Auteur : Kennedy Douglas

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, 6 décembre 2010

Une relation dangereuse, de Douglas Kennedy.

Une relation dangereuse

L'ouvrage:
Sally et Tony sont correspondants à l'étranger, elle pour le Boston Poste, lui pour le Chronicle. Ils se rencontrent en Somalie, et finissent par se marier. Lorsque Jack, leur enfant, naît, Sally se rend compte qu'elle doit faire face seule à la gestion du nourrisson, et à une dépression post-natale. Mais elle n'est pas au bout de ses peines.

Critique:
Je suis toujours surprise de voir que Douglas Kennedy conte des événements ordinaires, voire ressassés, et qu'il parvient sans difficultés apparentes, à les renouveler. Ses livres, sous la plume de n'importe quel autre, seraient, j'en suis convaincue, d'une mièvrerie et d'un ennui sans nom. Ici, la magie de l'auteur opère.

Avec justesse, voire brio, il nous brosse le portrait d'une femme admirable, à l'instar de plusieurs de ses héroïnes. Admirable ne veut pas dire que Sally n'a aucune faille, Au contraire. Mais c'est justement son humanité qui la rend si crédible, et si sympathique au lecteur.
Je pense que j'aurais été moins forte que Sally à sa place. Et pourtant, ce qui lui arrive serait susceptible d'arriver à n'importe qui. Ça arrive, d'ailleurs, tous les jours, malheureusement. Certains pourraient dire que Douglas Kennedy exagère. Or, croyez-moi, il n'en fait pas trop.
On comprend qu'elle pique des colères, qu'elle cède au désespoir, qu'elle craque. Surtout qu'elle est, le plus souvent, face à des gens froids à force de soi-disant professionnalisme, et d'une personne qui ne fait rien pour l'aider. Elle se sort seule de beaucoup de situations. Au moment de sa dépression, je reste convaincue que quand elle recommence à manger, c'est parce qu'elle trouve la volonté en elle, mais pas parce que les infirmières, et surtout la docteur Wodell, l'aident. D'ailleurs, la méthode du docteur Wodell pour «soigner» l'anorexie, est, à mon avis, complètement inefficace. Certes, les patientes recommencent à manger, mais les causes du mal ne sont pas soignées.

Outre ce personnage, l'auteur explore à merveille les sentiments, les conséquences d'événements, la psychologie de ses personnages. Même les «méchants» ont certaines motivations que le lecteur comprend, même si, bien sûr, il ne les porte pas dans son coeur.
L'auteur insère un personnage à la fois amusant et attachant qui fait office de divertissement et de détente pour le lecteur. Il s'agit de Nigel Clap, l'avoué de Sally. (Entre parenthèses, les héroïnes de Douglas Kennedy tombent souvent sur de bons avocats, qui plus est, sympathiques.) Outre la tendresse amusée que le lecteur éprouvera pour Nigel Clap, ce personnage est, une fois de plus, l'illustration parfaite du fait qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n'est pas un orateur, et d'ailleurs, il ne plaide pas, mais il connaît son métier, et est vif et efficace.
Il est peut-être là pour accentuer le contraste avec Tony qui est beau, fait preuve d'une grande assurance, et embobine facilement les gens.

Le livre est très long, mais je ne me suis pas du tout ennuyée. Je n'ai trouvé aucune longueur. J'avais tout de même prévu certaines choses. Dès la première rencontre de Sally avec un personnage (dont je tairai le nom), j'ai su que ce personnage jouerait un grand rôle bénéfique plus tard.
Je savais aussi, lorsque Sally téléphonait chez elle, et ne trouvait personne, que quelque chose se tramait. Mais ce sont des découvertes mineures, qui ne gâchent en rien la lecture.

À travers le personnage de Sally, l'auteur aborde plusieurs thèmes important, dont celui de l'auto-culpabilisation. J'ai trouvé cela très bien analysé: Sally sait qu'elle n'a rien à se reprocher, la raison le lui dit, des gens qui l'aiment le lui démontrent de manière pertinente, mais voilà, elle ne se résout pas à se pardonner, tant pour son père que pour son fils.

