Auteur : Kennedy Douglas

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mercredi, 8 mai 2019

La symphonie du hasard, livre 3, de Douglas Kennedy.

La symphonie du hasard, livre 3

L'ouvrage:
Alice est rentrée aux États-Unis. Elle oscille entre reconstruction et besoin d'en finir. Entre sa famille (toujours aussi bancale) et ses amis, elle parvient peu à peu à trouver une forme d'équilibre...

Critique:
J'ai préféré cette troisième partie à la précédente. Ici, la narratrice ne m'a pas cassé les pieds, j'ai compris ses choix, ses craintes, ses hésitations... Je l'ai trouvée plus nuancée, moins égoïste, moins prompte à juger tout en n'étant pas irréprochable. Par exemple, elle souffre de ce que lui fait sa mère, mais ne décide pas d'exclure cette dernière de sa vie. Tout au long de cette partie, Alice m'a semblé faire ce qu'elle pouvait avec les cartes qu'elle avait.

Encore une fois, j'ai été plus indulgente envers sa mère qu'envers son père. Sa mère reconnaît ses torts, finit par trouver le courage de faire quelque chose, est prudente lorsqu'il s'agit de prendre une certaine décision... Le père d'Alice ne cesse de dire et faire des choses répréhensibles, son repentir est toujours grandiloquent, et sonne faux. Il se fustige à grand renfort de mots très durs et de grosses larmes, ce qui ne l'empêche pas de recommencer à dire et faire d'autres choses répréhensibles, et à refuser vertement les conseils...

Malgré de graves éléments, l'auteur glisse souvent de l'humour dans cette partie. L'exemple le plus parlant est celui de la situation des parents de notre héroïne. Leur comportement l'un envers l'autre m'a beaucoup amusée, et quelque peu attendrie. Mon passage préféré concernant cela est le mariage d'Adam. Outre la drôlerie de certaines répliques et situations, à cette occasion, presque tous les Burns sont réunis et rient ensemble. Bien sûr, ils font cela lors d'un moment qu'ils savent dénué de bonheur, mais pour moi, ils font la seule chose qu'ils peuvent. En outre, cette complicité est assez rare pour être soulignée.

Comme dans d'autres romans, Douglas Kennedy n'oublie pas le contexte historique. Je ne m'y connais pas tant que ça en histoire des États-Unis des années 80, mais tout sonne vrai. Je ne savais pas que Ronald Reagan avait été élu avec autant de voix...

J'ai apprécié les différentes réflexions dont l'auteur parsème son ouvrage concernant la vie, la souffrance due au deuil, l'adaptabilité de l'être humain... Tout cela m'a paru très juste, cela a fait écho à certaines de mes pensées. Le seul élément avec lequel je ne suis pas d'accord, c'est le fait qu'on choisit de souffrir. Alice choisit certaines choses, soit, mais je n'aime pas que le romancier fasse de cela une généralité. Il y a une chose dans ma vie que je n'ai absolument pas choisie, et dont je me débarrasserais le plus rapidement possible, si je le pouvais.

Je ne l'ai pas dit dans ma chronique du tome 1, parce que je voulais voir à quel point ma supposition était exacte, mais Douglas Kennedy nous gratifie de ce que j'appelle un prologue qui ne sert à rien. Malheureusement, il répond à tous les critères des prologues que je qualifie ainsi: il donne des informations qu'il vaudrait mieux apprendre quand elles se produisent dans l'histoire. L'auteur se charge donc tout seul de gâcher certains moments de lecture. On retrouve une grande partie de ce prologue presque à la fin du dernier chapitre. Il aurait mieux valu qu'il n'existe pas, car à mon avis, à part donner certaines révélations trop tôt, il n'apporte rien. Je devrais rebaptiser ces prologues qui ne servent à rien en prologues qui gâchent la lecture. Une amie m'a dit que lorsqu'elle constate que le prologue d'un livre est de ce genre (par exemple parce qu'il ne se passe pas tant de temps avant le chapitre 1), elle ne le lit pas. J'envisage de faire comme elle. J'ai fait ainsi sans le vouloir concernant «La fille du train», et quand j'ai découvert le prologue, j'ai été ravie de ne l'avoir pas lu au début!

