Auteur : Koch Herman

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vendredi, 7 mars 2014

Villa avec piscine, d'Herman Koch.

Villa avec piscine

L'ouvrage:
Ralph Meyer est mort d'une grave maladie. Peu après, Marc, son médecin de famille, se voit convoqué par l'ordre des médecins.

Critique:
Comme dans «Le dîner»,|http://www.lalivrophile.net/le-diner-d-herman-koch] Herman Koch nous jette en pleine figure des réalités dont nous sommes bien forcés de reconnaître qu'elles existent. Outre l'intrigue, Marc (le personnage principal) partage ses pensées avec le lecteur. La plupart du temps, elles sont cyniques, blasées, voire cruelles. S'il a certains préjugés, presque tout ce qu'il pense quant aux réactions de la société est bien réel. Notre société est telle qu'il la décrit d'une plume acérée, au scalpel, sans aucune compassion pour le lecteur. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux sont les animaux envers qui tous les hommes, même Marc (voir l'épisode du chat), se conduisent mal.
Si cela me choque, quand je réfléchis, je dois admettre que je me fais souvent ce genre de réflexions quant à mes semblables. Mes pensées sont peut-être plus policées, mais cela fait-il une réelle différence?
Quant à ce que Marc pense en tant que médecin... certains passages sont si réalistes et si grinçants et à la fois si hilarants que je n'ai pu m'empêcher d'en rire. Je pense notamment à la patiente très grosse qui aime beaucoup cuisiner, ou à ce que Marc dit à propos d'un foie chargé.

Son récit est traversé de souvenirs de ses cours de biologie médicale. Les dires de son professeur sont sources de réflexions pour lui.

Je n'apprécie pas trop la structure du livre. Au début, on nous raconte ce que j'ai écrit dans mon résumé, puis il y a un retour en arrière, et on découvre tout ce qui est arrivé avant. Je pense que l'auteur aurait pu se passer de cette structure, et écrire un récit totalement chronologique. Je sais bien que ce début (qui est le début de la fin) puis le retour en arrière sont là pour appâter le lecteur. Pour moi, Herman Koch n'avait pas besoin de cela. En outre, cette construction artificielle m'insupporte de plus en plus, quand elle n'est pas nécessaire.

Quant à la teneur de l'intrigue, elle m'a plu. J'ai trouvé le tout très bien mené. D'abord, Herman Koch parvient à merveille à distiller une ambiance tendue, même lorsqu'il évoque de petites choses. Cela vient sûrement de ce que le lecteur connaît les réelles intentions de Marc, se doute que Ralph n'est pas clair, et a du mal à accorder sa confiance aux autres personnages. En effet, ne vous attendez pas à apprécier les personnages, sauf peut-être Caroline, ainsi que Julia et Lisa qui semblent, de par leur état d'enfant, épargnées par la saleté adulte... jusqu'à un certain point.

Là encore, le romancier pose certaines questions qui, si on tente d'y répondre, peuvent entraîner sur des sables mouvants. Vengeance, justice, transgression des lois, conscience... Je m'attendais à ce qu'on découvre une certaine chose, et cela donne encore plus de poids à ces fameuses questions. Outre cette découverte, la personnalité de l'un des personnages entre aussi en ligne de compte. L'auteur a su créer un tel réseau de faits, de circonstances, etc, qu'il est inévitable que le lecteur penche d'un certain côté.

Si «Le dîner» m'avait choquée, si je n'étais pas d'accord avec les personnages, j'ai trouvé que tout était plus nuancé ici. On ne peut pas être vraiment d'accord avec ce qui a été fait, mais on peut davantage l'expliquer, ou du moins autrement que par le petit égoïsme de deux ou trois personnes capricieuses, comme c'était (à mon avis), le cas dans «Le dîner». C'est pour cela que j'ai préféré «Villa avec piscine».

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Au départ, j'ai eu un peu peur de ne pas apprécier cette lectrice, car sa voix est très grave, ce qui ne me plaît pas trop chez les femmes. Cependant, sa lecture fluide, son jeu discret, son absence de monotonie m'ont convaincue. Je la réentendrai avec plaisir.