J'ai également bien aimé le contraste entre ce que Sally lit, et ce qu'elle éprouve à la naissance de son enfant. Ce qu'elle éprouve est plus réaliste, et cela lui est d'ailleurs confirmé. Je n'ai pas lu de livres sur le sujet, mais apparemment, ils dépeignent la vie avec un enfant nouveau-né comme un parterre de roses... Ne prépareraient-ils pas mieux les futurs parents en étant réalistes? Sally ne se serait pas sentie monstrueuse si ces livres n'étaient pas si idylliques.

J'ai trouvé un peu caricatural les catégorisations: les anglais sont comme ça, les américains sont comme ça... J'espère quand même que la personnalité d'un individu ne tient pas seulement à son pays, même si je sais que la culture d'un pays façonnera un peu ses habitants. Mais là, je trouve que c'est un peu poussé.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Gratecos pour l'association Valentin Haüy.
J'ai trouvé dommage que la lectrice prononce certains noms de manière affectée, en tentant un accent anglophone, comme Djoulia pour Julia, ou Maéveuh pour Maève...

Acheter « Une relation dangereuse » sur Amazon

lundi, 30 août 2010

Rien ne va plus, de Douglas Kennedy.

Rien ne va plus

L'ouvrage:
David Armitage est scénariste.
Après plusieurs années de galère, la chance lui sourit, et l'une de ses séries télévisées enthousiasme une chaîne. Toutes les portes s'ouvrent désormais devant lui.

Critique:
C'est un Douglas Kennedy, donc cela ne peut pas être tout à fait mauvais. Et en effet, c'est bien écrit, les personnages sont intéressants (à défaut d'être attachants), et l'histoire est bien racontée: on y retrouve tous les ingrédients qu'on s'attend à retrouver dans ce genre d'histoire.

C'est justement là que le bât blesse. C'est trop prévisible. Pas besoin d'avoir vécu une situation similaire pour savoir à quoi s'attendre. David a affaire à un monde de requins sans pitié où tous les coups sont permis, et on le sait très bien. De ce fait, on s'attend à beaucoup de choses: les caprices de star (Philip qui fait attendre David une semaine), les opportunistes de toutes sortes, le fait de pouvoir passer du statut de personne adulée à celui de proscrit, les magouilles en tous genres, le luxe qui fait perdre la tête, la façon écoeurante dont certains en profitent. Les thèmes sont bien abordés, mais ils font que le livre est sans surprises, même si l'auteur entoure ces thèmes d'une intrigue solide.
Détail amusant: le parcours de David fait penser à celui d'Eric dans «La poursuite du bonheur», la chasse aux sorcières en moins.

En outre, aucun personnage n'est vraiment sympathique. En général, chez Douglas Kennedy, le personnage principal est attachant. Ici, même s'il a certaines valeurs, même si le succès ne lui tourne pas complètement la tête, il ne m'a pas réellement touchée. D'abord, le lecteur ne peut s'empêcher de soupirer d'exaspération à l'idée qu'il tombe si facilement amoureux de cette pimbêche opportuniste et caractérielle de Sally.
Ensuite, il est un peu mou, et par certains côtés, il est un peu naïf, voire simplet.
Lucy est sympathique, au départ, car elle agit comme il faut, mais ensuite, son obstination, voire son acharnement, deviennent lassants, et font d'elle un personnage cliché.
Martha est sympathique, mais elle complique un peu trop les choses, elle choisit la facilité, et son explication me semble vaseuse. Donc elle ne trouve pas vraiment grâce à mes yeux.
Quant aux autres, ils sont tous aussi détestables les uns que les autres, sauf Allison et quelques personnages secondaires comme le libraire et l'avocat. Il est d'ailleurs amusant de constater que chez Douglas Kennedy, les héros tombent souvent sur de gentils avocats, très humains. C'est le cas ici, mais aussi dans «La poursuite du bonheur» et dans «Quitter le monde».

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annie Lamoise pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Rien ne va plus » sur Amazon

jeudi, 22 juillet 2010

L'homme qui voulait vivre sa vie, de Douglas Kennedy.

