Auteur : Kramer Pascale

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vendredi, 25 octobre 2013

Gloria, de Pascale Kramer.

Gloria

L'ouvrage:
Michel a travaillé dans un centre d'accueil. Mais des soupçons de pédophilie ont pesé sur lui. Il a été renvoyé. Il exerce son métier d'orthophoniste à son compte.
C'est alors que Gloria, une jeune femme rencontrée au centre, lui téléphone: elle souhaite le voir. Lorsqu'elle était au centre, il l'a aidée. Il sait qu'il ne devrait pas la revoir, car elle fait partie de ce passé, mais il se rend quand même chez elle.

Critique:
Pascale Kramer a l'art d'écrire des romans très courts, mais très denses. En peu de pages, elle campe décor et personnages, expose faits, ressentis, réactions... Elle est très habile pour montrer comme de petits événements, de petits gestes peuvent tout changer. Elle a l'art de sous-entendre certaines choses. Tout cela en un style direct, vif, fluide, apparemment simple.
Et elle a aussi une manière très persuasive de montrer à son lecteur que les gens sont idiots et égoïstes.

Michel a été jugé par ses amis, son entourage. Il a abandonné la seule personne qui croyait en lui sans réserve. Cette attitude est étrange, et montre comme l'être humain est retors.
D'autre part, comment réagirions-nous si quelqu'un de notre entourage était soupçonné de pédophilie. On sait bien que souvent, on ne connaît pas parfaitement ceux qu'on croit connaître. La situation est très délicate.
Pascale Kramer s'y entend pour décrire des situations ambiguës, la plus probante étant la scène où Michel se rend chez Mariama et tombe sur les trois fillettes.

L'auteur montre également des parents qui oeuvrent contre leur fille pour son bien et pour celui de son enfant. Là encore, la situation est oppressante, car ils sont face à un terrible dilemme. Ils ont choisi une voie extrêmement difficile, mais ne pourraient pas agir autrement.
Gloria n'est pas aimable, et pas seulement à cause de ce que Michel remarque quant à sa façon d'être avec Naïs. J'ai eu du mal à comprendre comment il se faisait que Marie ne voie pas l'instable égoïste qui ne se cache pas vraiment en elle. Marie n'a pas l'air très évolué, soit, mais côtoyant Gloria tous les jours, elle devrait voir ce qui crève les yeux. Cela permet à l'auteur de montrer une situation où deux points de vue divergent.
Je comprends que Viviane se soit laissée avoir par Gloria: elle ne l'a vue qu'une fois. Ça devait être un bon jour, et en plus, Viviane ne croyait pas Michel, et était trop prise par sa propre vie... qu'elle ne tente même pas de maîtriser. Je n'ai pas apprécié Viviane qui se permet de donner des conseils, et ne peut même pas se prendre en main.

J'attendais un événement qui aurait démontré certaines choses. L'auteur a eu la finesse de ne pas le créer. Il est vrai que cet événement aurait, en quelque sorte, arrêté la spirale. Or, Pascale Kramer a préféré être plus subtile. Pas de coup de théâtre, certes, mais les choses n'en sont que plus oppressantes.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 22 décembre 2010

L'implacable brutalité du réveil, de Pascale Kramer.

L'implacable brutalité du réveil

L'ouvrage:
Alissa et Richard sont jeunes mariés. Ils ont une petite fille de cinq semaines: Una. La jeune mère ne travaille plus, et s'occupe du bébé. Ils vivent depuis peu dans un petit appartement.
C'est alors qu'Alissa commence à ressentir un certain mal-être qui s'accentuera au fil des jours.

Critique:
Je ne vous conseille pas ce livre si vous n'aimez pas les ambiances étouffantes, les atmosphères oppressantes révélant un désespoir muet à chaque page, une impossibilité à communiquer... Remarquez, ce genre de thèmes ne m'enchantent pas particulièrement, et pourtant, j'ai aimé ce roman. J'ai même pris beaucoup de plaisir à le dévorer. Pascale Kramer décrit très bien l'état d'enfermement d'Alissa. Elle a l'art d'instiller ce mal-être chez son lecteur en un style à l'aspect simple, mais qui, en fait, est très travaillé.

Notre héroïne se sent prisonnière d'une vie qu'elle n'a pas vraiment choisie. On pourrait dire qu'elle fait une dépression postnatale, mais cela va plus loin que ça, car elle remet tout en question, se rendant compte qu'elle a épousé Richard pour de mauvaises raisons, comme par exemple, le regard de la société, l'envie d'être celle qui a quelqu'un, qui est aimée, qui a une situation; mais peut-être aussi une espèce de jalousie compliquée d'un besoin de reconnaissance par sa mère.
Alissa aime sa fille, mais Una fait partie de ce qui constitue la prison de la jeune femme.