À la fin de cette troisième partie, on attend une suite. On peut prévoir certaines choses, mais j'ai quand même l'impression d'un récit inachevé. De plus, j'aurais aimé retrouver cette intrigue et ces personnages qui m'intéressent, même si la seconde partie du roman m'a moins plu.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

Il m'a plu de retrouver Ingrid Donnadieu. Elle n'a pas démérité: son jeu reste vivant sans affectation, tant concernant la prononciation des mots anglophones que la modulation de sa voix pour certains rôles et certaines émotions. Par exemple, à un moment, Alice pleure: la comédienne joue cela très bien. J'ai choisi de souligner cela parce que c'est quelque chose d'assez difficile à bien jouer, et que certains s'en tirent mal.

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lundi, 9 juillet 2018

La symphonie du hasard, livre 2, de Douglas Kennedy.

La symphonie du hasard, livre 2

L'ouvrage:
Alice arrive à Dublin pour passer un semestre à l'université de Trinity. C'est cette période qu'elle nous raconte.

Critique:
Si j'ai beaucoup aimé le début de l'histoire, cette deuxième partie m'a moins plu. Les événements s'enchaînent toujours de manière fluide, mais (allez comprendre pourquoi) j'ai eu l'impression que certaines choses ne tenaient pas vraiment. Est-ce l'auteur qui s'essouffle ou moi qui deviens plus exigeante?... Par exemple, je suis restée étrangement insensible lors du poignant récit de Peter (le frère de l'héroïne). J'apprécie ce personnage, et j'ai eu de la compassion pour lui, mais ce qu'il a vécu au Chili ne m'a pas prise aux tripes.
J'ai trouvé l'événement final de ce livre 2 trop prévisible (je m'y attendais, et j'aurais aimé que l'auteur me fasse mentir) et trop spectaculaire. Pourquoi le romancier a-t-il absolument voulu terminer cette deuxième partie sur quelque chose de marquant? Et pourquoi cette chose devait-elle justement être celle à laquelle je m'attendais?

Par ailleurs, Alice m'a souvent cassé les pieds. Déjà, dans le livre 1, elle me paraissait un peu entière... Ici, je l'ai trouvée prompte à juger, alors que de son côté, elle demandait qu'on la comprenne. Lorsque certains lui font remarquer (parfois vertement) qu'elle aurait dû parler plus tôt concernant ce que j'appellerai l'affaire Megan, elle s'offusque, se vexe... Bien sûr, elle n'est pas absolument fautive, mais ceux qui lui disent qu'elle n'a rien à se reprocher ont tort.

En outre, son histoire d'amour est peu vraisemblable. Elle arrive comme un cheveu sur la soupe avec quelqu'un qu'elle connaît à peine. On dirait que l'auteur s'est dit: «Mince, il faudrait que je lui invente une histoire passionnée. Bon, je ne vais pas ajouter un garçon qu'elle prendrait le temps de connaître. Je vais faire quelque chose de plus intense pour intéresser le lecteur.» Ça a eu l'effet inverse sur moi...

D'une manière générale, lorsque notre héroïne se fait des amis, ils l'adorent tout de suite. J'ai trouvé ça peu crédible. L'exemple le plus parlant est sûrement Desmond. Dès la première minute, il semble considérer Alice comme sa fille.

D'autre part, certains clichés sont mal passés. Par exemple, quand on vit à Paris, si on dîne à 19h, on est un ringard. Il faut dîner très tard. Je ne sais pas où Douglas Kennedy a pris cette idée... Et puis, si on l'écoute, les Irlandais ne font que boire du thé ou de l'alcool, avec une nette préférence pour ce dernier. Certes, Alice est jeune, aime bien faire la fête... mais il y a quand même beaucoup de bière et de whisky sur sa route.

Je lirai la troisième partie, parce que j'ai quand même passé un bon moment, et que je veux savoir la suite.

Remarque annexe:
Je trouve dommage que la traductrice ait écrit «jetlag» pour «décalage horaire». Je sais que depuis quelques années, on utilise plutôt le mot anglophone, mais ce n'est pas une raison, alors qu'il existe une expression en français. J'ai aussi été déçue de trouver «toquer» (qui est familier) pour «frapper». Là encore, le mot se répand, mais ce n'est pas une raison. J'étais étonnée que Bernard Cohen, qui (me semble-t-il) use d'un vocabulaire précis et recherché, se mette à utiliser ce genre d'expressions, et j'ai découvert que «La symphonie du hasard» n'avait pas été traduit par lui, mais par Chloé Royer, dont je ne me souviens pas avoir rencontré d'autres traductions.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

