Celle de l'autre rive

L'ouvrage:
Sayoko est mariée et a une fille, Akari. Elle remarque que souvent, au sein d'un groupe de personnes, des clans se forment. Il lui semble que les gens n'acceptent pas la différence quelle qu'elle soit. D'autre part, sa vie l'oppresse. Elle décide de découvrir d'autres horizons en travaillant.
Après plusieurs refus dus au fait qu'elle a un enfant en bas âge, elle rencontre Aoï qui lui donne sa chance sans hésiter. Les deux femmes se rendent vite compte qu'elles ont beaucoup d'affinités.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. D'abord, la structure m'a dérangée. D'un chapitre à l'autre, l'auteur alterne le présent et l''adolescence d'Aoï. Au départ, je ne voyais pas trop où elle voulait en venir. Pour moi, l'héroïne était Sayoko, alors pourquoi nous montrer Aoï dans son adolescence?
Ensuite, le parallèle se fait, car Aoï adulte est pour Sayoko ce qu'a été Nanako pour Aoï adolescente. Cette structure trop semblable m'a un peu agacée. J'ai trouvé que c'était trop facile.
Quant à la structure en elle-même, elle a sa raison d'être, mais je l'ai trouvée artificielle.

D'autre part, à part Sayokko, aucun personnage n'a vraiment su me toucher. Aoï m'a semblé froide, opportuniste, hautaine. Elle s'acoquine avec Nanako qui, dès le départ, semble néfaste. Elle n'est pas vraiment sympathique avec ses parents, alors qu'ils essaient de la comprendre. Et puis, cette admiration béate qu'elle éprouve pour Nanako est pénible. Je peux dire sans exagérer qu'elle se jetterait du haut d'une falaise si Nanako le lui avait demandé. ;-) Pourtant, Nanako n'était pas digne d'une telle idolâtrie, ce qui rend Aoï d'autant plus terne. De plus, la fin de cette histoire m'a laissée perplexe. J'ai compris ce que ressentait Aoï, mais l'attitude de Nanako m'a déroutée. Je la savais étrange, mais là, ce qu'elle fait renforce mon impression que quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête.
On me dira que la façon d'agir d'Aoï est la phase classique de l'adolescence. Soit, mais je n'ai pas plus apprécié Aoï adulte. Elle est sympathique avec Sayoko pour mieux exercer une espèce de pression, de toute puissance sur elle. Sayoko reste son toutou. C'est justement quand elle essaie de s'écarter de ce rôle qu'Aoï ne veut plus d'elle.
Si fréquenter sa nouvelle amie donne de l'assurance à Sayoko, c'est un leurre, car sans ell, elle se retrouve tout aussi démunie. Ce qui paraît, au premier abord, être une belle amitié, m'a semblé être une histoire de phagocytage. Certains trouveront que la fin est bonne, car elle est un espoir; je pense qu'elle est une régression. J'aurais préféré que Sayoko trouvât autre chose (une opportunité lui tendait d'ailleurs les bras), et s'épanouît autrement.

Sayoko trouve quelque peu grâce à mes yeux. Elle souhaite être autre chose qu'une femme au foyer. Elle veut exister autrement. Elle espère également que cela fera du bien à sa fille qui a du mal à tisser des liens sociaux. Elle découvre certains bien-faits, pense-t-elle, auprès d'Aoï. Effectivement, elle ose davantage de choses, s'épanouit, mais pour moi, cela ne peut pas fonctionner à long terme si Sayoko continue de ramper aux pieds d'Aoï.
C'est avec cette fin que la construction en miroir prend tout son sens. Et ce n'est pas forcément la seconde fin la meilleure.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Édit du 21 septembre 2014:
Je viens de relire ce roman que j'avais oublié. Mon avis est plus nuancé concernant Nanako. Elle est étrange et déroutante, mais pas nécessairement néfaste. L'ennui, à mon avis, est que l'auteur l'entoure trop de mystère. De ce fait, on se fait une opinion d'elle avec les paramètres qu'on a.
Par contre, je n'ai toujours pas apprécié Aoï qui ne sait pas nouer d'amitiés saines. Même lorsqu'elle semblait être toute dévouée à Nanako, son amitié n'était pas absolue puisqu'elle n'avait pas cours partout...

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