Auteur : Jonquet Thierry

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jeudi, 21 mars 2013

Le bal des débris, de Thierry Jonquet.

Le bal des débris

L'ouvrage:
Frédéric travaille dans un hôpital pour personnes âgées. Il pousse des chariots. En général, les patients de cet hôpital n'ont plus toute leur tête. Sauf Alphonse Lepointre. Frédéric et lui sympathisent rapidement. Ils décident ensuite de monter une escroquerie.

Critique:
Le sujet et l'intrigue abordés étant assez ordinaires, il fallait bien que Thierry Jonquet trouve le moyen de rendre le tout attractif. Il y réussit par plusieurs procédés, dont beaucoup font appel à l'humour.
Il y a d'abord le style. Le narrateur raconte tout cela avec verve et bonne humeur, usant d'un langage argotique qui va bien à sa personnalité.
Ensuite, certaines situations sont comiques. Cela fait qu'au lieu d'ennuyer, elles prêtent à rire. Par exemple, le moment où mademoiselle Soquet se transforme en furie avide de luxure pourrait être pesant et cliché, mais la manière dont il est raconté fait que c'est une diversion cocasse.
L'auteur use du comique de répétition: soit Frédéric veut se dépêcher, soit il est ivre, et de ce fait, renverse tout et tous sur son passage, telle une tornade. Même si cela peut paraître un peu lourd, chez moi, le rire a pris le dessus: j'imaginais très bien ces scènes, et je pensais que retranscrites dans un film, elles seraient hilarantes.

Avec une intrigue banale, il faut, pour garder l'attention du lecteur, créer des rebondissements crédibles. Là encore, l'auteur y parvient. Nos héros franchissent une étape, mais les choses se compliquent. Heureusement, cela ne stagne pas, l'action est relancée par une idée d'un personnage, etc.
Pendant tout le roman, je me suis demandé comment l'auteur allait terminer tout cela. En effet, il aurait été très facile de faire une fin des plus insipides. La fin est à la hauteur du reste. Elle est dans l'esprit du roman et des personnages.

J'ai été dupée, car je soupçonnais quelque chose qui n'est pas arrivé. J'aurais été très déçue d'avoir eu raison, car la ficelle que je craignais est très clichée et aurait rendu le tout peu crédible.

Ce livre est conçu de telle façon que parfois, on croirait une parodie de romans de gangsters. La violence est ridiculisée, et parfois annulée par l'humour, et la fin tombe dans le grotesque tout en restant parfaitement vraisemblable.

Un roman qui détend, qui fait sourire, mais qui fait aussi un peu réfléchir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Berland pour les éditions Sixtrid.
François Berland enregistre des livres depuis très longtemps. En général, il lit très bien, de manière fluide, son jeu est naturel et subtil. Il y a eu un moment (lorsqu'il a lu des Connelly, par exemple), où je trouvais qu'il en faisait trop, exagérant le timbre grave de sa voix. Heureusement, pour «Le bal des débris», il est revenu à un jeu pertinent et agréable, rendant parfaitement le sel de la narration du personnage principal.

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lundi, 11 juin 2007

Mon vieux, de Thierry Jonquet.

Mon vieux

L'ouvrage:
Eté 2003.

Il y a trois ans, Cécile Colmont a eu un accident de scooter. Elle s'en est sortie, mais garde des séquelles: elle a été défigurée, et a perdu le goût et l'odorat. Son père, Alain Colmont, se culpabilise. Il se reproche également la mort de sa femme, Myriam. Pourtant, rien n'est de sa faute. Il fait soigner sa fille dans une clinique de luxe, dont il arrive à payer les frais grâce aux scénarios qu'il écrit pour la télé.
Les choses semblent s'arranger, lorsque Cécile lui annonce que le goût et l'odorat lui sont revenus.
Mais Alain n'est pas au bout de ses surprises.

Daniel Tessandier n'a pas de travail. Grâce au RMI, il loue une petite chambre à une vieille dame. Mais un jour, celle-ci lui annonce que sa petite-fille va venir s'installer chez elle pour ses études. La chambre de Daniel lui servira de bureau. Daniel doit donc s'en aller. Il ne retrouvera jamais une location si peu chère.
Il répugne à aller dans un foyer pour SDF, ou rejoindre la bande à Nanard, une bande de clochards. Pourtant, il devra bien s'y résoudre.

