De beaux jours à venir

L'ouvrage:
2010. Amy fuit Gary, son mari violent, emmenant leur fille de treize ans, Lydia. De son côté, Jackson (dix-huit ans), le fils du couple, reste avec Gary. Lui aussi finira par partir...

Critique:
Le roman alterne passé et présent. Les trois personnages principaux se penchent beaucoup sur les événements qui construisirent leur vie. Chacun analyse les faits et ses réactions d'alors. C'est pourquoi le roman paraîtra peut-être lent à certains. Cela ne m'a pas dérangée, car j'ai trouvé le tout pertinent. Lorsqu'on vit quelque chose de fort, qu'on est dans une situation délicate, qu'on se sent mal, on a tendance à tout ressasser, décortiquer, analyser. On veut comprendre, tenter de voir ce qu'on aurait pu faire ou ce qu'on pourrait faire pour être mieux. C'est ce que font ces trois personnages. Rien ne m'a ennuyée, rien ne m'a semblé redondant, parce que pour moi, ils ont le type de réactions qu'auraient des gens dans leur situation.
Bien sûr, j'ai désapprouvé certains de leurs actes, mais pas la manière dont Megan Kruse les montre. Ils sont complexes, en quête de stabilité, d'amour, de tolérance.

Celui qui m'a le plus touchée est Jackson. Il se débat plus sûrement que sa mère et sa soeur dans un réseau compliqué de sentiments et d'émotions. À un moment, il agit mal, en est conscient, et ne peut s'en empêcher. Il sait que son père n'en est pas un, qu'il est un danger pour sa mère, sa soeur et lui, mais il recherche tellement son approbation qu'il commet un acte désespéré et (pense-t-il) irréversible afin de l'obtenir. Il semble perdu, mais fait preuve d'une grande force intérieure. Il admet ses erreurs, et lutte (même si c'est parfois maladroitement) pour s'en sortir. Ce qu'il vit dans le présent est comme un parcours initiatique. C'est quelque chose qu'il souhaitait sans vraiment savoir où cela le mènerait, et dont il découvre les conséquences.

Lydia est également très lucide. Ses sentiments pour son père sont plus tranchés que ceux de Jackson. Elle l'explique sans ambages. Elle est moins tourmentée que son frère parce qu'il a été celui à qui elle a pu se raccrocher par le passé lorsque les choses allaient mal. Pourtant, elle aussi se pose des questions sur ce qu'elle aurait pu ou dû faire.

C'est envers Amy que je suis le plus sévère. Certes, elle ne se contente pas d'encaisser les coups. Elle agit. Cependant, je l'ai trouvée bien légère lors de sa rencontre avec Gary. Bien sûr, le contexte et l'amour fou que Gary semblait éprouver ont fait qu'elle a des circonstances atténuantes. Cependant, je ne parviens pas vraiment à les lui accorder. Lorsqu'elle repense à tout cela avec recul, elle est lucide quant à la part qu'elle a prise dans la manière dont sa vie a tourné. Cela la sauve à mes yeux.

En lisant la chronique de mon mari, j'ai été interpellée par le fait que les scènes d'amour étaient, à ses yeux, décrites de manière très crues. De ce fait, lors de ma lecture du roman, j'y ai prêté une attention particulière. J'ai, moi aussi, trouvé cette crudité dommage. Elle fait que certains pourraient associer les relations sexuelles entre homosexuels à quelque chose de sale. Des gens faisant cet amalgame, il aurait peut-être été plus judicieux que les scènes d'amour soient décrites avec un langage plus «doux».

Livre traduit de l'anglais par Héloïse Esquié, publié le 25 août aux éditions Denoël. Service presse.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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