Alissa ne parvient pas à communiquer son mal-être, elle ne peut s'exprimer auprès de Richard et de ses parents. Elle tente bien d'en parler à sa mère, mais tout est faussé à cause du grand changement que celle-ci connaît. Cette incompréhension entre la jeune femme et ses proches est, pour moi, cristallisée dans la scène où elle «mange» de la crème chantilly. Elle s'en «injecte» deux grandes lampées à l'aide de la bombe. C'est un geste de détresse muette. Et Richard y voit un amusement, une invitation à batifoler. D'une manière générale, la boulimie de sucre d'Alissa, qui, bien sûr, ne la satisfait pas, est la manifestation extérieur de sa dépression, et elle en est parfaitement consciente.
Entre son changement de statut, son déménagement, et ses parents qui se séparent, Alissa est en train de se rendre compte que toute sa vie est construite sur du faux-semblant, sur un mensonge, sur du paraître, et cela la paralyse, l'enfonce dans un brouillard de désespoir.

Un autre personnage symbolise le mal-être: Jim. La petite cérémonie organisée pour lui, vue à travers les yeux d'Alissa, est assez pitoyable. On dirait que personne ne sait agir normalement avec Jim, comme si l'infirmité mettait tous ces gens bien pensants mal à l'aise. Alissa n'agit pas mieux, mais au moins, elle n'est pas aussi hypocrite, elle n'essaie pas d'être en paix avec sa conscience en agissant comme la société le voudrait. Sa nouvelle situation et son cheminement intérieur font qu'elle vit à côté des autres, et non avec eux.

Il n'y a aucune longueur. Tout ce qui est décrit a son importance. C'est un roman court et dense, réaliste, et «implacable». Un roman qui démonte subtilement certains mécanismes de la société, mettant en avant leur ineptie.
Je ne sais toujours pas quoi penser de la fin. Que montre-t-elle exactement? J'ai bien quelques idées, mais je ne les développerai pas ici, pour ne pas trop en dévoiler.

Éditeur: Mercure de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice dont la voix, en plus d'être douce, est empreinte d'une certaine classe. En outre, à l'instar des lecteurs que j'affectionne, elle ne surjoue jamais, adopte le ton qu'il faut quand il faut, et a une bonne diction.

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lundi, 23 août 2010

Fracas, de Pascale Kramer.

Fracas

L'ouvrage:
Ce week-end-là, Valérie se rend chez ses parents afin de les aider, leur maison ayant été endommagée après un gros orage accompagné d'une pluie diluvienne. Peu après son arrivée, le téléphone sonne, et Cyril, son frère, apprend à la famille que Cindy, la baby-sitter de ses enfants, a été renversée par une voiture, non loin de là. Son état est critique. Il va venir chez ses parents avec femme et enfants. Certains iront à l'hôpital afin de voir Cindy...
Valérie n'a pas vu son frère depuis longtemps, car leurs rapports ne sont pas vraiment au beau fixe. Ces retrouvailles ne sont pas pour lui plaire.

Critique:
Un livre court, dense, oppressant, à l'ambiance lourde. La famille se retrouve à cause d'une situation délicate, et tous les non-dits les mettent d'abord mal à l'aise. Ces non-dits finissent par éclater au grand jour, car Cyril refuse d'être hypocrite, et veut exprimer ce qu'il ressent.

Il y a un contraste bien marqué entre les adultes et les enfants. Les adultes éprouvent un grand malaise, mais les enfants (du moins, Aude et Théo), ne le ressentent pas. Ils sont jeunes, veulent s'amuser. Parfois, leurs jeux et leur insouciance accordent quelques secondes de répit et de détente aux adultes et au lecteur. Mais le mal être est inévitable, et l'étau se resserre. Entre les secrets de famille étroitement liés à la situation présente et l'attente qui devient de plus en plus insupportable, les protagonistes de ce drame n'ont aucune échappatoire, même si certains tentent de fuir.

Le personnage de Lucie est très intéressant. Elle a dix ans, elle est plus âgée que Théo et Aude, et donc, plus avertie, perçoit plus de choses provenant du monde adulte. Elle est une espèce de transition, d'intermédiaire, naviguant entre l'insouciance et l'oppression, les reliant, les séparant, tentant désespérément de faire prendre le dessus à sa nature joyeuse, et d'en faire bénéficier les adultes...

Le personnage de Valérie est également intéressant. Elle se débat entre ce qu'elle sait, ce qu'elle refuse de savoir mais est obligée de prendre en compte, ce qu'elle devine... Elle sait que les réponses à ces questions troublantes feraient voler son fragile équilibre en éclat, pourtant, elle ne peut se résoudre à faire l'autruche, à l'instar de sa mère.

D'autres personnages sont intéressants, même si les deux seuls personnages attachants (outre Hélène, Aude et Théo qui sont secondaires) sont Valérie et Lucie: Cyril qui s'obstine à vouloir se faire entendre, les parents de Cyril et Valérie qui sont à la fois détestables et pitoyables...
Le malaise instillé par ce livre persiste après qu'on l'a refermé, car on réfléchit, on examine toutes les situations, on tourne et retourne les vies de ces personnages.

Éditeur: Mercure de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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