La dernière licorne

L'ouvrage:
Anna avait six ans, et Paula quatre, lorsqu'elles firent une mauvaise chute. Depuis, Anna est aphasique.
Les deux jeunes filles ont dix-sept et quinze ans lorsque leur grand-père meurt. C'est Anna qui l'a aidé à partir, ainsi qu'il le lui a demandé. Elle a seulement voulu respecter la volonté d'un homme qui souffrait et qu'elle aimait. Les parents savent que cela ne sera pas perçu ainsi si cela se sait. Ils vont donc tenter de le cacher.

Critique:
Le premier point fort de ce roman, c'est qu'on ne peut pas du tout prévoir comment vont se dérouler les choses. Eva Kavian bouscule les idées reçues en présentant des situations que le lecteur imaginera toutes tracées, et change le cours des choses. Ses changements ne sont pas incongrus. J'ai aimé qu'elle force le lecteur à bousculer ses préjugés. Par exemple, Paula comprend beaucoup de choses sur elle-même et les siens alors qu'elle pensait devoir tuer le temps tout en s'adaptant à une situation délicate.

Ensuite, ce livre montre les formes que peut prendre l'amour familial. Par amour, on peut mal agir, tout en souhaitant faire le mieux possible. Mais on peut aussi penser que quelqu'un se fourvoie, alors qu'il a raison depuis le début. Eva Kavian analyse très bien la complexité des relations des membres de cette famille où chacun tente de se mettre à la place des autres, où chacun aime sincèrement les autres. J'ai d'abord compris le point de vue de Paula parce que c'est la narratrice, et que le lecteur est dans ses pensées. La jeune fille se sent éclipsée par toute l'attention que réclame sa soeur au quotidien. À tel point qu'on n'apprend son prénom que très tard dans le roman. (Je l'ai donné parce que c'est plus commode pour moi.) Elle n'a pas tort, mais le comportement de ses parents n'est pas celui de Sarah dans «Ma vie pour la tienne», d'abord parce que Paula a sa part de responsabilité dans son «effacement». Pour le reste, vous découvrirez cela en lisant le roman.
J'ai également apprécié que la famille des deux soeurs ne se soit pas brisée, comme c'est trop souvent le cas.

Je ne débattrai pas de l'euthanasie ici, c'est bien trop complexe. Mais Eva Kavian a eu une manière très simple et franche de présenter le cas du grand-père de nos deux héroïnes.

Anna est sûrement le personnage le plus surprenant du roman. Elle garde forcément une part de mystère. Elle parvient à communiquer, mais parle et écrit très peu. Elle ne passe pas son temps à s'apitoyer sur son sort. Elle prend ce que la vie lui offre. Elle ne complique jamais ce qui doit rester simple. Elle pense avec son coeur.
On pourra trouver son «coup de foudre» un peu étrange, mais je pense que l'auteur en a rajouté volontairement pour montrer qu'une personne handicapée ne doit pas être différenciée des autres, qu'on ne doit pas lui créer des barrières.

N'oublions pas les notes humoristiques dont l'auteur parsème son roman, ma préférée étant Victoria. Pour donner d'autres exemples, Paula appelle ses parents la Stéréo parce qu'ils sont très proches et souvent d'accord. Certaines scènes (comme le dimanche matin au bol de chips ou l'entraînement de gymnastique) sont cocasses. Paula a une façon parfois amusante de dire les choses.

Éditeur: Mijade.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour la Ligue Braille.
Ce roman a été enregistré par une classe d'un lycée, en Belgique afin que des personnes ne pouvant lire «en noir», y aient accès. Je salue cette initiative qui sensibilise les élèves au handicap, et qui les pousse à poser leur voix, à chercher la bonne intonation, etc. Bien sûr, toute la classe n'a pas toujours lu de manière parfaite, mais on sent que les élèves y ont mis leur coeur, ont travaillé leur passage, ont tenté de soigner leur diction... Merci à eux.
Je trouve dommage que les prénoms des lecteurs n'aient pas été donnés en fin d'ouvrage. Par exemple: «Ce livre a été enregistré par:», et chaque lecteur aurait dit son prénom.

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