Les enfants de l'eau noire

L'ouvrage:
Années 1930, petite ville du Texas.
Ce jour-là, Sue Ellen, dix-sept ans, est à la pêche avec son père, son oncle, et son ami (Terry). L'une des prises n'est autre que le cadavre de May Linn, adolescente qui souhaitait quitter la ville, et être star à Hollywood. Détail sordide: le corps est lesté d'une machine à écrire Singer, censée l'empêcher de refaire surface.

Sue Ellen (la narratrice), Terry, et leur amie Jinx, estiment qu'ils devraient incinérer la défunte et emmener ses cendres à Hollywood. Ce serait une manière de lui rendre hommage. De plus, chacun d'eux sent qu'il doit quitter cette ville aux mentalités étriquées, afin d'échapper à une vie déjà toute tracée, et bien morne. C'est ainsi qu'ils vont entamer leur périple.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman d'aventure, mélange de western, de thriller, et d'un parfum de merveilleux. On retrouve donc certains topoi du roman d'aventure. Nos jeunes gens vont affronter de très méchants individus. On me dira que c'est très cliché, des «méchants» qui n'ont pas beaucoup de personnalité. Certes, mais étant donné leur but, on comprend qu'ils puissent en être obsédés. En outre, avant de les montrer ainsi, l'auteur a pris soin de nous expliquer à quel point ils étaient rustres.

Les enfants effectuent une partie de leur voyage sur la Sabine, le fleuve dans lequel toute l'histoire commença. De ce fait, ils affrontent certains périls qu'on rencontre dans ce genre de milieu, par exemple, une tempête. Le romancier ne laisse pas vraiment souffler ses protagonistes. Ils échappent à un danger pour en découvrir un autre. Heureusement, ils sont de nature différentes, ce qui en fait de bons rebondissements pour le lecteur. Certains diront peut-être que c'est un peu facile, un peu simpliste. Cependant, c'est le genre qui le veut.
Un paramètre s'ajoute à cela: ce que nos héros se battent pour garder n'est pas endommagé pendant leurs péripéties. On peut voir cela comme une «facilité» peu crédible, ou bien comme une espèce de malédiction: ils gardent ce qu'ils ont, mais sont condamnés à endurer divers supplices pour cela.

J'ai parlé d'un parfum de merveilleux car lorsque nos héros rencontrent la vieille femme, elle ressemble à une sorcière sortie tout droit d'un conte. Au début, l'atmosphère de sa maison évoque également le conte: on ne comprend pas vraiment pourquoi tout a été laissé à l'abandon, alors qu'elle vit là.
En outre, pendant un moment, les adolescents sont bercés d'anecdote ayant trait à un personnage qui, de ce fait, acquiert un statut de monstre dont on ne parvient même pas à savoir s'il existe.

Quant à l'énigme (on se demande qui a tué May Linn), je l'ai deviné un peu avant Sue Ellen, mais grâce à un autre indice, car ce qui la met sur la voie est inconnu du lecteur. Je pense que l'auteur l'a fait exprès: il a permis au lecteur d'élucider ce mystère presque en même temps que la narratrice.

Si certains événements et personnages peuvent paraître brossés à grands traits, d'autres éléments donnent de l'épaisseur au roman. Par exemple, certains ont des cas de conscience: Sue Ellen au début, le révérend... De plus, l'auteur rappelle la rudesse de l'époque. Les trois amis vivaient dans une petite ville aux esprits étroits, mais l'époque n'était pas non plus propice à l'ouverture qu'ils exigeaient. Sue Ellen était montrée du doigt parce qu'elle était amie avec Jinx, qui était noire. Quant à Terry, il aurait fini par être rattrapé par ses aspirations...
D'autre part, à plusieurs reprises, Sue Ellen et Jinx apportent des arguments sérieux pour démontrer qu'il ne faut pas toujours s'en remettre à Dieu sans agir.

Pour mettre un petit bémol, je dirai que certains dialogues sont parfois un peu gros. Par exemple, un personnage dit quelque chose, puis l'un de ses compagnons l'approuve, l'autre renchérit... J'ai aussi trouvé que cela sonnait un peu trop mélodramatique lorsque Jinx veut tuer la vieille femme, et qu'Ellen (dont je n'ai pas trop parlé mais qui n'est pas toujours crédible), l'en dissuade.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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