Kathy

L'ouvrage:
Kathy a trois ans.
Ce jour-là, sa mère l'emmène dans un endroit où elle la laisse: un orphelinat. Kathy ne vivra que pour retrouver ses parents (Raymond et Suzanne), son frère (Adam), et ses soeurs (Adèle et Sol). Le jour de ses dix-huit ans, elle retourne dans la maison où elle a vécu ses premières années.

Critique:
Au cas où on ne le comprendrait pas tout au long du livre, l'épilogue nous synthétise le message: quoi que tu vives, quoi que tu endures, le plus important, c'est d'être avec ta famille, et surtout, avec ta mère. Je ne sais pas trop ce que l'auteur veut promouvoir avec ce roman, ni s'il compte vraiment prouver à quel point les liens du sang sont sacrés avec un roman décrivant quelque chose de si négatif.

En général, je prône la différence et la tolérance quant à la différence. Je prône aussi le libre arbitre, la liberté des personnages. Mais là, j'avoue que j'ai du mal à comprendre. La mère de Kathy lui a donné la plus grande preuve d'amour qui soit en l'éloignant de cette famille où Ray boit, frappe sa femme, et viole ses filles, et où plus tard, Adam violera ses soeurs. Cette famille enfermée sur elle-même où Sol n'accepte pas que son frère s'intéresse soudain à une autre qu'à elle, et délaisse sa couche. Cette famille où, quand on ne travaille pas assez vite, ou quand on a bougé un sourcil alors que c'était interdit, on est privé de manger. Cette famille où personne, sauf Adèle, n'essaie de s'en sortir. La mère de Kathy aimait assez sa fille pour encourir les foudres de son mari en le défiant, en la faisant sortir de la famille, en tentant de lui faire avoir une vie meilleure. Elle n'avait pas assez de force pour partir avec sa fille, mais au moins, elle a voulu la préserver.
Et Kathy, elle, revient, et s'insère là-dedans à grands coups de sourires et de gentillesses. Et ensuite, quand elle est maltraitée, elle est heureuse d'obéir à Ray, d'alléger les souffrances de sa mère (puisque Ray frappe Kathy au lieu de frapper Suzanne). Elle pousse même le vice jusqu'à, une fois encore, piétiner l'amour de sa mère. En effet, celle-ci risque de graves représailles en faisant passer de la nourriture en douce à Kathy lorsque celle-ci doit jeûner. Kathy la donne aux poules, car elle tient à respecter les désirs de Ray.
N'oublions pas qu'elle est ravie que son frère vienne dans son cagibi une nuit sur deux. Sa félicité est sans bornes, elle est même convaincue qu'elle est faite pour lui, et est si heureuse qu'aucun garçon ne l'ait touchée avant.
Pour entrer à nouveau dans cette famille, Kathy rejette des personnes qui l'aiment (ses parents et sa soeur adoptifs, ainsi que son petit ami), sans se soucier du mal qu'elle leur fait.
J'ai été très loin de la plaindre. Qu'elle rejette le confort, je le comprends. Mais qu'elle rejette des gens aimants, pour aller retrouver ceux qui se fichent d'elle... Bien sûr, sa mère l'aime, mais elle voulait qu'elle s'en sorte. Quant aux autres, ils font avec elle, et certains prennent plaisir à la rudoyer. Quant au repentir aviné de Ray, il ne compte pas. Et dire que je m'énervais après Sarah Crew (l'héroïne de «La petite princesse», dont est tiré «Princesse Sarah»), c'est une petite joueuse à côté de Kathy!

Les personnages les plus compréhensibles à mes yeux sont Adèle et sa mère. Elles ont tenté de menues révoltes, et on ne peut pas dire qu'elles aient vraiment échoué, mais elles ont dû payer le prix fort, surtout Adèle. Bien sûr, j'aurais préféré qu'elles se révoltent réellement, mais ce qu'elles ont fait est déjà énorme, étant donné le contexte.

Je n'ai pas trop compris si la fin était une avancée ou une régression. Kathy et sa mère finissent par être plus unies que jamais. On me dira que c'est une avancée, mais où iront-elles ensuite? Si elles rentrent à la maison, c'est une régression. Si elles décident de s'en aller toutes les deux, c'est une avancée. Vu l'esprit du livre, je dirais qu'elles vont rentrer retrouver cette famille de fous, même si Suzanne assure à Kathy qu'elle ne laissera personne lui faire du mal.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.
J'ai apprécié la façon de lire de Sandra Morel. Elle met parfaitement le ton, et ne surjoue pas. Je suppose que ce genre de livres n'est pas facile à lire, et encore moins à voix haute. Bravo à la lectrice qui s'en est très bien sortie!

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