Voilà trois ans que l'on a recueilli un vieil homme, qui avait été victime d'une agression. Ce vieil homme est atteint de la maladie d'Alzheimer, il ne peut donc pas dire qui il est. L'hôpital qui le soigne recherche activement quelqu'un qui pourrait être de sa famille. Grâce à quelques indices extorqués au patient, on retrouve enfin l'un de ses parents.

Critique:
Voilà un livre comme je les aime. Certains passages sont un peu écoeurants, mais cela montre une réalité que nous ne devons pas ignorer. Je parle du monde de la rue. J'ai déjà lu des livres où il est évoqué, mais ici, il l'est de manière plus crue, plus impitoyable, et donc, plus réaliste. Les règles de la bande à Nanard, les trahisons ou les meurtres qui peuvent avoir lieu pour quelques billets; les scènes de beuverie, ou celles où tous les hommes de la bande couchent un par un avec la femme de la bande; la saleté omniprésente... Toutes ces scènes m'ont impressionnée, mais elles ont l'air si vrai. On sent que l'auteur sait de quoi il parle, qu'il évoque le quartier de Belleville dans toute sa nudité, franchement, sans complaisance.

Le personnage de Daniel est assez détestable. Il est raciste, car c'est tellement plus facile d'accuser les étrangers de sa propre misère. Il ne se demande pas si par hasard, il n'y serait pas un peu pour quelque chose. Il n'a pas d'argent, donc, il fait ce qu'il faut pour en gagner... sauf chercher du travail. Il ne peut pas travailler. Il ne supporte pas d'obéir aux ordres de qui que ce soit. Il préfère frapper celui qui l'empêche d'agir à sa guise. On comprend donc qu'il soit marginal. Sa mentalité, son refus des règles, lui interdisent de s'insérer dans la société. Il transgressera aussi les règles de la bande à Nanard, à laquelle il aura été obligé de se greffer.

Le personnage d'Alain est celui pour qui le lecteur compatit le plus volontiers. A un moment, il est confronté à un dilemme assez terrible. Qu'aurions-nous fait à sa place? Il est entre le marteau et l'enclume. Quand il se décide à agir, le lecteur connaît un moment de panique. Sans y être préparé, il se retrouve au coeur d'une situation de roman policier. C'est très astucieux de la part de Thierry Jonquet. En effet, le lecteur n'ayant pas été préparé à cela, sa surprise est d'autant plus forte, et sa panique d'autant plus grande.

Je ne peux pas en dire plus, car j'en dévoilerais trop, mais je vous conseille ce livre. Certaines choses peuvent paraître un peu grosses, mais finalement, la vie nous réserve parfois des surprises de cet acabit.
Bonne lecture!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rémy Wibaut pour Audible.fr

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lundi, 4 septembre 2006

La bête et la belle, de Thierry Jonquet.

La belle et la bête L'ouvrage:
Il a tué un homme, la police en a la preuve. On l'appelle le coupable. Pour l'instant, il est à l'hôpital. Chez lui, on a retrouvé une espèce de journal enregistré sur cassette. Il s'y vante d'avoir tué d'autres personnes. Le vieux Léon vivait chez le Coupable. Le Coupable lui avait proposé de venir habiter chez lui après le premier meurtre. Mais maintenant, le vieux Léon n'a nulle part où aller. Gabelou, le policier chargé de l'affaire, le prend en pitié.

Pendant que Gabelou écoute les bandes enregistrées par le Coupable, dans son bureau, Léon laisse son esprit vagabonder, et se rappelle certains détails des péripéties vécues avec le Coupable. Léon ne trahira jamais le Coupable. C'est son meilleur ami.

Critique:
Il y a quelques petites choses qui sauvent le livre de la platitude. A la fin, le lecteur découvre deux choses. La première, on peut la deviner au long du texte. Ce n'est pas une véritable découverte, mais c'est quand même un coup de théâtre. Cette découverte ne plaît pas vraiment au lecteur, du moins à moi. En effet, c'est, normalement, une bonne chose, mais en fait, c'est dommage. L'auteur est fort, en ce sens qu'il arrive à ce que l'on ait une pensée choquante.