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vendredi, 14 juin 2013

Le dîner, d'Herman Koch.

Le dîner

L'ouvrage:
Ce soir-là, deux couples (les hommes sont frères) dînent ensemble dans un restaurant huppé de la ville. Ils doivent évoquer leurs enfants. Ils ne s'y résolvent pas tout de suite, car le sujet est douloureux.

Critique:
Ce livre est dur et oppressant. Au départ, on s'amuse un peu de voir que Paul (le narrateur) méprise quelque peu son frère. On découvre des familles banales en apparences, avec leurs hauts et leurs bas, leurs désaccords, etc. Plus le livre avance, plus la tension monte, plus le lecteur voit l'ampleur des choses. Outre la profonde inimitié qu'on sent entre les frères, la manière dont chacun communique contribue à la tension. On se dit les choses à demi-mots, par sous-entendus, et quand les franches explications viennent réellement, c'est un coup de massue pour le lecteur.

L'auteur montre bien la minceur de la frontière entre le politiquement incorrect et le danger public. Au départ, j'ai trouvé certaines réflexions de Paul très bonnes. Par exemple, il a un regard très juste concernant le racisme. Il démontre habilement comment on tente de cacher son homophobie et son racisme. Si le racisme clairement exprimé est un fléau, la discrimination positive en est également un. Quant à l'homophobie, l'exemple pris par Paul est très pertinent. On ne peut s'empêcher de jubiler en lisant qu'il démonte les mécanismes hypocrites de certaines façons de penser.
Mais le narrateur ne s'arrête pas là...

Aucun personnage n'est réellement appréciable. Certes, Serge est vu à travers les yeux de Paul, donc le lecteur pensera forcément du mal de lui, mais lorsqu'il s'exprime, il n'est pas très appréciable.
Quant à Babeth (la femme de Serge), elle m'a paru terne.
Claire semble être le pilier de l'assemblée. Elle paraît forte, raisonnable, posée... Pendant une grande partie du livre, on se dit qu'elle représente un havre. C'est ensuite qu'on s'aperçoit que tout n'est pas si simple, rien n'est acquis.
Quant à Paul, on suit un peu le même schéma, sauf qu'on le découvre plus tôt.
Par ce procédé, l'auteur détruit certains codes auxquels est habitué le lecteur, rendant, du même coup, son roman encore plus réaliste.

Lorsque le sujet crucial est évoqué, certains personnages orientent le débat dans la mauvaise direction. Au départ, on peut penser que c'est une réaction de parents qui pensent d'abord (même si le raisonnement n'est pas bon) à leur enfant. Mais les choses vont plus loin. Il est terrifiant de s'apercevoir que des gens à l'air ordinaire raisonnent ainsi.
Ce livre ne laissera pas le lecteur indemne, car il est terriblement réaliste, et la réalité qu'il décrit est sale, malsaine, inique... D'autre part, il n'est pas certain que la solution prônée par Paul et Claire ne se retournera pas contre Michel, leur fils.

Afficher Attention, je dévoile une partie de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile une partie de l'intrigue.

Il est normal de penser qu'une victime n'est pas toujours innocente. Dans le cas qui préoccupe ces parents, il n'a jamais été dit que la clocharde était innocente. Cependant, on n'excuse pas un meurtre, on ne le traite pas en incident, comme le fait Claire. Surtout qu'il n'y a aucune légitime défense. Sans être partisane du «les deux adolescents auraient dû aller ailleurs», je pense qu'il y a des solutions intermédiaires...

La structure est un peu déroutante: au long de la soirée, Paul se remémore certaines choses de son passé ou de son passé proche. Cette structure peut se comprendre, mais elle engendre quelques longueurs, surtout au début.

Remarque annexe:
Je ne sais pas si les restaurants huppés sont vraiment comme celui du roman, mais si c'est ça, je préfère les restaurants «ordinaires». Bien sûr, la façon dont le narrateur décrit ce restaurant fera sourire le lecteur.

Éditeur: 10/18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Denise Michel Lou pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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