3096 jours

L'ouvrage:
Le 2 mars 1998, Natascha Kampusch, dix ans, est enlevée sur le chemin de l'école. Elle restera huit ans et demi aux mains de son ravisseur. Dans ce livre, elle raconte l'enfer qu'elle a vécu.

Critique:
Je crois que le plus terrible, c'est la pensée constante que si le lecteur se sent très mal à la lecture de ce qu'a subi Natascha, cela a été bien pire pour la jeune femme. Je n'ai pu que louer la force de caractère dont elle fit preuve dès son enlèvement. Comment a-t-elle pu être assez forte et mature pour ne pas se laisser briser? À dix ans, elle était capable de tenir tête à son ravisseur avec des arguments pertinents, et une obstination louable. Je n'aurais sûrement pas pu en faire autant à sa place. Elle explique et analyse son comportement d'alors avec bon sens. Elle s'est adaptée à sa situation, et a trouvé l'énergie de grappiller les moindres miettes de bien-être qui pourraient lui maintenir la tête hors du gouffre.
Souvent, quand on est dépaysé, on se raccroche à quelque chose qui rappelle notre maison. Natascha agit ainsi, recréant le plus possible, un univers connu, et pas seulement visuel.
Au long de ses années de captivité, elle évolue, et son statut (si j'ose dire) également. Elle raconte tout cela sans larmoiements, sans auto-apitoiement.

Natascha évoque le syndrome de Stockholm Personnellement, j'ai toujours été très sceptique quant à ce syndrome. L'explication que donne Natascha à propos de son histoire est bien plus plausible. À force de côtoyer son ravisseur, et uniquement lui pendant des années, elle a fini par développer une espèce de «dépendance» aux semblants de bons moments qu'elle a pu avoir grâce à lui. Cela ne m'étonne pas. Cela faisait partie de ce qu'elle faisait pour ne pas sombrer. Profiter de la moindre éclaircie, cela voulait également dire être reconnaissante à son ravisseur pour certaines choses obtenues, même si, au départ, toute la douleur est arrivée par lui.
En outre, elle a eu tout le temps d'analyser cet homme. Elle explique qu'elle a pu voir et comprendre ses faiblesses. Là encore, je ne suis pas surprise. Si quelqu'un est assez perturbé pour faire ce que cet homme lui a fait, il faut bien que quelque chose l'ait perturbé. Cet homme a souffert, et n'a pas su s'adapter.

Ce qui m'a surprise, en revanche, c'est que Natascha raconte que certains l'ont clouée au pilori à cause de cela. Il est pourtant logique que rien ne soit tout blanc ou tout noir, même si tout le monde est d'accord pour dire (comme le répète Natascha à plusieurs reprises), que cet homme est la cause du malheur qui s'est abattu sur elle.

La narratrice parle également des ratés de la police qui, si elle avait été plus consciencieuse, aurait pu la délivrer au bout de six semaines, voire moins. Cette même police qui, par la suite, s'acharnera sur elle pour cacher son incompétence d'alors.

Quand Natascha s'est libérée, elle a reçu des lettres de personnes compatissantes. Ce qui m'a choquée, c'est ce que disaient certaines de ces lettres. Outre les bizarres qui voulaient l'épouser ou faire d'elle leur maîtresse, il y avait ceux qui, sous couvert de l'aider, lui disaient qu'elle peut venir faire le ménage chez eux si elle cherche du travail. Je trouve tout cela atrocement ironique... C'est sûrement de la maladresse, mais ce n'est ni fin ni vraiment sympathique.
Je trouve quand même assez déplacées toutes les réactions des gens qui ne connaissent pas ce qu'a vécu la narratrice, qui ne peuvent que l'imaginer de très loin, et se permettent de la juger. Je sais bien qu'il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. J'imagine que tout le monde n'a pas réagi de manière inappropriée. Je me doute que la jeune femme a également reçu des lettres normales de gens réellement compatissants, qui ne lui souhaitaient que de se remettre le plus sereinement possible de tout cela. Je pense également que tout le monde n'a pas simplifié à l'extrême les sentiments de la narratrice en l'accusant de syndrome de Stockholm. Idem quant à la police, ils n'ont pas dû tous réagir en tentant de cacher leur incompétence passée...

Je ne peux que souhaiter que la force de caractère et la pugnacité de Natascha Kampusch feront qu'elle aura la vie la plus sereine et heureuse possible, compte tenu de son passé. Elle semble être positive, et vouloir aller de l'avant. Bonne chance à elle.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Francine Chappuis pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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