Auteur : Joncour Serge

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jeudi, 28 février 2019

Chien-Loup, de Serge Joncour.

Chien-Loup

L'ouvrage:
2017. Lise est un peu lasse de certaines choses très présentes dans la société actuelle. Elle propose donc à Franck (son compagnon) de louer une maison dans un petit village où les nouvelles technologies sont inaccessibles. Franck n'est pas très enthousiaste, mais il accepte.

Critique:
Après avoir adoré «Repose-toi sur moi», j'attendais peut-être trop de «Chien-Loup». Il ne m'a pas autant plu. Lise et Franck ont commencé par m'agacer, chacun pour des raisons différentes, voire opposées. Lise me paraissait trop empressée à faire corps avec la nature et à rejeter tout ce qui était nouvelles technologies, et Franck me faisait soupirer parce qu'il ne pouvait pas vivre sans son smartphone. Vous allez me trouver très tordue, mais j'aurais apprécié de la mesure. Chacun était trop dans les extrêmes, me semblait-il. Ensuite, Franck m'a paru moins pénible. Il évoluait, réfléchissait, et sa curieuse relation avec cet étrange chien qui s'est mis à le suivre m'interpellait. Au long du livre, je l'ai parfois encore trouvé agaçant pour diverses raisons, mais j'ai aimé qu'il se remette en question et qu'il s'attache au chien. À propos de ce dernier, il est un peu étrange que personne ne le connaisse, le village étant petit...

Quant à Lise, je crois ne l'avoir pas trouvée assez consistante. Elle avait un peu l'air d'une caricature de personne appréciant la nature et ses bienfaits. Par exemple, le fait qu'elle cueille des herbes dont elle ignore le nom (elle ne dit pas le savoir) pour les faire infuser, c'est (comme le souligne Franck) un peu dangereux.

L'auteur alterne le chapitres racontant le présent de Franck et Lise avec d'autres se passant dans le même village en 1914-1915. En général, je n'aime pas cette structure. Ici, cela ne m'a pas trop gênée, mais ce qui arrive en 1914-1915 ne m'a pas vraiment intéressée. J'ai tout de suite su ce qui arriverait. Parfois, cela ne me dérange pas de deviner des événements de romans, mais ici, cela ne m'a pas plu parce que ce n'était pas une énigme où il s'agissait de mettre au jour les ficelles de l'auteur. Non, ici, c'était un récit cliché, auquel le romancier a ajouté des fauves censés apporter de l'originalité. J'ai quand même été contente de savoir (grâce à un habitant du village en 2017) comment ce qui a débuté fin 1914 a évolué.

À travers ses deux trames, Serge Joncour a retranscrit une certaine ambiance: un village au mileu de nulle part; d'un côté, des fauves et des villageois cancaniers redoutant les étrangers, et de l'autre, un curieux chien à la fois attachant et effrayant. L'auteur n'a pas oublié de rappeler que pendant la première guerre, les femmes avaient remplacé les hommes aux champs. Cette atmosphère est très bien rendue.

Service presse des éditions Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Dominique Pinon.
Je sais que ce comédien enregistre des livres depuis quelques années, mais je ne l'avais jamais entendu sur un livre entier, parce que rien de ce qu'il a enregistré avant «Chien-Loup» ne m'a tentée. J'ai apprécié son jeu. Par exemple, il rend bien le ton des détracteurs de l'Allemand, il n'exagère jamais lorsqu'il s'agit de jouer les personnages féminins. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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lundi, 8 mai 2017

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour.

Repose-toi sur moi

L'ouvrage:
Paris.
Ludovic, quarante-six ans, travaille dans le recouvrement. Aurore, quant à elle, est styliste. Ils habitent le même immeuble, mais ne se parlent jamais. Le fait qu'Aurore soit effrayée par des corbeaux ayant élu domicile dans la cour va les rapprocher de manière inattendue.

