je doute qu'un jour, un écrivain parle de mon anime préféré...), je ne l'ai d'ailleurs regardé complètement qu'une fois longtemps après qu'il est passé pour la première fois, mais j'ai été contente de trouver ce genre de chose dans un roman: une enfant attachée à un anime qui passait pendant mon enfance.

À travers cette fillette sortant de l'enfance, l'auteur présente la vie d'une famille à une époque, une amitié improbable et pourtant très solide, des personnages qui ne peuvent pas tout faire passer grâce au rire, même s'ils s'y emploient. Je ne sais pas trop quoi dire quant au père d'Hélène. Il m'inspire des sentiments mitigés. La mère, elle, me plaît davantage: forte, ne se perdant pas en paroles ou actes inutiles, montrant son amour pour ses filles dans de petites choses, sachant très bien comment prendre les gens (voir le cours d'éducation qu'elle donne à une voisine), ne se plaignant jamais... c'est un beau portrait de femme que nous dresse l'auteur.
Les soeurs d'Hélène sont également intéressantes, même si l'héroïne éclipse un peu Jeanne et Margot.

Un roman à lire!

Éditeur: XYZ.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « La petite et le vieux » sur Amazon