Les limites de l'enchantement

L'ouvrage:
Fern a été adoptée par une femme du village, madame Cullen, que tout le monde appelle Maman. Fern grandit en apprenant la science des plantes auprès de Maman. Elle apprend comment soigner tout un tas de maux, elle s'instruit dans l'art d'être sage-femme.

L'existence tranquille que connaît la jeune fille se fissure avec l'apparition de personnages mystérieux, dont un pour qui elle éprouve une étrange attirance.
En outre, la santé de Maman se dégrade...

Critique:
L'intrigue de ce livre se déroule en 1966. Pourtant, les thèmes abordés sont terriblement actuels. Maman résume assez bien les choses quand elle dit qu'on est rejeté lorsqu'on est différent. Malheureusement, on retrouvera toujours cela, que ce soit en 1500, en 1966, en 2009... Dans ce livre, ce qui est positif, c'est qu'on ne retrouve pas le schéma un peu cliché de «tout le monde se ligue contre la gentille Maman». Le thème est très bien exploré par Graham Joyce. L'apogée est atteinte au moment de «l'évaluation» de Fern.

Le personnage de Fern est très intéressant, car la jeune fille est tiraillée entre la façon dont l'a élevée Maman et les conventions du monde extérieur. Fern est sans artifices, ce qui lui joue certains tours pendant son évaluation. Elle ne sait pas dissimuler, ne sait pas mentir, même pour se protéger.
On retrouve aussi cette confrontation lorsque Fern suit des cours pour être sage-femme.
On remarque à quel point la jeune fille est inexpérimentée lors de la tentative de séduction qu'elle fait sur ce pauvre Arthur. Elle est tellement préoccupée par sa peur de devoir coucher avec lui qu'elle ne pense qu'à lui faire absorber les victuailles contenant des plantes censées lui ôter toute envie de conclure... La scène est très amusante. L'auteur réussit à la fois à nous faire rire de Fern et avec elle.
La fin montre une évolution de la part de la jeune fille. Il semble qu'elle ait réussi à trouver comment combiner les valeurs que Maman lui a enseignées et en lesquelles elle croit avec certains codes du monde extérieur. Elle est libérée de ses démons, et son coeur va naturellement vers quelqu'un qui ne l'a jamais déçue.

L'intrigue est bien menée, on sent peu à peu le piège se refermer sur Fern, et cela fait qu'elle découvre certaines choses.
Par ailleurs, les personnages sont épais. Bien sûr, certains sont détestables, et c'est leur seul trait de caractère, mais des personnages comme Bill ou Judith sont intéressants parce que complexes.

Il y a un moment du livre où Fern «pose la question». Pour cela, elle doit entrer en transe. Le lecteur partage ce moment avec elle: ce qu'elle voit, ce qu´elle rêve... tout cela est très bien décrit. A la fin, un doute subsiste. Fern a-t-elle réellement vécu le viol ou l'a-t-elle imaginé? Malgré ce qu'elle finit par découvrir, je n'arrive pas à accepter qu'elle l'a imaginé, surtout que l'explication qu'on lui en donne me semble fumeuse: cette théorie comme quoi elle le souhaitait inconsciemment me paraît extrêmement tirée par les cheveux.

Un autre mystère reste entier: on ne saura pas comment Judith tient l'un des personnages. On ne peut que supposer. Ou bien l'explication est-elle sous-entendue, et je n'ai pas su la saisir.

Je vous recommande ce livre avec lequel on ne s'ennuie pas une seconde.

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Grillet pour la Bibliothèque Braille Romande.

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