Critique:
À travers ses personnages, Serge Joncour commence par montrer une société malade. Si sa démonstration effare, elle ne surprend malheureusement pas. Ce qui arrive à la boîte d'Aurore illustre bien comment certains font la course au pouvoir, à l'argent, et peu importe qui ils sacrifient et comment cela se passe. De petits exemples montrent aussi comme l'homme peut être irrespectueux: Ludovic entrant dans un café, disant bonjour, et n'obtenant aucune réponse; des personnes faisant des fêtes avec la musique à puissance maximale, se moquant de ceux que cela peut déranger. Tout cela est malheureusement vrai dans la vie.
D'un autre côté, il y a ceux qui aident spontanément (le patron du restaurant qui propose à ses clients de faire sécher leurs affaires mouillées près du feu, et qui tente de leur transmettre sa gaieté)...
Aurore et Ludovic ont été maltraités par la vie, et se sont enfermés dans des choix pas toujours judicieux. Ils sont conscients de ce qu'est notre société, et ont du mal à faire avec les mesquineries de la vie.

Aurore m'a souvent agacée. Elle veut ceci, cela, se reprend, se perd dans ses propres considérations, a du mal à communiquer... Pourtant, elle est également attendrissante, car elle est perdue. Elle a des valeurs, des idéaux, et se rend compte que son entourage s'en moque. Son mari ne semble pas voir sa détresse, puis finit par penser qu'il est facile de contrer la cause de cette détresse. Bien sûr, c'est plus compliqué à cause de certains événements, mais aussi à cause du caractère d'Aurore. En général, les personnes qui ne courent pas après l'argent et le pouvoir sont très faciles à mettre à terre. Elles aspirent à une vie calme, à faire ce qu'elles aiment en faisant de leur mieux, et pensent à l'humain plutôt qu'au chiffre.

Ludovic, lui aussi, passe son temps à ravaler ses rancœurs, à tenter de s'accommoder des bassesses de la vie. Seulement, cela passe mal. À la fois tendre et désabusé, se voulant fort mais parvenant de plus en plus mal à cacher son dégoût, ayant renoncé à certaines choses dans l'intérêt commun, ayant opté pour un travail qui ne lui convient pas, Ludovic interpellera forcément le lecteur. Qu'on soit touché par sa souffrance, ému et déboussolé par cette colère qui l'habite presque tout le temps, un peu amusé par sa maladresse, il ne laissera pas indifférent. À l'instar d'Aurore, il ne trouve pas sa place dans cette société. Il le constate tous les jours. Même physiquement, il ne parvient pas à s'y insérer. Je pense à la scène où il ne trouve pas de pantalons à sa taille (scène qu'il ressent comme douloureuse, mais dont la gravité est un peu adoucie par l'attitude aimable et bon enfant des vendeuses et du vigile), ou au fait qu'il achète des chaussures un peu élégantes pour sortir de la catégorie dans laquelle la société le range automatiquement.

L'intrigue ne souffre d'aucun temps mort. J'ai suivi les personnages avec intérêt, je ne pouvais pas prévoir quelle serait la prochaine étape. L'ambiance est souvent oppressante, mais elle est traversée de moments de répit: la discussion chez mademoiselle Mercier, les petites plaisanteries entre Ludovic et son père, etc. À un moment, Aurore tente de s'enfermer dans un instant hors du temps. L'insouciance factice à laquelle elle se raccroche, son refus d'affronter la situation (après coup, on se demandera si c'en était vraiment un) ne font que renforcer l'atmosphère pesante qui entoure les héros. Aurore détonne d'ailleurs. Ce qu'elle fait ensuite, et ce qui arrive à cause d'elle ne fait que renforcer la tension, alors qu'elle voulait justement alléger l'ambiance. Tout cela est très bien rendu par l'auteur, mais ce n'est qu'un exemple, car le livre est ainsi dans son entier: situations bien exposées, images et anecdotes marquantes...

Je ne m'attendais pas à cette fin. Je prévoyais quelque chose comme ce qui arrive (ou manque d'arriver) un peu avant. Pourtant, cette fin est préparée. Elle est logique. Je la préfère à celle que j'entrevoyais parce qu'elle implique un raisonnement (au-delà de la destinée de nos deux héros) qui me plaît et que je partage. En fait, j'ai retrouvé beaucoup d'idées qui sont les miennes au long de ce roman.

