Terminus Allemagne

L'ouvrage:
1948. Richard Kornitzer revient dans son pays, l'Allemagne, après un exil forcé. En effet, il était juif. Déchu de sa nationalité allemande, ruiné, obligé d'envoyer ses enfants en Angleterre pour les protéger, de laisser sa femme en Allemagne, Kornitzer est amer. Le roman raconte son combat pour retrouver sa vie, ses droits, sa dignité.

Critique:
Par certains côtés, ce roman m'a rappelé «Quand l'empereur était un dieu», de Julie Otsuka. Les deux romancières ont choisi d'évoquer un pan de l'histoire dont on parle moins. En effet, si la seconde guerre mondiale est abondamment abordée dans de nombreux ouvrages, ce qui arrive à ceux qui furent dans le cas de Kornitzer n'est pas très connu. En effet, Ursula Krechel expose toute la mauvaise foi dont fit preuve l'état vis-à-vis du personnage qu'elle a créé et de sa famille. À travers l'histoire de Richard Kornitzer, c'est l'histoire de bien d'autres qu'elle raconte. Bien sûr, il n'était pas facile à l'état de compenser matériellement les pertes de ces gens, mais peut-être qu'un peu de reconnaissance quant à l'injustice qu'ils ont vécue aurait aidé à arranger les choses.
Avec précision et méticulosité, la romancière explique les dégâts causés dans ces vies. Par exemple, Richard et Claire ont perdu au moins dix années de la vie de leurs enfants: les années où l'enfant découvre la vie, celles où il a le plus besoin de ses parents. Cette cassure est irréparable. C'est pareil concernant les deux adultes, même s'ils tentent de tout reconstruire.
Une question se pose également. Jusqu'à quel point faut-il se battre pour obtenir réparation? On se mettra forcément à la place de Kornitzer, et on découvrira qu'on ne sait pas comment on aurait agi.

À l'instar de Julie Otsuka, Ursula Krechel use d'un style particulier pour conter cette histoire. Il peut sembler froid et rude, mais pour moi, le but est d'exposer les faits avec le moins de sensiblerie possible. Moins c'est larmoyant plus c'est percutant. On n'a pas besoin d'en rajouter: un récit sobre et clair suffit pour décrire le calvaire de cette famille dont les membres furent, pendant une grande partie de leur vie, des pions sur l'échiquier de l'histoire.
Le fait qu'il y ait très peu de dialogues, que l'ouvrage ressemble presque à un reportage, à un documentaire social, m'a d'abord déroutée, mais je m'y suis vite habituée, car le contenu m'intéressait.

Malheureusement, j'ai trouvé le roman quelque peu inégal: certains passages m'ont paru trop longs, notamment le chapitre où Ursula Krechel raconte la vie que notre héros mena à Cuba.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Carnets Nord.

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