J'ai été ravie de retrouver cette comédienne. Comme d'habitude, j'ai apprécié son jeu. Elle parvient à moduler sa voix pour les rôles masculins sans que ce soit exagéré. Elle adopte toujours le ton approprié, qu'il s'agisse de la «raisonnable» Alice, de l'emportée Megan, etc. Elle parvient à faire vivre tous les personnages, et à montrer leurs particularités. Lorsque j'entends la voix qu'elle prend pour la mère d'Alice, par exemple, je visualise bien le personnage.
J'ai quand même regretté qu'Ingrid Donnadieu prononce Rousse pour Ruth. Comme je le dis dans ma chronique de «Le gang des rêves» (où Isabelle Miller a justement bien prononcé ce prénom), je ne sais pas trop pourquoi les comédiens qui enregistrent des livres ne veulent pas dire Ruth comme ça se prononce en français, et font des mélanges d'anglais francisé et d'allemand...

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mercredi, 14 février 2018

La symphonie du hasard, livre 1, de Douglas Kennedy.

La symphonie du hasard, livre 1,

L'ouvrage:
Alice Burns est éditrice à New York.
Ce jour-là, elle va rendre visite à son frère (Adam), qui est en prison. Il lui avoue quelque chose concernant le passé familial. Cela plonge la jeune femme dans ses souvenirs.

Critique:
Avant de lire ce roman, je suis tombée sur la chronique d'une personne furieuse qui s'attendait à aimer le dernier Douglas Kennedy, et qui a trouvé qu'il ne s'y passait rien. Malgré cet avis défavorable, j'ai écouté mon instinct (celui-là même qui m'avait dit de ne pas lire «Cinq jours» dont le résumé évoque un livre de Danielle Steel). Bien m'en a pris, car j'ai beaucoup aimé cette première partie.

La narratrice évolue dans un milieu familial très tendu. Sa mère (Brenda) regrette ses choix, ne supporte pas qu'on lui cache quelque chose (ce qui fait qu'elle a développé un radar à secrets), fait des scènes où elle se donne souvent en spectacle, est très (voire trop) directe. Alice et Brenda ont des rapports conflictuels, parce que la mère a rapidement appris à sa fille qu'elle ne la désirait pas. Cependant, elle la soutient lorsqu'elle est harcelée au lycée, l'emmène se faire prescrire la pilule, etc. Alice se sent davantage comprise par son père (Brendan). Il m'a plutôt semblé que malgré tout, c'était Brenda qui aimait ses enfants. Elle est très casse-pieds, mais sa vie n'est pas facile, et malgré sa mauvaise foi concernant certains points, c'est elle qui est présente lors des coups durs. Brendan me semble égoïste. La petite scène où il raconte comment il est devenu coursier pendant la guerre ne m'a pas du tout attendrie à son égard. Je comprends qu'il ait souhaité sauver sa peau, mais je n'ai absolument pas cru au fait qu'il en soit tourmenté. Il voulait juste faire son petit effet, ce qui semble lui être habituel. Si Brenda se donne souvent en spectacle, Brendan semble se mettre en scène en permanence. Je n'ai pas non plus aimé sa réaction lorsqu'il découvre qu'Alice fume. Une interdiction pure et simple n'aurait sûrement pas non plus été la chose à faire, mais ce qu'il fait semble, là encore, une façon grandiloquente de montrer que seul lui sait comment agir. Sur ce point, je suis donc en désaccord avec l'héroïne qui pense que son père l'aime davantage que sa mère. Au fond, elle sait que tout est bien plus compliqué, mais elle ne veut pas trop creuser dans cette direction. Peut-être le fera-t-elle dans les parties suivantes.

Plus tard, on suit Alice à l'université. L'auteur décrit très bien la vie estudiantine. Notre héroïne retrouve certaines choses qu'elle a connues au lycée: la course au pouvoir, la suprématie de ceux qui ont des moyens financiers, les catégories dont il faut absolument faire partie, les petites trahisons qu'on est obligé de commettre vis-à-vis de soi-même, l'intolérance quant à ce qui est différent... Nous sommes au début des années 70, et le racisme et l'homophobie ne s'expriment pas comme maintenant. Avant, c'était plus franc. Je ne veux pas dire que c'était mieux, mais je trouve que maintenant, c'est plus sournois. Il est bien sûr effarant que ce fléau qu'est l'intolérance n'ait pas disparu aujourd'hui.