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Ceux qui me connaissent trouveront étrange que je ne peste pas après l'espèce de coup de foudre et ce qu'il implique. Eh bien, dans le contexte, je ne l'ai pas trouvé si incongru. L'auteur prépare les choses, présente les circonstances, nuance certains éléments... Ce qu'Aurore dit, le dernier soir, implique des choses qui, moralement, ne me plaisent pas. Je suis partisane des situations claires. Cependant, il est évident que dans ce cas-là, une situation tranchée serai déconcertante pour les enfants. Bien sûr, on imagine que si les choses durent comme le souhaite Aurore, cela ne pourra avoir qu'un temps...

Service presse des éditions Gallimard.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Gabay.
Bernard Gabay est un grand comédien. Il conte, ne cabotine pas, son jeu est toujours subtil, il ne modifie pas exagérément sa voix pour les rôles féminins... Je suis contente qu'il enregistre pour de plus en plus d'éditeurs, et je peste lorsque je découvre qu'il a enregistré un livre qui ne me tente pas, alors qu'un livre qui me tente est lu par un comédien ou une comédienne dont le jeu me semble moins bon. Ici, outre une interprétation sans failles, j'ai apprécié qu'il dose l'accent américain de Richard. Il parvient à montrer qu'il y a un accent sans que cela devienne pénible.

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vendredi, 29 avril 2011

L'homme qui ne savait pas dire non, de Serge Joncour.

l'homme qui ne savait pas dire non

L'ouvrage:
Grégoire Beaujour a un problème: il a perdu le mot «non». Il ne peut plus le prononcer, ni l'écrire ou le lire. Lorsqu'il souhaite dire non, il se voit contraint d'utiliser des périphrases qui ne traduisent pas toujours exactement sa pensée, ou alors, de dire oui.
Désespérée, il va assister à un atelier d'écriture dans l'espoir de retrouver le mot perdu.

Critique:
Le blocage de notre héros engendre, bien sûr, quelques situations cocasses. Étant donné qu'il travaille dans les sondages, son impossibilité à frayer avec le «non» est assez amusante, et engendre des situations délicates. Sans parler de la fois où son patron le convoque, justement à cause de ses sondages faussés...
D'autres situations drôles sont créées lorsqu'il commence à sortir avec une jeune femme à qui il tient.
Le lecteur s'amusera également lors de la scène de signature du contrat.

L'idée de départ est intéressante. L'auteur parvient à faire sourire son lecteur tout en lui faisant ressentir le désarroi de son personnage. En outre, on ne peut s'empêcher de se demander s'il est possible de faire un tel blocage. On suivra avec intérêt les efforts du héros pour découvrir pourquoi et comment il a perdu le «non».

Cependant, le livre est inégal. À côté des côtés positifs sus-cités, il y a des passages où je me suis ennuyée. C'était surtout ceux consacrés aux broderies de l'ouvroir des mots perdus. J'ai trouvé ça trop long, trop descriptif, trop balisé.%%Ensuite, au bout d'un moment, certaines situations vécues par le personnage principal finissent par être lassantes, ce qui entraîne des longueurs.
De plus, l'espèce d'adoration éprouvée par les Vincent pour Grégoire est franchement peu crédible. Au mieux, elle fait sourire: le lecteur trouvera les Vincent ridicules; au pire, elle fait soupirer d'agacement, et fait penser que les Vincent sont pathétiques s'ils s'attachent ainsi au premier venu. Comme je suis parano, j'ai aussi imaginé qu'ils voulaient piéger notre héros, qu'ils étaient fous ou cannibales, et que c'est à leur contact, au moment où la peur atteindrait son paroxysme, que Grégoire parviendrait à dire non.

Quant à l'explication finale, elle est compréhensible, et d'ailleurs, on s'attendait à quelque chose de ce genre. Néanmoins, c'est un peu tiré par les cheveux. On a du mal à imaginer qu'un enfant si jeune ait à ce point fait un travail de sape sur lui-même, alors que personne ne le lui demandait. On a aussi du mal à concevoir que sitôt les origines du problèmes démasquées, tout va rentrer dans l'ordre...

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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