Auteur : Kutscher Volker

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vendredi, 19 décembre 2014

Goldstein, de Volker Kutscher.

Goldstein

L'ouvrage:
La police berlinoise est prévenue qu'Abraham Goldstein, soupçonné d'être un tueur, va arriver à Berlin. C'est Gereon Rath qui est chargé de le surveiller.

Un soir, le cambriolage d'un grand magasin tourne mal. L'un des malfrats est tué. Sa complice, Alex, veut le venger.

Critique:
Encore une fois, Volker Kutscher a su me captiver. Il ne se contente pas de mettre en place une énigme que nous suivons: il raconte la vie d'une ville, d'un commissariat, et montre avec finesse que rien n'est manichéen.
Le nazisme commence à gagner en puissance. L'auteur montre cela par des scènes, des faits... Le contexte historique est, tout comme dans les deux tomes précédents, très bien dépeint. Il a son importance, car il commence à modifier certaines choses, et nous savons qu'il laissera son empreinte dans le temps.
L'auteur rappelle également que l'époque est beaucoup moins tolérante que celle que nous connaissons actuellement puisqu'une femme qui souhaite être juriste ou policière n'est pas toujours vue d'un très bon oeil. Beaucoup espèrent la voir se marier, avoir des enfants, et ne plus s'occuper d'autre chose.

Quant aux énigmes, j'ai apprécié que l'auteur s'écarte des sentiers battus. En effet, les histoires finiront par être liées, mais à mon avis, cela est fait de manière bien plus subtile que dans d'autres romans.
En outre, l'auteur s'arrange pour ne pas donner trop de fausses pistes tout en ménageant quelques surprises, et en créant des rebondissements bien placés. Certaines choses sont très vite connues du lecteur, mais cela ne gâche en rien la lecture, car l'énigme est loin d'être le seul élément qui compte. La vie et la psychologie des personnages sont tout aussi intéressantes.
J'ai apprécié que l'auteur n'utilise pas quelque chose qu'il a utilisé dans le tome 2, et qui finit par devenir un thème récurrent chez certains: à savoir la personne qui fut traumatisée par son passé et qu'on voit tout au long du roman, qui livre des bribes de son passé, mais dont on ne sait pas qui elle est.
D'autre part, il y a de l'humour, et pas uniquement lors de moments plus détendus. Par exemple, la première entrevue de Rath et de Goldstein est assez amusante, malgré la gravité de la situation. En outre, à un moment, Gereon hérite d'une «petite voiture» assez comique. Je me suis imaginé les scènes où apparaît cet engin au cinéma, je suis sûre qu'elles auraient un franc succès. ;-)
Les quelques exemples humoristiques que je donne sont loin d'être les seuls. Il y a beaucoup de petites scènes assez drôles de toutes sortes survenant à un moment où on ne les attend pas du tout, et s'insérant parfaitement dans le récit.

Les amours de Gereon, si elles sont houleuses, sont différentes de celles de certaines séries où le héros change de petite amie comme de chemise, ce qui m'agace prodigieusement.

Le roman est très épais, mais tout comme dans les tomes précédents, il n'y a "à mon sens) aucun temps mort. C'est un tour de force, étant donné que les romans policiers très longs traînent souvent. Ici, cela vient sûrement du fait que l'auteur ne focalise pas tout sur l'énigme.

Je trouve dommage qu'il y ait des erreurs de syntaxe. J'ai relevé, à titre d'exemple: «Ils éprouvaient l'un pour l'autre une aversion réciproque.» Il y en a d'autres. Je ne sais pas si cela tient à la traduction ou si ces maladresses se retrouvent dans le texte original... Je regrette également que le verbe «rigoler» soit employé au lieu du verbe «rire».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Sixtrid.
Comme d'habitude, je suis ravie de retrouver ce comédien qui joue sans surjouer, et dont la lecture est toujours fluide et naturelle. Il est de ces comédiens qui ont pris le parti de ne pas prendre une voix différente pour les rôles féminins ou pour d'autres personnages. Je trouve cela très bien. Son interprétation est toujours aussi juste. C'est un grand comédien.

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lundi, 6 octobre 2014

La mort muette, de Volker Kutscher.

La mort muette

Ce roman est le tome 2 d'une série. Il est préférable de lire la série dans l'ordre.

L'ouvrage:
Berlin, mars 1930.
Une équipe de police est chargée d'enquêter sur le décès de Betty Winter, morte pendant le tournage d'un film. Un projecteur est tombé sur elle, brûlant son visage. Affolé, son mari, Victor, l'a arrosée, ce qui l'a électrocutée. Le commissaire Gereon Rath mène l'enquête.

Critique:
C'est avec joie que je me suis replongée dans les péripéties de Rath. Je n'ai pas été déçue par ce tome 2. L'enquête est prenante, malgré le fait qu'elle soit très classique. Ce qui compte, ce n'est pas tant les faits que la manière dont ils se déroulent, la façon dont l'enquête est faite. Elle permet, entre autres, au lecteur de cerner davantage Rath. Dans le tome 1, on découvrait qu'il pouvait aller très loin pour une enquête. Ici, il m'a rappelé les policiers de certains romans. Cela ne m'a pas déplu, parce qu'il est épais. C'est un bon policier, mais il est faillible (on se demande s'il tirera des leçons de ses expériences), il n'a pas ce côté super héros qu'ont certains policiers, et qui me tape sur les nerfs. Il peut tomber dans le piège d'un journaliste peu scrupuleux, puis peut (à l'instar d'un enfant têtu) faire le contraire de ce qu'on lui demande, sachant que les conséquences seront rudes. En outre, même si des pans de son passé le perturbent, il ne passe pas son temps à se lamenter dessus. Contrairement à d'autres, il ne s'isole pas, même s'il aime bien faire cavalier seul. De plus, les passages ayant trait à la vie privée de Rath sont aussi creusés que le reste.

