La cousette de Commagnac

L'ouvrage:
Marie-Antoinette, dite Toine, est domestique au château de Commagnac. Elle a été élevée par la Mazille, la cuisinière du domaine. Elle ne sait rien de ses origines. À quatorze ans, elle s'intéresse à tout, voudrait s'instruire, et devenir quelqu'un.
Emmeline de la Filolie, la maîtresse du château, ne s'y trompe pas: elle sait que Toine est la fille bâtarde de son mari. Lorsque Toine est violentée par l'aîné des fils du domaine, elle voit une occasion de se débarrasser d'elle, d'autant que la jeune fille souhaite partir pour Périgueux et devenir cousette. C'est ainsi que Toine s'en va, seule, de bon matin, prête à affronter deux jours de marche, une ville inconnue, et un travail où elle devra s'imposer. Son départ causera le désespoir de Gauthier, le fils cadet du domaine, qui l'aimait «comme une soeur».

Critique:
Voilà un roman dans le style des livres de Marie-Paule Armand. Un roman retraçant la vie d'une jeune fille pugnace et ouverte d'esprit. Son parcours sera semé d'embûches, mais de joies aussi.
L'intrigue a certains côtés attendus. On devine comment finiront certaines choses, mais on ne sait pas trop comment elles vont arriver. Donc malgré le fait qu'on prévoit le dénouement, il n'est pas cliché. Je crois qu'une autre fin m'aurait déçue. J'aime bien que certains romans, surtout ceux de ce genre, se termine comme je m'y attends. Et puis, toute l'histoire est bien ficelée.
En outre, le style de l'auteur est agréable: fluide et sans mièvreries.
D'autre part, j'ai aimé me plonger dans un roman se déroulant à cette époque (entre 1850 et 1860). L'auteur a su planter un décor, créer une ambiance qui m'ont plu, et dans lesquels je me suis tout de suite immergée.

Les personnages sont peut-être un peu clichés, par certains côtés... Par exemple, Antoinette semble un peu trop parfaite. Elle accomplit un travail titanesque, se bat avec courage pour obtenir ce qu'elle veut, sait d'instinct ce qu'il faut faire dans des situations délicates... elle a même la fibre maternelle au point de refuser une nourrice, alors que c'est «la grande mode». Elle m'a parfois agacée, avec sa perfection brandie comme un étendard. Elle m'a surtout exaspérée lors de la scène qu'elle fait à la banque. Outre qu'elle ne respecte pas les ordres du médecin, elle m'a paru ridicule et pathétique. Bien sûr, elle a obtenu ce qu'elle voulait en tapant du poing sur la table, et en jetant de la poudre aux yeux, mais son esclandre m'a plutôt donné envie de lui mettre une bonne claque.
Et bien sûr, il ne lui arrive rien de fâcheux (à part lors de cette fameuse scène), alors qu'elle n'a pas respecté les consignes de son médecin.

Le personnage de Gauthier est sympathique, mais il paraît parfois un peu benêt, notamment lorsqu'ils arrivent en gare, qu'Antoinette se trouve mal, et qu'il ne remarque rien. Cependant, le lecteur respectera sa droiture, et rira gentiment de sa fougue.
Quant à Victor... j'ai trouvé qu'on ne le voyait pas assez pour bien le connaître.

La princesse qui assujettit Antoinette, et qui «paie son caprice» pour se l'attacher, est faite pour être détestée. Elle n'a suscité que mon mépris. Elle est tellement capricieuse et égoïste qu'elle m'a paru sans consistance. Elle ne vaut même pas la peine que le lecteur la vilipende.
Je lui préfère Hortense Schneider qui est plus nuancée. Bien sûr, ce personnage fait rire et agace, avec ses «Oh mein Got!» toutes les cinq secondes, mais elle a du coeur, et ne se laisse pas aveugler par l'argent facile, à l'inverse de la princesse.
À travers ces deux femmes, l'auteur décrit très bien une certaine frange de la société, ainsi que les états d'âme d'Antoinette au contact de cette société.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre enregistré par Anne-Marie Scaramuzzi. Cela a été un immense plaisir de retrouver sa voix et sa façon de jouer le livre. Fidèle à elle-même, elle interprète à merveille, sans jamais cabotiner. Sa façon de jouer Hortense Schneider, par exemple, me semble très juste, vu le personnage.

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