L'homme qui voulait vivre sa vie

L'ouvrage:
Ben Bradford a trente-huit ans. Il est avocat. Il est marié à Beth. Ils ont deux enfants, Adam et Josh.
Extérieurement, Ben est comblé. Mais il ne fait pas le métier qu'il aurait souhaité faire: photographe. En outre, les relations entre Beth et lui se dégradent. Son monde finit de s'écrouler lorsqu'il se rend compte qu'elle le trompe.

Critique:
Attention: ne lisez pas la quatrième de couverture, je trouve qu'elle en dévoile trop.

Encore une fois, Douglas Kennedy analyse avec finesse la psychologie de ses personnages. Il sait montrer les symptômes apparents d'un mal bien plus grave qui ronge au moins deux d'entre eux.
Il parvient à faire en sorte que le lecteur ressente divers sentiments pour Ben: compassion, exaspération, dégoût, envie de le secouer... Cela m'a mise mal à l'aise. J'éprouvais de la compassion pour lui malgré ce qu'il avait fait. Je souhaitais qu'il s'en sorte. L'auteur réussit très bien à faire nager son lecteur en eaux troubles quant à Ben. D'un côté, on comprend son mal être, et de l'autre, on ne peut s'empêcher de frémir quant à ce que les circonstances, et plus tard, la peur, le poussent à faire.
Les sentiments de Ben sont très bien décrits et analysés, ce qui fait justement que le lecteur se met à sa place, et le comprend si bien.

Beth, par contre, m'a agacée. Elle refuse la communication, et préfère prendre un amant médiocre qu'elle adule pour pallier ses manques. Je la trouve très bête. On peut facilement expliquer ses actes, mais elle agit de la manière la plus infantile qui soit. Et puis, au long du roman, je n'ai pas l'impression qu'elle évolue.

Les autres personnages sont globalement attachants et sympathiques au lecteur, sauf certains qu'on voit peu, comme Rudy Warren et Judy Wilmers.
Quant à Gary, je l'ai trouvé trop insipide et sans gêne pour être aimable. C'est une des faiblesses du livre. J'aurais préféré un personnage plus complexe, plus sympathique, un personnage que je n'aurais pas eu envie de détester tout de suite. C'était trop facile de mépriser et de détester Gary.

L'intrigue m'a plu. On prévoit certaines choses, mais peu. Par exemple, on devine avec qui Beth trompe Ben, et d'autres choses mineures.
Il n'y a pas de temps morts.
Quant à la fin, elle va très bien avec le reste du roman. On s'imagine la connaître, on pense qu'il n'y a que deux solutions... et pourtant, Douglas Kennedy en sort une autre de sa manche. Elle ne satisfait pas tout à fait le lecteur (du moins moi), mais finalement, elle est meilleure que la fin que j'aurais voulue, car elle est à l'image du roman et de son personnage principal.

Finalement, je pense que c'est le roman de Douglas Kennedy que je préfère. J'ai aimé «La poursuite du bonheur», mais il est trop dur, il fait trop mal. Celui-là mélange un peu mieux les sentiments, est plus nuancé, donne plus à réfléchir.
J'aimerais donner d'autres exemples, approfondir certaines choses, mais j'en dévoilerais trop.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Pour ceux qu'une version audio intéresse, il en existe une enregistrée pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « L'homme qui voulait vivre sa vie » sur Amazon

jeudi, 18 mars 2010

La poursuite du bonheur, de Douglas Kennedy.

La poursuite du bonheur

L'ouvrage:
C'est l'enterrement de Dorothy Malone. Parmi les personnes présentes, sa fille, Kate, remarque une dame âgée qu'elle ne connaît pas. Puis elle l'oublie.
Le lendemain, la femme se manifeste par une lettre puis des coups de fil. Elle veut apprendre quelque chose à Kate. Celle-ci refuse. Alors, Sara Smythe (c'est le nom de la femme), lui envoie un album de photos. Des photos de Kate, de ses parents, de son frère, de son fils. Kate, indignée, se précipite chez cette femme qui l'effraie. C'est alors que Sara lui remet un manuscrit en lui disant que Jack Malone, le père de Kate, a été l'homme de sa vie.
Rentrée chez elle, Kate s'attaque au manuscrit. Elle va connaître la douloureuse histoire de sa famille.