Comme dans le tome 1, Volker Kutscher ne se contente pas de conter une affaire, ce qui rend le tout plus crédible, ainsi que le fait que la passerelle entre la vie privée de Rath et ses enquêtes soit de plus en plus mince.

Le roman est long, mais il est exempt de temps morts, contrairement à beaucoup de livres du genre. C'est aussi ce qui fait sa force. L'auteur prend le temps de montrer la ville, les personnages, la vie de la préfecture de police. Montrant ses personnages dans diverses situations, il expose leur caractère, leurs sentiments. Sous sa plume, ils prennent vie. Le tout est arrosé d'une bonne dose d'humour, grâce à des répliques, à des situations... et à un «nouveau personnage» pour lequel votre coeur fondra à coup sûr!

Là encore, le romancier distille savamment une ambiance particulière: celle de la ville de Berlin au début des années 30. Il se penche sur le thème du cinéma. Le parlant est en train d'apparaître, et certains, ne jurant que par le muet, sont persuadés qu'il va disparaître. Aujourd'hui, cela fait sourire, mais il est vrai que lorsqu'une nouveauté apparaît, certains la décrient et la voient déjà aux oubliettes.

Le petit reproche que je ferai tient à ce qu'à l'instar d'autres auteurs, Volker Kutscher met en scène une personne traumatisée par son passé, et nous la montre lors de passages où son traumatisme est raconté par petites touches. C'est une méthode un peu facile qui commence à m'agacer, car on la retrouve trop souvent. Cependant, au milieu de tout le reste, cela passe.

Pour moi, cette série policière se démarque des autres, et j'ai la sensation que mes chroniques sont bien fades et peinent à démontrer ce que vous perdriez si vous ne la lisiez pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel pour les éditions Sixtrid.

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vendredi, 3 octobre 2014

Le poisson mouillé, de Volker Kutscher.

Le poisson mouillé

L'ouvrage:
1929.
Après une affaire dans laquelle il avait commis une bévue, le commissaire Gereon Rath quitte Cologne pour travailler aux moeurs d'un commissariat berlinois (baptisé le château fort par ceux qui y travaillent). Il préférerait exercer à la brigade criminelle. Voilà pourquoi il se lance seul dans l'enquête sur laquelle travaille la Criminelle: un cadavre retrouvé dans le canal.

Critique:
Je connais peu la littérature allemande. Il m'a plu de découvrir un roman qui, par certains côtés, sort des sentiers battus. Au départ, l'enquête paraît classique. Cependant, Volker Kutscher complique les choses. Par exemple, l'enquête conduit Rath dans des milieux auxquels il ne vaut mieux pas se frotter. En outre, si le roman démarre lentement, l'auteur place habilement quelques rebondissements que je n'ai pas vus venir. J'aurais sûrement dû, car ils ne sont pas si complexes, mais cela montre que j'étais assez immergée pour ne pas m'amuser à tout décortiquer.
J'ai également apprécié que certaines informations finissent par être connues par hasard.

D'autre part, il serait stupide de résumer ce livre à une enquête. C'est une ville et une ambiance particulière que décrit le romancier. Là encore, moi qui ai toujours lu des ouvrages donnant le point de vue de français ou d'anglophones, il m'a plu d'avoir le point de vue allemand. Si certains (comme Rath) sont bien contents d'avoir échappé à la guerre, d'autres regrettent de n'avoir pu s'illustrer. Il y a aussi ceux qui ruminent la défaite sans la digérer, restent persuadés qu'elle aurait pu être évitée, et méditent une revanche.

Bien trop souvent, les personnages de policiers suivent un certain schéma qui, à la longue, est lassant. Ici, Rath est comme une bouffée d'air frais. Il ne traîne pas une tonne de tristesse dans son sillage. En outre, il n'est pas vraiment intègre. Il est loin d'être héroïque, même s'il tente de faire ce qu'il croit être juste. Son ambition l'étouffe, car c'est elle qui lui attirera le plus d'ennuis. Je préfère ce genre de policiers: il n'est pas parfait, il est donc plus facile de s'identifier à lui. Il aime son métier, mais pas comme certains qui l'ont dans la peau.
Même l'histoire d'amour ne m'a pas paru grosse, alors qu'elle l'est souvent dans les romans policiers.

Outre un contexte historique, une atmosphère, et un personnage principal intéressant, Volker Kutscher raconte la vie d'un commissariat. D'autres le font, certes. Mais ce n'est pas toujours réaliste. Ici, cela l'est. On voit au moins deux départements du commissariat, on suit une affaire, mais certains événements en touchant d'autres se passent...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel pour les éditions Sixtrid.
Éric Herson-Macarel est toujours aussi talentueux. Sa lecture est toujours fluide, sans affectation, avec la dose de jeu nécessaire.

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