À cause de sa famille pleine de secrets, où les parents communiquent à coups de disputes, Alice a des réactions excessives. Par exemple, j'ai trouvé incroyable que sa bouderie envers Peter se prolonge au-delà d'une journée! La narratrice est consciente de son intransigeance, mais ne parvient pas à nuancer les choses. J'ai été tout aussi choquée de ce qu'elle fait concernant Bob, avant même de savoir certaines choses. Je croyais être trop intransigeante avec les autres, mais cette chère Alice me bat à plate couture! Cela lui fait prendre des décisions démesurées. Concernant Bob, je n'ai pas compris pourquoi elle n'a pas accordé davantage d'importance au «détail» que lui apprend sa mère...

Vous aurez compris que contrairement à la personne dont j'ai lu la chronique, je ne me suis pas ennuyée. J'ai aimé suivre l'héroïne dans sa découverte de la vie. Pour moi, les événements se sont enchaînés de manière fluide.

Cette trilogie aurait dû sortir en un tome. Je dis cela parce qu'en général, les longs romans de Douglas Kennedy sont découpés en parties. Je suppose qu'ici, un tome correspond à une partie. Je suis extrêmement déçue qu'on se mette à découper les romans de Douglas Kennedy pour une histoire de gros sous. Je ne sais pas d'où vient cette idée, mais il est irrespectueux de vouloir se faire encore plus d'argent sur le dos des fans qui, en plus, doivent attendre la suite. Pour ma part, j'ai la chance d'avoir eu ce livre en service presse, mais je pense que pour le principe, je n'aurais pas acheté les trois tomes. Bien sûr, l'éditeur audio n'est pas en cause, il ne fait que suivre le découpage de l'éditeur papier.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

J'ai été ravie qu'Ingrid Donnadieu enregistre ce roman. Elle est très bien entrée dans la peau des personnages. Lorsqu'elle modifie sa voix pour certains rôles, c'est à bon escient et sans affectation. Lorsqu'elle prononce des mots à l'anglophone, c'est, la plupart du temps, sans exagération. Dans les dialogues, son intonation est toujours naturelle. Son jeu vivant et nuancé m'a beaucoup plu.

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mercredi, 8 juillet 2015

Mirage, de Douglas Kennedy.

Mirage

L'ouvrage:
Le mariage de Robyn et Paul bat de l'aile, principalement parce que Paul ne sait pas restreindre ses dépenses lorsqu'il s'agit de sa peinture ou de bons vins. Cependant, il a décidé de s'acheter une conduite, d'autant que Robyn et lui tentent d'avoir un enfant. Pour affirmer ses bonnes résolutions, Paul propose à sa femme un voyage à Casablanca. Les premiers jours sont idylliques, jusqu'à ce que Robyn découvre une donnée qui remet son mariage en question.

Critique:
Après avoir refusé de lire «Cinq jours» dont le résumé me faisait penser à du Danielle Steel, je me suis laissée tenter par «Mirage» dont le résumé me semblait plus prometteur. S'il n'a pas détrôné les quatre ou cinq romans de cet auteur qui ont ma préférence, j'ai passé un très bon moment.

Comme à son habitude, Douglas Kennedy s'attache à explorer la psychologie de ses personnages. Pourquoi Paul a-t-il agi ainsi? Au départ, j'ai eu du mal à le comprendre. Ensuite, sans l'excuser, j'ai mieux compris ses actes. En effet, l'auteur commence par planter un décor, présenter ses personnages. Le tout début m'a d'ailleurs fait tiquer, car Robyn explique qu'elle et Paul ont eu le coup de foudre. N'aimant pas ce genre de choses, j'ai été agacée. Là encore, c'est à mesure de ma lecture que je me suis aperçue que cela expliquait, en partie, le fait que Paul gardait certaines zones d'ombre. Un coup de foudre explique qu'on n'ait pas trop cherché à en savoir plus sur l'autre. D'ailleurs, Paul et Robyn ne semblent pas vraiment complices dans la vie quotidienne.

Une fois les bases posées, le romancier précipite son héroïne dans un tourbillon. Entre aventure et énigmes, la jeune femme côtoiera des personnes à la gentillesse inattendue et d'autres qui lui seront funestes. Elle aura également tout le temps de réfléchir à sa situation, à son mariage, aux éléments nouveaux qu'elle apprend quant à son époux. Pendant ce voyage presque initiatique, je ne me suis pas du tout ennuyée.
J'adresserai quand même un petit reproche à Douglas Kennedy. À un moment, il utilise une très grosse ficelle qui, pour moi, est indigne de lui. Je pense à Samira. J'ai tout de suite su ce qu'il daigne révéler quelques chapitres plus tard, créant ainsi une «surprise» pour le lecteur. Je l'ai excusé parce qu'il n'a pas fait durer le quiproquo, mais je m'en serais bien passée. Bien sûr, les choses sont racontées du point de vue de Robyn, donc il est logique qu'elle se jette sur la première explication venue. Ce qui est dommage, c'est que pour le lecteur, cela sente la fausse piste à plein nez... Sauf si c'est voulu par l'écrivain qui crée ainsi une sorte de complicité avec son lecteur...

