Auteur : Kingsolver Barbara

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mercredi, 20 août 2014

Dans la lumière, de Barbara Kingsolver.

Dans la lumière

L'ouvrage:
Sud des Appalaches. Dellarobia Turnbow est la première à voir le phénomène: des milliers de papillons qui, normalement, ne devraient pas se trouver là. Cette apparition met le petit village en effervescence. Le monde s'y intéresse, des scientifiques viennent étudier cette venue incongrue... Quant à Dellarobia, les événements vont la forcer à se pencher davantage sur sa vie, et à se demander ce qu'elle veut vraiment.

Critique:
À l'instar d'«Un été prodigue», ce roman est au plus proche de la nature. Barbara Kingsolver explique comment un tel phénomène (la migration de papillons qui, habituellement, se rendent au Mexique), est possible. Si cela n'est jamais arrivé, le cadre existe,ce qui rend cette éventualité plausible. On en revient donc au fait que l'homme agit sans se préoccuper des conséquences. Il malmène la nature qui ne peut pas toujours s'adapter. Les explications données et le petit débat qui a lieu entre Tina (journaliste superficielle et presque caricaturale) et Ovide (le scientifique) m'ont fait penser à «Sweetwater», de Roxana Robinson, où l'auteur explique certaines choses et confronte deux opinions différentes.
J'ai apprécié apprendre des choses sur ces papillons jusqu'alors inconnus de moi, sur l'écosystème (même s'il y en a que je savais).

L'héroïne, Dellarobia, m'a souvent agacée. Pourtant, elle agit au mieux. D'abord, je l'ai trouvée méprisante envers sa condition, son mari (qui s'en satisfait), etc. Il me semblait qu'elle regardait tout le monde de haut, et humiliait son mari en connaissance de cause. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu'elle n'a pas fait les choix qu'elle aurait souhaité faire. Ses regrets à ce sujet la font agir ainsi. C'est aussi cela qui lui fait éprouver une attirance pour Ovide. Ce n'est pas une véritable attirance, c'est juste un symptôme de son mal être, comme toutes les attirances passées qu'elle a éprouvées. Elle en est consciente, et évolue tout au long du roman. Elle trouve le courage d'admettre ses erreurs. Après tout, pourquoi ne pas aspirer à autre chose? Ce n'est pas parce qu'on souhaite une autre vie qu'on n'est pas quelqu'un de bien. Je suis d'ailleurs la première à m'insurger lorsque les personnages de livres (et les gens en général) laissent perdurer une situation qu'ils savent mauvaise. C'est pour cela que je ne m'explique pas vraiment mon antipathie à l'égard de Dellarobia. Je pense qu'elle vient surtout du fait que son mari est «un gentil», et que j'ai toujours de la peine quand on fait du mal aux «gentils». Cependant, elle lui en aurait fait davantage, à terme, en agissant autrement. Certains lecteurs seront d'ailleurs davantage agacés par le mari de notre héroïne que par elle...
D'autre part, je n'ai pu m'empêcher de la fustiger lorsqu'elle se rend compte de ce que Tina a fait de ses déclarations. J'ai pensé: «Tu n'arrêtes pas de penser que tu es plus futée que les autres, et tu n'as pas imaginé qu'une journaliste ferait son possible pour déformer tes propos et tes postures afin de faire du sensationnel!» Le fait qu'elle ait fait aveuglément confiance à Tina qu'elle connaissait à peine, et qui, de surcroît, était journaliste, m'a fait penser qu'elle était bien naïve malgré la haute opinion qu'elle semble avoir d'elle-même.
Néanmoins, j'aurais sûrement pesté si elle avait été parfaite... ;-)
Tout ça pour dire que je sais mon reproche totalement inique.

J'ai apprécié le personnage d'Esther. J'ai commencé par la voir avec les yeux de Dellarobia, et à me dire qu'elle était presque la caricature de la belle-mère. Malgré son exaspération, notre héroïne capte les signaux de détresse d'Esther et y répond. Cela fait que son opinion ainsi que celle du lecteur se nuancera. Ce qu'on finit par apprendre au sujet d'Esther expliquera pourquoi elle est si clairvoyante concernant sa belle-fille. Quant à son attitude générale, elle finit par s'assouplir quelque peu, surtout à partir du moment où elle tient tête à son mari.

Preston est un personnage très attachant. Il a un peu l'air d'un sage. Son attitude face au comportement de ses parents, mais aussi face à cette migration de papillons est responsable.

