Les promis L'ouvrage:
Monsieur Yamamoto et monsieur Fugimori sont très amis. Ils ont même fait un pacte, lorsqu'ils étaient jeunes. Ils ont juré que leurs enfants, plus tard, se marieront. Monsieur Yamamoto a eu un garçon, Takahito. Dès qu'il a été en âge de comprendre, on lui a expliqué que la fille de monsieur Fugimori était sa promise. Plus tard, lorsque Yuki est née, les deux familles ont mis les deux enfants en contact le plus souvent possible.

Le petit Takahito tomba très vite amoureux de la jeune Yuki. La moindre séparation lui fendait le coeur.
La jeune Yuki considéra Takahito comme son frère, et son serviteur. Elle finit par s'atacher à lui...

Mais Yuki vivra des événements grave, qui la feront grandir et mûrir très vite. Sa nourrice, Hana, possède un collier interdit. Un jour, à cinq ans, Yuki découvre ce collier. Hana lui fait promettre de ne jamais en parler à ses parents. Yuki se tait, même lorsque sa mère, ayant découvert le collier, lui demande si elle était au courant.

Critique:
Ce livre est très beau. Il y est question de tolérance. En effet, au collier d'Hana, pend une croix, symbole du christianisme. Les parents de Yuki étant boudhistes, ils ne peuvent tolérer la présence d'Hana dans leur maison. Deux religions ne peuvent cohabiter dans la même maison. En outre, un désastre se produit, alors que madame Fugimori vient de découvrir la croix. Elle est donc sûre que tout est lié. Cet exemple montre la stupidité des superstitions et de l'intolérance.

Yuki est un personnage très riche. Elle réfléchit, elle cherche à comprendre les choses. Elle ne comprend pas que ses parents aient chassé Hana à cause de sa religion. Elle est la seule de sa classe à accepter Ise, une jeune fille pauvre, et à la prendre pour ce qu'elle est, et non pas pour ce qu'elle représente socialement. Plus tard, lorsque'Ise sera obligée d'être geisha pour gagner sa vie, lorsqu'il sera honteux d'être vu avec elle, surtout pour une jeune fille de bonne famille, Yuki se proclamera son amie. Yuki ne supporte d'ailleurs pas que certains réprouvent les geisha le jour, et aillent passer des nuits dans leurs bras. Elle veut absolument faire ce que lui a conseillé un être cher avant de mourir: vivre sa vie.
Ce n'est pas le genre de caractère à se laisser enfermer dans le carcan des traditions, des croyances. Au lieu de croire bêtement et aveuglément ce qui semble établi, elle se pose des questions, secoue la gangue encrassé du "c'est comme ça". Elle me rappelle un peu Selma Raouf Bey, même si Yuki n'a jamais existé.

Takahito, lui, représente justement ce que Yuki rejette. Il fait certaines choses parce que son honneur est en jeu. Il agit aussi, parce qu'il croit qu'une attitude rétrograde et répressive est ce qui convient le mieux à son pays. Il aime Yuki comme un fou, mais il aime surtout l'image qu'il en a. On lui a seriné, depuis sa plus tendre enfance, qu'elle était sa promise, donc, il l'aime. Il aime ce qu'il voudrait qu'elle soit, jusqu'au bout.

Certaines situations sont très fortes en émotion (le départ d'Hana, le tremblement de terre...), certaines rappellent le drame (la situation entre Yuki, Ise et Takahito, et la fin).

A propos de la fin, je ne l'ai pas aimée. D'abord, c'est parce qu'elle est triste. Bien sûr, tous les livres ne peuvent pas avoir une fin heureuse, et parfois, je préfère une fin triste, qui cadre mieux avec l'esprit du livre, et qui est plus vraisemblable. Justement, dans ce cas, la fin est pessimiste, et ne cadre pas du tout avec le personnage de Yuki. La Yuki que nous connaissons depuis le début du roman ne resterait pas plantée bêtement, à attendre que la chose se passe, et en essayant de la contrer avec de simples paroles. La Yuki battante, qui osa défier ses parents, parce qu'elle voulait être heureuse, ne resterait pas clouée au sol, comme le dit la romancière, pour expliquer son absence de réaction.
Par ailleurs, cette fin montre qu'on ne peut pas sortir d'un chemin tracé. Yuki a voulu faire de sa vie autre chose que ce qui avait été prévu, et cela lui est refusé. Cela voudrait dire qu'on ne peut pas sortir de sa condition, qu'on ne peut pas changer les choses. Au-delà de la tristesse que m'a fait ressentir la fin pour Yuki, c'est ce pessimisme que je désapprouve.
Par contre, la fin colle parfaitement au personnage de Takahito. Ce qu'il fait est totalement dans sa nature conservatrice.

Donc, je conseille ce livre, qui pour moi, est un bon roman, mais j'ai été tellement déçue par la fin que je mets un petit bémol à mon enthousiasme.

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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