Critique:
À travers l'histoire de personnages complexes, Douglas Kennedy analyse parfaitement, une fois de plus, la psychologie, les circonstances, les choix qui déterminent le tour de la vie de chacun. Dans un livre très poignant (cela faisait très longtemps que je n'avais pas pleuré en lisant un roman), écrit d'une plume incisive, bannissant toute mièvrerie, explorant sans complaisance les sentiments de chacun, Douglas Kennedy signe ici un roman qui ne pourra laisser personne indifférent. Les amateurs de sagas familiales où rien n'est manichéen seront comblés. C'est un livre qui fait réfléchir, qui force le lecteur à se poser des questions dérangeantes. On peut blâmer tel ou tel personnage, mais qu'aurions-nous fait à leur place? Je me suis souvent surprise à penser: «Mais voyons, Truc, c'est pas comme ça qu'il fallait agir! Mais tu aurais pu faire comme ci ou comme ça!» Puis, tout de suite après: «Oui, mais qu'est-ce que j'aurais fait à la place de Truc?»

Le parallèle entre la situation de Kate et celle de Jack est intéressant. Jack s'est enferré dans un mariage malheureux par devoir et lâcheté, alors que Kate et Matt ont préféré divorcer, malgré leur enfant. Ici, tout est une question d'époque et de personnalité. À l'époque de Jack, et quand on était, comme lui, catholique croyant, on fait son devoir. À l'époque de Kate, les moeurs sont un peu plus évoluées, on ne se sacrifie pas par devoir. Qui en sera le plus heureux? Au final, je pense que c'est Kate. Son fils est triste que ses parents soient séparés, mais n'y aurait-il pas eu plus de dégâts s'ils étaient restés à se disputer, à s'aigrir petit à petit?
Quant à Jack, il agit par devoir, mais son coeur le pousse quand même à tromper sa femme. N'aurait-il pas été plus droit, finalement, et en tout cas moins hypocrite, s'il l'avait quittée?

Autre chose m'a interpellée: cet amour indéfectible, cette entente parfaite qu'on trouve entre les frères et les soeurs de la première génération, et l'incompréhension entre le frère et la soeur de la génération suivante.

Outre les dilemmes engendrés chez certains personnages par la chasse aux sorcières, Douglas Kennedy fait ressurgir ce pan de l'histoire, et le fait très intelligemment. Cet auteur qui n'hésite pas à critiquer les mauvais côtés de son pays, se montre, là encore, précis dans ses attaques contre ce moment peu glorieux pour les États-Unis. Il nous rappelle le comportement pitoyable et cruel du gouvernement. Il nous rappelle à quel point la peur peut être dévastatrice si on n'essaie pas de la neutraliser, si on se laisse submerger par elle, si on la laisse tout régenter. Douglas Kennedy fait ça très bien en mettant en avant le comportement infantile et dépourvu de raisonnement du FBI et d'autres.
À côté de cela, certains personnages sortent des poncifs sur les Français (ceux-ci ne sauraient pas préparer de la bonne nourriture, et accepteraient l'adultère avec bonhommie), et ne se disent pas que leur façon de faire n'est peut-être pas la meilleure.

Le personnage de Jack est sûrement le plus complexe. Kate le juge d'ailleurs d'une manière trop arbitraire. Bien sûr, elle est déstabilisée par le contraste entre le père de contes de fées que lui a inventé Dorothy et le vrai Jack qu'elle découvre brutalement au fil des pages de Sara. C'est Meg qui analyse le mieux Jack. Il a été faible et lâche, mais il a tenté de faire de son mieux. Il a fait certains choix malheureux, mais il n'a jamais pensé à mal. Ce qu'il a fait au moment où la chasse aux sorcières menaçait de le broyer est méprisable, mais c'est lui qui l'a le plus payé. Si Sara en a été dévastée, c'est Jack qui en a payé le prix fort. Sara a fini par se relever, elle. Au final, le lecteur blâme et plaint Jack à la fois.