En un style fluide où la rudesse côtoie la poésie, la romancière évoque paysages et gens, décrivant très bien la vie de la nature et celle de ses protagonistes. Mettant en regard la souffrance des hommes et celle de la nature, elle invite son lecteur à réfléchir. Sont montrés des mondes en mouvement dont les rencontres provoquent l'étonnement des protagonistes. Par exemple, Esther, femme pratique, femme de terrain, ne comprend pas vraiment pourquoi des personnes comme Ovide sont payées pour faire de la recherche. Dans un tout autre registre, Dellarobia se rend compte de la raison pour laquelle sa fille ne traite pas son téléphone jouet comme un vrai téléphone, etc.
Le récit des différentes étapes qui constituèrent le Noël des Turnbow, cette année-là, cristallise ce mélange des mondes, à l'instar du repas qu'ils partagent, plus tard, avec Ovide et Juliette.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 20 février 2006

Un été prodigue, de Barbara Kingsolver.

Un été prodigue L'auteur:
Barbara Kingsolver a écrit d'autres romans, qui ont tous été couronnés de succès. Pour avoir lu "L'arbre aux haricots" et "Des cochons au paradis" (qui en est la suite), je peux affirmer que je pense ce succès mérité. Le lecteur gagne à connaître cette romancière à l'écriture juste, qui ne se contente pas de petits romans sans consistance qu'on oubliera vite.
Elle a également écrit "Les yeux dans les arbres" que je compte lire bientôt.
Quant à ses essais, je n'en n'ai lu aucun.

L'ouvrage:
Deanna Wolfe travaille pour l'office des forêts. Dans la montagne des Appalaches, elle étudie la faune. Elle est coupée du monde, et elle en est très heureuse. C'est une amoureuse de la nature, et elle se sent très bien ainsi. Son espace va être envahi, sa tranquillité sera troublée par la venue d'Eddie Bondo, un jeune chasseur. Outre qu'il dérange Deanna, il veut chasser les coyotes, et elle est absolument contre cela.

Lusa et Cole ont eu le coup de foudre. Ils se sont mariés, et Lusa est venue vivre au milieu de la grande famille de son mari. A la mort accidentelle de Cole, Lusa héritera de la ferme familiale, étant sa femme. Elle se sent rejetée par la famille de Cole. Elle sent qu'elle devra prouver qu'elle aussi est attachée à cette terre, à cette ferme.

Garnett Walker essaie de faire pousser une nouvelle variété de châtaigners.
Nannie Rawley est sa voisine. Elle cultive des pommes biologiques.
Au cours de l'été raconté dans le roman, ils vont se disputer à propos de religion, de pesticides, d'eux-mêmes...

Critique:
J'ai adoré ce roman! Il se lit très bien, et on y apprend une foule de choses sur la nature. Les relations humaines y sont analysées avec justesse.

Deanna, l'amoureuse de la nature, des animaux, de la vie à la montagne est un personnage passionnant. Sa théorie qu'il ne faut pas tuer les prédateurs est très intéressante. En outre, elle nous apprend beaucoup sur les animaux.
On s'identifie assez à elle, (ainsi qu'à Lusa, d'ailleurs).

Lusa se sent rejetée, et agit en conséquences. Plus tard, elle apprend ce qu'onlui "reproche" vraiment, et c'est beaucoup plus compliqué, et donc plus intéressant,que ce qu'elle croit au premier abord. En outre, on imagine déjà toute la famille de Cole se liguant contre elle. Or, il n'en n'est rien. Certains d'entre eux aiment bien Lusa, d'autres ne la comprennent pas bien, et d'autres la rejettent.
Par ailleurs, Lusa refuse de cultiver du tabac, ce qui se fait dans la famille de Cole. Elle a une idée toute autre, une idée révolutionnaire, qui lui attirera également les critiques de certains.
Enfin, si Deanna nous apprend beaucoup sur la faune, Lusa nous en apprend sur la flore, ainsi que Nannie et Garnett, d'ailleurs.

Garnett peut paraître acariâtre et aigri. On peut croire qu'il fait tout pour empoisonner la vie de Nannie. Pourtant, il n'est pas si mauvais. Nannie le sait bien, puisqu'elle cherche toujours le dialogue avec lui.

Nannie a beaucoup souffert, dans sa vie. Elle est humble, respectueuse de la vie, de la nature, des gens. Elle se révèle très sage lors des échanges entre Garnett et elle.

Au cours de cet été, tous les personnages vont vivre des événements qui décideront du reste de leur vie. La vie de Deanna prendra un tournant inattendu. Lusa va découvrir certaines choses sur elle-même et sur la vie, grâce à Jewel et à ses enfants. Quant à Garnett, il finira par faire tomber ses barrières, sa carapace. Cela se voit surtout dans une scène très amusante: lorsqu'il est jaloux de l'homme qu'il voit depuis plusieurs jours chez Nannie...

Ce roman de Barbara Kingsolver est une ode à la nature, un chant d'espoir et d'amour. Je le recommande absolument!

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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