Choc des civilisations pour un ascenseur piazza Vittorio

L'ouvrage:
Dans l'ascenseur d'un immeuble piazza Vittorio, un homme est retrouvé assassiné. Un autre habitant de l'immeuble, Amedeo, est soupçonné parce qu'on ne sait pas où il est. Les habitants de l'immeuble sont tour à tour interrogés.

Critique:
Il n'est pas toujours aisé de suivre une histoire lorsque les personnages sont si nombreux et interviennent si peu. L'auteur a su faire en sorte que le lecteur ne soit pas dépaysé. D'abord, il évoque les personnages qui vont intervenir avant qu'ils le fassent (sauf le premier, bien sûr), et continue de parler d'eux ensuite. De ce fait, on a l'impression de bien les connaître.
En outre, il raconte certaines anecdotes de différents points de vue, et s'en tire très bien, ravivant ainsi l'intérêt du lecteur.

L'énigme posée n'est pas tant «qui a assassiné celui qui se faisait appelé le gladiateur(» que «qui est Amedeo?». Qui est-il moralement. En effet, il est entouré d'une part de mystère. L'énigme sera résolue, et rien ne sera bâclé. Mais la fin laissera le lecteur avec une question.
J'ai apprécié que la fin ne révèle pas que l'un des personnages est tout le contraire de ce qu'on pense au long du roman. Cela aurait été trop facile, et indigne d'un roman si réussi.

Le plus intéressant est la confrontation des points de vue des personnages, leur culture, leurs préjugés. Chacun se dit victime de racisme, et crie haut et fort que lui n'est pas raciste. Or, chacun l'est à différents degrés. Beaucoup se rendent compte à quel point l'intolérance est nuisible, puisqu'ils en sont victimes, et pourtant, ils l'appliquent aux autres. Par exemple, ils sont unanimes: Amedeo ne peut pas être un immigré. Pourquoi? Parce qu'Amedeo parle bien l'italien, que les immigrés ne veulent pas s'intégrer, parce que certains ont tel caractère, etc. Il y a celui qui reproche à certains de changer de prénom, celui qui ne comprend pas pourquoi d'autres ne le veulent pas... Il y a celui qui déteste les pakistanais en bloc, alors qu'il devrait détester ceux qui sont la cause de ses malheurs. Il n'est pas le seul à rejeter une population pour des raisons oiseuses. Ce rejet est assez choquant, surtout qu'ils se disent tous très tolérants. Je sais que la plupart de mes congénères sont ainsi, mais c'est toujours surprenant de s'y trouver confronté.

Certains personnages se démarquent.
Benedetta est peut-être la plus fermée, la moins tolérante de tous.
Stephania a une vision de l'amour que je n'apprécie pas parce qu'elle est très superficielle, et préfère s'enfermer dans une illusion plutôt que d'avoir une relation de complicité avec son mari.

Se pose aussi la question de la vérité. Certains la tronquent à cause de leurs préjugés, d'autres parce qu'ils n'ont pas tous les paramètres. Chacun en possède une petite partie. C'est sûrement Amedeo qui s'en rapproche le plus.

Un roman juste, percutant, décrivant excellemment la difficulté et la complexité des relations humaines, la peur et le refus de l'autre qu'on ne veut pas chercher à connaître et à comprendre. Un livre qui forcera le lecteur à se remettre en question, à se demander s'il ne souffre pas de préjugés s'en s'en rendre compte, à l'instar des protagonistes.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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