Avec vue sous la mer

L'ouvrage:
Wam a grandi dans le 93. Il a besoin d'argent. Il se fait engager comme serveur sur un bateau de croisière. Or, il se retrouve joker: le joker fait toutes les basses besognes.

Critique:
Ce roman est écrit dans une langue qui, habituellement, me fait fuir. Entre argot, verlan, franglais, cela peut même paraître affecté, à force. Cependant, ici, je m'y suis faite. D'abord parce que sous la plume de Slimane Kader, c'est bien passé. Ensuite, parce que les propos tenus et la façon dont l'auteur analyse ce qu'il voit m'ont beaucoup plu.

Slimane Kader raconte ce qu'on préfère taire. Ses compagnons d'infortune et lui vivent dans les profondeurs du bateau, et sont corvéables à merci. Je ne m'étais jamais demandé où était logé le personnel de bord sur un bateau de croisière. Cela n'est pas sans rappeler les esclaves parqués dans les cales des navires...

Notre héros est estomaqué et horrifié de son sort, mais il doit bien se résigner. Au lieu de se lamenter, il observe ceux qui l'entourent, et raconte ses aventures de manière énergique et caustique. En effet, autant accepter son sort en en tirant le meilleur parti, celui d'en rire. Alors, Wam conte ses aventures en ménageant la part belle à l'humour. Que ce soit pour décrire les passagers ou pour analyser ses contemporains, qu'il soit acerbe ou attendri, le rire domine dans sa prose.
Et puis, il lui arrive certaines choses amusantes. L'engouement, pour sa personne, du chien dont il a la garde en est une. Cet animal revêt d'ailleurs une certaine importance dans le récit, il ne sera pas uniquement source de rire.
L'histoire des cookies est également assez amusante, même si tous ses épisodes ne sont pas drôles pour Wam.
Le fait que Wam ne comprenne pas l'anglais est, au départ, un sérieux handicap, qui lui vaudra certains malheurs (à cause d'un malentendu avec une jeune fille), et qui fera rire le lecteur.
Et bien sûr, le personnage ne se départit pas de son humour pour expliquer comment et pourquoi il finit par s'habituer à son travail.

Ce parcours démontre également qu'en travaillant sérieusement, on obtient toujours un peu d'estime. Vous allez me dire que Wam n'avait pas vraiment le choix. Certes, mais il aurait pu tenter de se défiler, ou saboter le travail, ou se lamenter à n'en plus finir et s'effondrer. J'ai apprécié qu'à l'heure où certains adolescents pensent qu'il leur suffit de claquer des doigts pour passer dans une émission de télé réalité et gagner beaucoup d'argent, Slimane Kader écrive que le sérieux de son personnage dans le travail a été payant.

Je n'ai pas trop aimé la toute fin, et pourtant, elle est très réaliste.

Je vous conseille de ne pas lire la préface, ou bien de faire ce que je fais toujours: la lire après avoir lu le roman. Elle n'apporte pas grand-chose. Par contre, la postface est intéressante, qu'elle soit vraie ou non.

Éditeur: Allary.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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