Jouer avec le feu

L'ouvrage:
Un jour, le jeune Ted LeClare montre le fusil de son père à ses amis, Bobby et Kevin Denison. Il charge l'arme pour leur montrer comment on fait. C'est alors que Kevin tue accidentellement son frère. Au moment où Ted doit être interrogé, sa mère l'adjure de ne pas avouer qu'il a chargé l'arme.

Critique:
Le roman raconte l'espèce de parcours initiatique que connaît Ted après le meurtre. Certains vont le regarder différemment. Un groupe d'adolescents jouant les rebelles et se croyant investis d'une mission va le prendre sous sa coupe. Le lecteur pense tout de suite que Ted, déjà éprouvé, va mal tourner. Pourtant, le jeune garçon réfléchit, analyse ses actes et ceux de ses semblables. Ses choix ne sont pas toujours très bons, mais j'ai trouvé sympathique de sortir d'une ligne toute tracée. Ted finira par se rendre compte que son meilleur conseiller n'est autre que lui-même, comme le lui dit son oncle. Il est un peu perdu entre ce qu'on lui dit, le monde qui bouge autour de lui, mais son instinct le guide.
Je ne sais pas trop quel âge il a, mais il y a un contraste entre ce qu'il vit (il connaît aussi ses premiers émois charnels) et l'intégrité comme innée dont il fait preuve. L'auteur entretient le contraste en le désignant comme «le gamin», ce qui laisse entendre qu'il est jeune. On comprend ses actes et ses motivations, mais il gardera quand même une petite part de mystère.

J'ai moins aimé sa mère. Elle reproduit un comportement qu'elle avait enfant, et c'est aussi peu salutaire qu'à l'époque. Elle s'englue dans un raisonnement dont elle ne veut pas démordre, persuadée que la vérité sera toujours pire que ce qu'elle s'obstine à dire, en dépit du bon sens. Elle aime son fils, mais ne cherche pas (ou ne parvient pas) réellement à l'aider, surtout au moment crucial... En outre, les parents de Ted ne prennent pas vraiment ses désirs en compte. Le jeune garçon ne veut pas déménager. Sans forcément accéder à son souhait, ses parents pouvaient l'écouter et le réconforter. Ted se construit donc seul, tirant des leçons de ses expériences. Une aide discrète et inattendue lui viendra de son oncle. Cela m'a étonnée car je le voyais un peu rustre... Comme quoi, il faut balayer les préjugés.

Certains diront que l'auteur n'est pas très réaliste. Je pense que si. Il bouscule les clichés en montrant un adolescent dont un accident va bouleverser la vie, qui s'engage sur une mauvaise pente, mais qui ne va pas forcément mal finir. Je pense que ce genre de choses est plus fréquent qu'on ne le pense. On voit davantage ceux qui ne peuvent se relever à cause de choses arrivées dans leur enfance, ce n'est pas pour ça qu'il n'y a pas d'autres chemins. J'ai également aimé que les policiers ne soient pas ses êtres suffisants et bornés qu'on trouve dans beaucoup de romans. Ici, ils écoutent, prennent la personne en considération, ne tentent pas de piéger qui que ce soit.
D'autre part, l'auteur n'est pas stupide: il n'a pas créé une fin toute rose, ce qui aurait été totalement incongru. La fin va bien avec le reste du livre.

Un livre réaliste, bien pensé, bien écrit, optimiste sans exagération, mesuré (malgré la plupart des événements qui s'y passent).

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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