Lésions dangereuses

L'ouvrage:
Lors d'un trajet en voiture avec sa femme et son fils, Frederik se met à rouler beaucoup trop vite sans paraître se rendre compte du danger. Plus tard, on lui diagnostique une tumeur au cerveau. Elle est opérable, mais on explique à Mia, sa femme, qu'elle modifie son comportement.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. Cela vient surtout du fait que si certaines choses ne m'ont pas plu, je pense que c'est en partie de ma faute. Au départ, je m'attendais à un thriller psychologique. Or, s'il y a analyse de sentiments et de réactions, cela ne va pas vraiment dans le sens auquel je m'attendais.

Tout au long du roman, Christian Jungersen développe une théorie que j'ai déjà entendue ailleurs, à savoir qu'au final, très peu de gens ont leur libre arbitre. Si nous agissons d'une certaine manière, c'est parce que nos lobes frontaux sont imparfaits, qu'une partie est développée dans un certain sens, ou bien parce qu'à cause d'un traumatisme crânien, nous sécrétons telle ou telle hormone. Je pense qu'il doit y avoir du vrai, mais pour moi, cela ne doit pas être à ce point. En effet, cela voudrait dire que nous n'avons pas vraiment de personnalité, ce qui est assez effrayant. D'autre part, si on suit le raisonnement de l'auteur, l'homme a, ancré en lui, le gène de l'infidélité. Tous ceux qui trompent leur femme semblent avoir un cerveau sans aucune lésion, sans perturbations. Facile d'expliquer, voire d'excuser l'infidélité par ce biais! Idem quant à certains comportements: les adolescents n'ont pas le cerveau «fini», donc il est logique qu'ils agissent parfois en dépit du bon sens, tout en sachant qu'ils agissent mal, mais ne pouvant s'en empêcher.

Au départ, seule l'héroïne voit le monde à travers ce prisme. On peut l'excuser: son mari souffre d'une maladie qui affecte son comportement, donc elle s'enferme dans un raisonnement pour tenter de comprendre ce qui lui arrive. Cependant, par la suite, beaucoup de personnages semblent croire en cette théorie, et on se demande si l'auteur n'y croit pas dur comme fer. Bien sûr, les personnages qui y croient sont complètement immergés dedans. Les personnages extérieurs, comme Hélène, semblent avoir davantage de recul.
Je me demande jusqu'à quel point l'auteur s'est documenté, jusqu'à quel point il a laissé parler son imagination, etc.

D'autre part, ce roman montre une société qui ne me plaît pas. Pourtant, c'est notre société. Je ne peux pas dire que l'auteur exagère. Par exemple, selon certains personnages (comme Hélène), il est normal qu'un homme trompe sa femme. Ils sont tous comme ça, il faut l'accepter, car mieux vaut être mal accompagné que seul. Cette idée ne me plaît pas, mais je dois reconnaître que beaucoup pensent et agissent ainsi. En outre, ce roman est loin d'être le seul à développer cela.
J'ai également tiqué lorsque Mia explique qu'elle s'éloigne d'Hélène parce qu'elle sont de moins en moins d'accord sur certaines choses. Cet éloignement est compréhensible, mais il me semble que je l'aurais mieux accepté si les deux femmes avaient eu une franche explication. Pourtant, là encore, je dois reconnaître que la plupart des gens agissent ainsi, soit par lâcheté soit sachant que l'autre ne voudra pas d'une franche explication.

L'auteur montre également la réaction des uns et des autres face à la maladie de Frederik, mais surtout à l'une de ses conséquences: les détournements de fonds qu'il a effectués. Il y a les amis qui refusent de comprendre, ceux qui défendent Frederik bec et ongle en disant qu'il n'a pas pu faire cela alors qu'il l'a reconnu et que cela a été prouvé, etc. Ces réactions sont, elles aussi, représentatives de notre société.

D'une manière générale, ma réprobation quant à la manière dont l'auteur montre la société va plutôt à ladite société qui est comme la dépeint l'auteur. Ce n'est donc pas le roman qui n'est pas bon, c'est moi qui n'ai pas aimé ce qu'il représente, car cette société trop réaliste, trop bien cernée, ne me convient pas.

À mesure de ma lecture, j'ai ressenti de moins en moins d'empathie pour l'héroïne. Je sais qu'il m'est impossible d'imaginer ce que vit une personne confrontée aux événements que subit Mia. Cependant, j'ai trouvé sa manière d'agir très égoïste. Par exemple, elle se sent agressée à la moindre remarque. Elle reproche aux parents de Frederik de la rabaisser, de ne pas vouloir comprendre Frederik (notamment dans la scène du «pipi»), alors qu'elle-même craque parfois, et frappe Frederik. Qu'elle craque, c'est humain, mais qu'elle reproche aux autres de ne pouvoir être irréprochables la rend beaucoup moins sympathique.
En outre, je trouve que Mia n'agit pas comme il faudrait envers son fils, Niklas. Bien sûr, il est très difficile de tout mener de front dans sa situation...
Frederik, lui, est malade, mais lorsqu'il est lucide, ses réactions et réflexions semblent plus saines que celles de Mia.

Un regard acéré, mais juste, sur l'homme, les réactions dont il est capable. Un roman qui pointe les défauts des humains.

Livre traduit du danois par Caroline Berg, publié le 13 mai 2014 aux éditions Denoël.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Denoël.

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