Le personnage de Sara est également complexe. Elle fait certains choix, mais dépend aussi des choix d'autres. C'est une femme au caractère bien trempé, qui fait face, affronte vaillamment les coups du sort, à l'instar de beaucoup de personnages féminins des romans de Douglas Kennedy. Elle aurait sûrement fait des choix plus appropriés que Jack et Dorothy quant au mariage, mais qu'en aurait-il été lors de la chasse aux sorcières? Elle ne voit que le gouffre qui s'est ouvert sous ses pieds, mais ne cherche pas à comprendre Jack, ne sachant que le blâmer. Elle dit que si, elle le comprend, mais qu'elle est aveuglée par sa colère et sa douleur. Le lecteur peut comprendre cela. Cependant, une personne fine comme Sara, même submergée par la souffrance, aurait dû remettre certaines choses en question. Là encore, qu'aurait-on fait à sa place? Il est impossible de le dire.
En outre, en ce qui concerne son histoire avec George, Sara s'obstine dans une erreur, malgré ce que lui disent son frère et sa raison. Elle est donc parfois agaçante à faire la morale aux autres, alors qu'elle aussi peut faire preuve d'entêtement, tout en sachant qu'elle fait le mauvais choix.
Tout comme pour Jack, le lecteur prend Sara en pitié, et réprouve certains de ses actes.

Je n'ai pas vraiment apprécié le personnage de Dorothy, car elle aussi est faible, encore plus que Jack. Elle préfère se consumer de haine et de frustration plutôt que de laisser partir un homme qu'elle n'aime pas, juste par peur de la solitude, et par jalousie du bonheur que connaîtrait Jack.
Pourtant, Dorothy fait tout pour que ses enfants aient une vie à l'abri des tracasseries financières, et pour qu'ils se réconcilient (je crois le raisonnement de Kate juste). Malgré son amertume, elle sait se montrer capable d'amour et d'abnégation.

Les Grey, personnages qui traversent la vie de Sara, sont également très bien analysés. Madame Grey pourrait être un personnage un peu cliché, mais je la trouve, au contraire, très réaliste. Malheureusement, des femmes castratrices, manipulatrices, voulant tout contrôler, cela existe, et on en trouve plus fréquemment que ce que l'on pourrait croire.

On pourrait s'étonner que je ne crie pas au scandale quant à ce coup de foudre, puisque je rejette ce genre de cliché. Bien sûr, j'ai trouvé que le coup de foudre n'était pas crédible, mais étant donnée la suite du roman, l'histoire d'amour aurait pu s'épanouir.

Malgré tout le gâchis engendré par certains choix et circonstances, la fin est une note d'espoir. Le manuscrit de Sara a fait évoluer Kate, quoiqu'elle en dise, et elle agit de manière intelligente envers Ethan, Sara, et Charlie. Il aura fallu que son père se trompe, que sa famille connaisse des malheurs dont on ne sort pas indemne pour que la génération suivante, malgré un pessimisme exaspérant, tente de s'en sortir.
C'est une note d'espoir, oui, mais ça ne changera rien pour Jack et Éric. Il est trop tard pour eux. C'est pour cela que malgré la note d'espoir, ce roman laisse un goût d'amertume.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Une fois encore, Martine Moinat a très bien interprété ce roman. Il aurait été facile de lire certains passages sur un ton mélodramatique. Mais elle ne l'a pas fait, respectant, à mon avis, l'écriture de Douglas Kennedy.

Acheter « La poursuite du bonheur » sur Amazon

lundi, 1 février 2010

Quitter le monde, de Douglas Kennedy.

Quitter le monde

L'ouvrage:
Le soir de ses treize ans, alors que ses parents se disputent pour la énième fois, Jane annonce solennellement qu'elle ne se mariera jamais, et n'aura jamais d'enfants. Ce sera l'un des tournants de sa vie. Le lendemain, son père, prenant prétexte de sa phrase, quitte sa mère pour tenter d'être plus heureux ailleurs. La mère de Jane lui reprochera cette phrase tout le reste de sa vie.

Critique:
J'ai trouvé ce roman très réussi. C'est d'abord une étude sociale, ethnologique: relations compliquées entre parents et enfants, entre mari et femme, corruption (même si c'est simplement au sein d'une université), puis, à plus grande échelle, Douglas Kennedy décrit le comportements d'autres personnes, les traders, et d'une manière générale, de groupes de gens mis en présence... A travers la vie de Jane, il nous montre une palette de comportements fascinants, effrayants, différents, et cela sonne terriblement juste.