La seconde découverte en est une véritable, du moins, elle l'a été pour moi. Après, on repense à certains passages du livre en ayant cette perspective en tête, et on se rend compte que l'auteur a été assez fin pour que la découverte soit vraisemblable. Il y a juste quelques mots ou tournures de phrases qui montrent qu'il a un peu triché.

J'ai tout de même trouvé que le livre traînait beaucoup. Bien sûr, il y a le portrait psychologique du Coupable, qui mérite d'être bien fait, et qui explique les longueurs, mais je me suis quand même un peu ennuyée.

La toute fin est très poignante. Outre la seconde découverte, autre chose se passe, qui bouleverse le lecteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.

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lundi, 22 mai 2006

Mygale, de Thierry Jonquet.

Mygale L'ouvrage:
Richard Lafargue est un brillant chirurgien. Il fait surtout de la chirurgie esthétique.
Personne ne sait que la jeune femme qu'on voit, parfois, avec lui, est sa prisonnière. Il force Eve à se prostituer. Il la regarde se faire souiller par des passants, il jubile, lorsqu'il voit le dégoût et l'horreur d'Eve. Il aime particulièrement les sado-mazo qui frappent la jeune femme.
Il a aussi installé des hauts-parleurs dans la chambre d'Eve, et il en a amplifié le son. Il adore crier ses ordres dans l'interphone auquel ils sont reliés, pour l'effrayer, et lui faire mal aux oreilles.
Et parfois, il emmène Eve voir Viviane.

Alex Barni vient de faire un casse. Il a tué un flic, et a été blessé. Il doit se cacher, étant recherché. Malheureusement pour lui, pendant le casse, on lui a enlevé sa cagoule, et son visage a été filmé par les caméras de surveillance. Alex est prêt à tout pour se sortir de ce pétrin.

Une nuit, Vincent Moreau est allé faire un tour en moto. Il s'est rendu compte qu'il était suivi. En essayant de semer son poursuivant, il s'est perdu dans la forêt. Son poursuivant l'a rattrapé. Cela fait maintenant quatre ans qu'il a disparu.

Critique:
Thierry Jonquet nous plonge dans un cauchemar qui semble sans fin. Il commence astucieusement par nous montrer la situation des personnages sans nous expliquer pourquoi Eve est persécutée, pourquoi Richard semble prendre tant de plaisir à la torturer. On ne comprend pas trop non plus ce que vient faire Alex là-dedans. Ensuite, on relie Alex à Vincent. Finalement, on découvre quelque chose de complexe. Les sentiments extrêmes de Richard et d'Eve s'expliquent progressivement, et le lecteur ne sait plus à qui doit aller sa pitié, à qui doit aller son dégoût. Certains ont agi par inconscience, d'autres par amour et par haine. On découvre de quoi est capable un être qui souffre.

Bien sûr, l'histoire est assez simple, et les ficelles aussi. C'est-à-dire que l'auteur n'explique le pourquoi du comment qu'à la fin. Il nous donne certains détails au long du livre, et les circonstances exactes à la fin. C'est assez habituel pour les auteurs de romans policiers et de thrillers. Malgré cela, j'ai beaucoup aimé ce roman pour sa dimension psychologique. Et la fin est assez surprenante. Là aussi, on réfléchit à ce que fait le passage du temps, le fait de côtoyer quelqu'un tous les jours... Richard découvre qu'il n'arrive plus à haïr Eve. Eve ne réagit pas comme elle aurait réagi avant. La toute fin montre bien que leur cohabitation les a changés, quoi qu'ils aient voulu prouver le contraire.
Cette fin nous laisse quand même un peu sur notre faim. On se demande ce qui va se passer ensuite. On pourrait penser que Richard et Eve vont finir par vivre ensemble, comme mari et femme. Mais ils ont vécu trop d'horreurs ensemble pour que cela soit vraisemblable. Il faudrait que le temps passe, et simplifie tout, en leur faisant oublier ou minimiser cette période.
Peut-être Eve partira-t-elle... A nous d'imaginer...

C'est un livre qui engendre un malaise. Un très bon roman, qui sonne terriblement juste.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.

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