L'énigme du retour

L'ouvrage:
Le personnage de l'écrivain reçoit un coup de fil: son père est mort. C'est alors que commence son périple aussi bien physique que moral. C'est un retour aux sources, une plongée dans son passé.

Critique:
Voilà un livre décrivant un voyage, des rencontres, des souvenirs s'entremêlant aux anecdotes du moment présent. Tout cela dans un style poétique. Le personnage de l'écrivain fait d'ailleurs de nombreuses références à Aimé Césaire, poète engagé qui lutta contre le colonialisme et le racisme. Il montre son évolution par rapport à cet auteur qu'il n'aimait pas du tout, au départ, mais dont il comprenait la révolte. Ensuite, il nous raconte que l'un de ses livres est son livre de chevet.
Son rapport à l'écriture est intéressant. Lorsqu'il donne une interview, il a l'air assez grossier, pourtant, ce qu'il dit est si réel, si caustique!

S'entremêlent également les histoires de deux exils, celle du père qui est le point de départ du roman, et celle du fils, chacun chassé d'Haïti par un dictateur. L'exil, la séparation, la douleur des personnages sont bien expliqués. Le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver de la compassion pour la mère du personnage qui souffre tant de ces départs, et qui ne sait plus que faire du chantage affectif.
Quant à l'écrivain, il s'est fait une nouvelle vie, il est moins à plaindre que sa mère, car apparemment, sa vie canadienne lui convient.

Certaines parties du roman ont été plus dures pour moi à suivre, probablement parce que ces voyages sont une série d'anecdotes, et que certaines sont plus attrayantes que d'autres. J'ai été sensible à l'humour qui jalonne le roman, comme par exemple, les questions sur le syndrome de Stockholm (mais c'est un exemple parmi tant d'autres). J'ai aussi adhéré aux moments plus graves: les souvenirs du père, la façon dont les amis de ce dernier en parlent (plus particulièrement la restauratrice), le fait que le personnage principal soit si désireux de faire marche arrière pour pouvoir revoir son père, et bien sûr, l'odyssée qu'il entreprend est touchante.
Les passages plus descriptifs, plus neutres m'ont paru un peu longs, et j'y ai été moins attentive.

Il est amusant que le personnage principal, étant d'Haïti (où il fait plutôt chaud), ait choisi le Canada (où il fait froid, surtout en hiver) pour s'exiler. Le narrateur fait d'ailleurs un peu d'humour, expliquant que -28, c'était une température normale pour la période. Cela doit être vrai, mais cela choquera et fera sourire le lecteur français.
À titre anecdotique, j'ai bien aimé le fait que le personnage aime prendre de longs bains et s'endormir dedans. Certains diraient que c'est parce qu'il simule l'état foetal. Moi, ça m'a plu parce que j'aime les bains. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 17 mars.
Dany Laferrière interprète son roman de façon sobre. Je pense qu'il fait ce qu'il faut, et met le ton approprié. Il ne tente pas de trop en faire ni de trop s'effacer.

Dans l'entretien qui suit la lecture du roman, il avoue que la lecture à voix haute est assez épuisante. Cela ne m'étonne pas, car il me semble avoir ressenti une très grande concentration de sa part. Je l'ai peut-être imaginé, mais c'est ce que j'ai ressenti.
Dans l'entretien sus-cité, il dit, entre autres, qu'il préfère additionner plutôt que de renier un pan de son passé, une expérience qu'il a aimée au moment où il l'a faite, mais qui ne lui convient plus par la suite. J'aime cette idée. Elle est positive.

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