Laitier de nuit

L'ouvrage:
Irina vient d'avoir un enfant. Elle vend son lait pour se faire un peu d'argent.
Dima est douanier. Le chien avec lequel il travaille repère une valise suspecte. Dima et son collègue décident de la garder. Ils découvrent qu'elle contient des ampoules dont ils ont du mal à déterminer le contenu.
Veronica s'inquiète. Le pharmacien du quartier a été assassiné, elle trouve une tache de sang sur la veste de son mari, et celui-ci effectue d'étranges sorties nocturnes.

Critique:
L'une des forces de ce roman, c'est que l'auteur raconte son histoire avec une bonne dose d'humour, mais il n'est jamais lourd. Lorsqu'un auteur se lance ce genre de défi, il en fait très vite trop. Ici, ce n'est pas le cas.

D'autre part, quand un auteur présente des intrigues parallèles, le lecteur se doute très vite que tout est lié. En général, les liens sont très forts. Ici, les choses sont plus subtiles, cela ressemble davantage à la vie.

J'ai apprécié la manière dont l'auteur détourne certains codes, prenant des sujets graves pour les tourner en dérision. par exemple, l'espionnage devient vite source d'amusement à cause de ce que l'un des «espions» dit à l'autre.
Les mystérieuses ampoules sont bien sûr objet de frénétiques recherches, mais comment ne pas rire quant à leur effet, et quant à ce qui arrive (ou pas...) à Dima après l'absorption des comprimés?
Le lecteur se surprend même à approuver les «petites magouilles» de Seyon et d'Iegor concernant les Marina.
Notons également l'originalité de la découverte d'un cadavre dans un bain de lait...
Sans oublier l'amour que l'on rencontrera de manière inattendue, et pas du tout mièvre, au détour de ces pages. L'amour qui fera accomplir des actes parfois dangereux à nos personnages.
N'oublions pas le chat qui apporte un élément fantastique au roman, ainsi que de mystérieuses traces de boue...
Enfin, que dire de ce souvenir apparu avec force et netteté dans la mémoire de Veronica?
Bien sûr, tout tombe sur nos héros par hasard, sans qu'ils n'aient rien demandé à personne (sauf peut-être les ampoules que Dima a gardées exprès). Autant d'éléments incongrus, bien choisis, et utilisés sans exagération par Andreï Kurkov. Autant d'éléments desquels il aurait été aisé de faire n'importe quoi, de transformer le livre en quelque chose d'inepte. L'auteur en fait un roman sympathique et réaliste (malgré les pointes de surnaturel), drôle (malgré la gravité de certaines situations), optimiste (en dépit de certains moments désespérés). C'est un roman qui met de bonne humeur. À lire!

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Diserens pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie ce lecteur pour sa lecture fluide exempte à la fois de surjeu et de monotonie. En outre, je lui reproche toujours de prononcer les noms propres anglophones avec un accent. Ici, les protagonistes étant russes, je n'ai eu aucun problème. Pour ces noms propres, le lecteur adopte une prononciation naturelle en français.

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