Robyn est à l'image de certaines héroïnes de Douglas Kennedy. Déterminée, reconnaissante envers ceux qui l'aident, sachant triompher des épreuves... On s'y attachera forcément. Bien sûr, elle n'est pas parfaite. Elle aura d'ailleurs du mal à accepter sa part d'ombre.

La toute fin, ajoutée à un élément qui arrive à Ouarzazate, m'ont déplu. Cela m'a rappelé la fin d'un autre roman (que je ne citerai pas au cas où vous l'auriez lu). Cependant, Douglas Kennedy fait cela de manière plus fine que l'auteur de l'autre roman. Le lecteur peut l'interpréter comme il le souhaite...

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisette Vogel pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je découvre cette lectrice bénévole avec ce roman. J'ai apprécié sa lecture fluide et sa voix agréable. D'autre part, elle met le ton sans trop en faire et sans tomber dans la monotonie. En outre, elle ne tente jamais de prononcer les noms propres étrangers avec un accent, ce qui, pour moi, est affecté. J'avoue que j'avais peur qu'elle tente de prononcer Robyn avec l'accent anglophone. Elle dit «Robine» sans fioritures. Je l'entendrai sur d'autres ouvrages avec grand plaisir.

Au début de sa lecture, Lisette Vogel explique que lorsque la compréhension du texte en est améliorée, elle précisera si le passage est entre guillemets ou entre parenthèses. Elle le fait très discrètement. Cependant, j'aurais préféré qu'elle ne le précise pas. Très souvent, l'intonation du lecteur (lorsqu'elle est juste, ce qui est le cas de celle de Lisette Vogel) suffit pour comprendre qu'ici, il y a des parenthèses ou des guillemets.

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mardi, 15 novembre 2011

Cet instant-là, de Douglas Kennedy.

Cet instant-là

Note: Au cours de ma chronique, je dévoile certaines choses. Néanmoins, comme ce que je dis est vite révélé par l'auteur, je ne pense pas trahir le futur lecteur de ce roman.

L'ouvrage:Thomas Nesbitt a la cinquantaine. Il a passé sa vie à voyager, à écrire sur les pays qu'il a visités et leurs habitants. Son mariage s'est lentement désagrégé: il vient de recevoir les papiers du divorce. Alors qu'il se remet du choc, il reçoit un paquet d'Allemagne. Il renferme le journal de Petra Dussmann, qu'il a connue, il y a vingt-cinq ans, à Berlin. Thomas va se replonger dans son passé.

Critique:
La première chose qui m'a frappée, c'est que ce livre présente beaucoup de similitudes avec «La poursuite du bonheur». Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. En effet, les événements et les ficelles ne sont pas les mêmes. C'est plutôt l'ambiance... Et bien sûr, on retrouve un certain cheminement. Par exemple, la structure est la même. Il y a aussi un pan de l'histoire pas forcément exploité dans d'autres romans. En tout cas, en ce qui concerne «Cet instant-là», je ne savais pas vraiment comment les choses se déroulaient, à Berlin, pendant la guerre froide. Le roman m'en a appris plus sur ce plan-là. En outre, à l'heure où les écrivains se montrent trop prolifiques concernant la deuxième guerre mondiale, il est bon de lire un roman qui aborde un autre thème. C'est proche, mais c'est autre chose.
Tout comme dans «La poursuite du bonheur», l'auteur aborde des thèmes qui, d'ordinaire, me rebutent: espionnage, agents doubles, services secrets, etc. Tout comme dans le roman sus-cité, j'ai été happée par l'intrigue et même par la façon dont ces thèmes sont abordés: de manière juste, intelligente, implacable, réaliste.

Comme dans «La poursuite du bonheur», les vies des protagonistes se retrouvent dirigées par l'histoire. Si certaines choses sont arrivées, c'est à cause du contexte historique. Bien sûr, c'est aussi parce que Thomas et Petra tout comme Jack et Sarah), n'ont pas toujours fait ce qu'il aurait fallu, mais ils n'ont été que des pantins entre les mains des puissants, comme on le leur dit, et comme ils le remarquent eux-mêmes.