Tout comme dans «Les charmes discrets de la vie conjugale», la mère et la fille ont une relation conflictuelle. Le personnage de la mère n'évolue pas. Elle reste engluée dans sa petite vie médiocre, et garde son esprit étroit. Elle refuse de se remettre en question, et accuse Jane de tous les maux. Comment peut-on, lorsqu'on est adulte et lucide, reprocher à sa fille une phrase qu'elle a eue à treize ans, et qui n'était que le résultat de ce qu'elle observait: ses parents en train de se déchirer?

Le personnage de Jane est admirable. Entre ses parents (son père n'est pas triste non plus, vous verrez ça), ses échecs dus à son intégrité et à sa trop grande gentillesse, et les coups durs qui s'acharnent sur elle, comment Jane n'a-t-elle pas mal tourné? Ca me fait penser à certaines personnes qui excusent des comportements odieux d'enfants en disant: «Le pauvre, il a eu une enfance difficile.» Soit, mais les gens comme Jane existent, et comme ils ne se font pas remarquer, comme ils essaient d'avancer malgré tout en gardant leur intégrité, on ne les plaint pas. Jane est un personnage épais, creusé, complexe, courageux. Elle se relève toujours, tente toujours de faire quelque chose d'utile et de constructif. Et malgré ce qu'elle fait après l'accident, elle a toujours des réactions saines, positives, et tente de se construire. Elle s'adapte à tout un tas de situations et de gens.
Ce roman est très riche, car des groupes et des personnages y sont analysés avec justesse, et aussi parce que Jane a une vie très riche en événements et en situations différentes. En outre, le personnage de Jane fait ressortir les défauts des groupes ou individus montrés par l'auteur.
Tous les autres personnages et les situations sont passionnants, je ne peux donc pas donner d'exemples.

Le livre est assez long (plus de 19h en audio), et pourtant, il ne souffre pas de longueurs. L'auteur parvient à merveille à planter le décor des différentes vies de Jane, à nous plonger dans l'ambiance dans laquelle elle évolue, à nous faire ressentir ce que Jane ressent. Tout comme dans «Les charmes discrets de la vie conjugale», L'auteur sait parfaitement entrer dans la peau d'une femme. Cette capacité à nous faire ressentir les émotions d'une femme est l'une des facettes du talent de cet écrivain.
Ce roman est donc à lire. Ceux qui aiment Douglas Kennedy, et n'ont pas aimé la fin de «La femme du cinquième» ne seront pas déçus.

Il y a deux incohérences:
La femme de David Henry s'appelle Polly. Pourtant, la première fois que Jane l'évoque, elle dit Beth.
Après avoir raconté le départ de son père, et avant de dérouler le fil de sa vie, Jane explique que sur son lit de mort, sa mère lui avait dit: «Peut-être que si tu n'avais rien dit, ton père serait resté.» Ensuite, bien plus tard, Jane nous raconte la scène plus en détails. A ce moment, sa mère ne lui dit pas la même chose. Elle lui dit que son ex mari va revenir, et qu'il lui a affirmé que c'était bien à cause de la phrase de Jane qu'il était parti, et qu'il le regrettait, etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller pour les éditions Audiolib.
Tout comme j'avais aimé sa prestation dans «Les âmes vagabondes», j'ai trouvé qu'Isabelle Miller avait bien interprété ce roman. En plus, elle s'est améliorée, à mon avis, car elle n'a pas fait de voix bizarres pour les hommes, comme elle l'avait fait pour l'un d'entre eux dans «Les âmes vagabondes». J'ai quand même été déçue de sa prononciation de «Henry», à l'anglophone. En outre, je n'ai pas compris pourquoi elle annonçait les chapitres: «Chapitre... un» d'un ton appuyé, et avec un blanc entre les deux mots.

Acheter « Quitter le monde » en audio sur Amazon

Acheter « Quitter le monde » sur Amazon

- page 2 de 3 -