Horreur boréale

L'ouvrage:
Au sein de la petite communauté religieuse de Kiruna, en Laponie, un drame survient: Victor Strangård, l'un de ses plus fervents adeptes, est sauvagement assassiné, énucléé, et amputé de certains membres. Sanna, la soeur de la victime, demandera l'aide de Rebecka Martinsson, qui est maintenant avocate à Stockholm. Malgré ses réticences, Rebecka se rend à Kiruna. Elle en est pourtant partie après avoir pratiquement été mise au ban de la société par ladite communauté. En outre, l'amitié qui la liait à Sanna a été mise à mal.

Critique:
Si ce roman contient des ingrédients assez classiques, l'auteur est parvenue à renouveler le genre, tout simplement, en y ajoutant sa touche. Les personnages font que le roman n'est pas insipide. L'intrigue est quelque peu linéaire, mais ce n'est pas trop gênant. Les événements sont bien placés: l'enquête commence, quelqu'un est soupçonné... À l'instar des personnages, je savais que ce n'était pas le coupable. On me dira que c'est une vieille ficelle. Soit, mais le personnage, tout en étant certain de ne pas l'avoir fait, sait qu'il a des absences... Par ailleurs, tout n'est pas si simple. C'est ce qui fait une originalité du roman.
Ensuite, l'auteur ne fait pas trop attendre le lecteur. Les événements s'enchaînent assez rapidement.
Un indice est donné très tôt. Je savais que c'était un indice, mais je ne savais pas vraiment à quoi le relier. L'auteur devait se douter qu'un lecteur aguerri de romans policiers saurait trouver l'indice. Elle a donc fait en sorte qu'il soit impossible de l'assembler au puzzle.

La romancière emploie un procédé qui, en général, me déplaît, mais qui est intelligemment utilisé, ici. Il s'agit des retours en arrière. Ils apparaissent aux bons moments, et permettent au lecteur de comprendre Rebecka.

Les relations familiales sont explorées. Chez Asa Larsson, elles sont plutôt toxiques. Sanna ne peut éviter la manipulation psychologique qu'exercent ses parents autrement qu'en ayant une aide extérieure. D'ailleurs, à la fin du roman, rien n'est vraiment réglé à ce sujet. C'est logique, même si c'est frustrant.

L'auteur dénonce habilement le danger de tout sectarisme. Les dirigeants de cette communauté sont des êtres détestables qui profitent de leur position, et de ce qu'on les croit animés de justes sentiments pour accomplir les pires bassesses. Le pire est que tout le monde le sait plus ou moins, étant donné ce qui se passe lorsque quelqu'un tente de faire des vagues. Au lieu d'obtenir soutien et réconfort, la personne spoliée est montrée du doigt comme la seule fautive, et on la blâme d'être la cause de désagréments pour son agresseur. Là encore, la manipulation psychologique est magistralement étudiée.

Je n'ai pas pu prendre Sanna en pitié. Je comprends qu'elle ait été conditionnée à ne pouvoir résister à la toute puissance de son père, je comprends l'ascendant qu'il a sur elle, mais il semble qu'elle n'ait pas réellement grandi. Avec le temps et l'indépendance, on pourrait penser qu'elle aurait acquis une certaine maturité, un certain courage afin de protéger ses filles de l'influence néfaste de son père. Et puis, elle pleurniche souvent. D'autre part, son attitude, à la fin, n'est pas saine.
Elle n'est pas une véritable amie pour Rebecka. Dans leur adolescence, elle ne l'a pas vraiment aidée. Elle a même contribué à la tentative de l'enfoncer qui eut lieu.
Enfin, elle est loin d'être aussi sotte qu'elle veut le montrer, et dans certaines situations, sait ce qu'elle fait et comment le faire.
Ma préférence va, bien sûr, à Rebecka, et à Anna-Maria qui semble un peu éclipsée par l'enquête, mais qui est quelqu'un de bien.

Ce roman est la première enquête de Rebecka Martinsson. J'espère que les autres seront du même acabit, et surtout, qu'ils seront accessibles en audio.

Remarque annexe:
Une chose m'a énormément déplu. Je pense que l'auteur aurait pu s'en passer. C'est ce qui arrive à un animal.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Leonardi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie cette lectrice qui fait partie des rares lecteurs à ne pas lire trop lentement. Sa voix est agréable. Son ton est peut-être un peu trop sobre, mais elle n'est pas monotone, donc cela me convient.

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