Le romancier amène un peu plus finement le coup de foudre que d'autres auteurs. J'ai même fini par l'accepter (comme celui de Jack et Sarah). Cependant, je trouve cette ficelle trop facile, surtout pour un auteur comme Douglas Kennedy. Comme c'est lui, il parvient à ne pas rendre cela trop invraisemblable, mais c'est quand même dérangeant.

Pour poursuivre ma comparaison, si j'en voulais à Sarah de son intransigeance, de sa quasi-froideur, ici, les choses sont plus nuancées. Je sais que je n'aurais pas réagi comme le personnage qui, blessé, a tout saccagé, mais on peut comprendre qu'il ait été aveuglé par la douleur. De plus, la faute est partagée, même si une grande partie revient plutôt à l'un qu'à l'autre. Quand on n'est pas sûr de soi, qu'on a été meurtri par la vie, que quelqu'un s'applique à démolir nos certitudes avec une belle assurance, il est logique qu'on fasse des bêtises.
Je serais plus encline à blâmer les deux protagonistes pour ce qui s'est passé après... ou pour ce gui ne s'est pas passé. Ils s'en blâment tous les deux, et pourtant, ne font rien pour améliorer les choses... Trop de blessures, trop de souffrance... Justement, ils auraient peut-être pu faire quelque chose.

Il est un peu dommage que le roman soit structuré ainsi, car dès le départ, on sait que quelque chose a empêché Thomas de vivre avec celle qu'il aimait. Une autre structure aurait créé un peu de suspense. D'ailleurs, j'en ai un peu assez des romans où on vous annonce dès le début que ça s'est mal terminé. Et puis, pourquoi est-ce obligé de mal se terminer? En changeant de structure, l'auteur aurait quand même pu écrire un très beau livre, et lui faire une fin plus heureuse. On m'objectera qu'il n'y aurait pas d'histoire si ça se passait toujours bien. C'était peut-être le cas dans «La poursuite du bonheur», ou du moins, il aurait été difficile de modifier l'histoire, mais ici, c'était possible. Le livre aurait gardé sa force et sa beauté. Une histoire un peu moins désespérée ne l'aurait pas desservi.

J'aime beaucoup Alastair Fitsimon-Ross. Personnage blessé par la vie, cachant un grand coeur sous des dehors acariâtres, ayant souvent le mot pour rire (même si cela se teinte d'amertume)... Il semble à bout de ressources, blasé, et pourtant, il se montre extrêmement fort moralement, à l'instar de Petra. C'est un sage.

Plusieurs fois, pendant son expérience berlinoise, Thomas commente ce qu'il voit de manière presque détachée, voyant tout à travers le prisme de l'écrivain qui veut rendre compte de ce qu'il a vu. Cela fait parfois un peu froid, mais je suis sûre que les écrivains et les journalistes pensent ainsi.
Dans le même ordre d'idée, il est beaucoup fait allusion au premier livre de Thomas. Ce livre relate son expérience égyptienne. Je me demande si ce livre ne serait pas, en fait, «Au-delà des pyramides», que Douglas Kennedy a écrit, et que je n'ai pas lu... Comme c'est un récit de voyage, j'ai peur de le trouver moins à mon goût. Si je le lis un jour, il faudra que je reprenne «Cet instant-là» pour voir si les remarques faites pourraient s'appliquer à ce récit de voyage.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Résimont et Marcha Van Boven. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Comme d'habitude, Philippe Résimont a su interpréter ce roman, alliant sensibilité, sobriété, subtilité... Il a su modifier sa voix pour certains personnages de façon intelligente. D'ailleurs, la voix qu'il prend pour Alastair apporte un plus au personnage. Je l'imaginais tout à fait avec ce genre de voix, l'interprétation du comédien n'a fait que renforcer cela, en donnant davantage corps au personnage.
Je n'ai fait que peu d'allemand, mais je ne suis pas sûre que son accent soit toujours juste. Néanmoins, ce n'est pas désagréable.

Marcha Van Boven a une voix agréable, et sa lecture est fluide. Son jeu m'a plu. Elle aussi a su interpréter sans surjouer. J'espère qu'elle enregistrera d'autres romans.

Il y a de la musique au début de chaque chapitre. C'est raisonnable, mais je l'ai trouvée bien trop longue à chaque fois.

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