Auteur : Jepsen Erling

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jeudi, 19 juillet 2012

Sincères condoléances, d'Erling Jepsen.

sincerescondoleances

Note: Ce livre est la suite de «L'art de pleurer en choeur».

L'ouvrage:
Le père d'Allan vient de mourir. Celui-ci n'a pas vu ses parents depuis de nombreuses années. En outre, il n'a cessé de dénoncer les maltraitances de son père dans ses écrits. Allan voudrait rester indifférent à cette mort. Par politesse, il envoie une couronne à sa mère assortie d'un protocolaire «Sincères condoléances». Cela fait que celle-ci l'appelle et lui demande de venir la voir. Accompagné de sa soeur, Sanne (qui eut également à souffrir des abus du père), Allan se résout à retourner dans le village de son enfance.

Critique:
Ce livre n'est réellement intéressant que si on a lu et apprécié «L'art de pleurer en choeur». J'étais impatiente de le découvrir. Je voulais savoir l'après de ces enfances brisées. Surtout que dans le premier livre, Allan ne souffre pas vraiment. Ce n'est pas lui le plus à plaindre. Son père et lui partagent encore une certaine complicité, et le garçonnet d'alors ne voit pas vraiment le mal commis autour de lui. Ce roman raconte que par la suite, lui aussi pâtit de la tyrannie du père.

L'ouvrage explore différentes façons de réagir à un événement à la fois attendu et redouté. La mère (Margret) veut oublier le père. Quant à Sanne, on dirait que l'événement la fait revivre, la libère, même si ensuite, elle a d'autres crises. Allan gratte les blessures, cherche des explications, veut aller au fond du problème. L'auteur décrit bien les sentiments de chacun. Pour moi, Allan est celui qui réagit le plus sainement. C'est pour lui une espèce de catharsis. Il sait qu'il doit en passer par là avant de pouvoir espérer avancer plus sereinement.
Cependant, sa relation à son père restera ambiguë, ce qui est normal. C'est résumé par l'attitude qu'à Allan vis-à-vis de la casquette du défunt. Tour à tour désirée (au point de provoquer une dispute, et de faire faire un acte extrême à l'un des personnages), chérie, puis dédaignée, elle représente cette relation étrange qu'Allan n'a jamais pu vraiment rompre, mais qui au fil du temps, ne lui a apporté que chagrin.

Erling Jepsen évoque aussi différentes interprétations d'un même fait. Par exemple, Allan voit que son père a gardé des articles de journaux le concernant. Il pense tout de suite que c'est une manière d'exprimer son amour, même s'il ne voulait plus le voir. Margret, elle, donne l'explication au lecteur. Elle est plus plausible et va mieux au caractère du père.

Le romancier décrit une famille traversée par des années de souffrances, de révoltes rentrées, de maltraitances mal digérées... Malgré les éclairs d'espoir, malgré la vie à laquelle Allan et Sanne s'accrochent, les parents ont fait trop de dégâts. Allan et Sanne devront, encore une fois, parcourir cette route seuls. Ils ne pourront compter que l'un sur l'autre. Leur mère ne les a jamais aidés, et continue de les enfoncer, insidieusement, et malgré son empressement à les revoir.

Margret et Azger sont ceux que j'ai le moins compris. Comment Margret ose-t-elle continuer à vivre, comment parvient-elle à dormir après la manière ignoble dont elle a trahi ses enfants, surtout Sanne? Elle a beau avoir souffert, je n'ai ressenti pour elle que mépris. Elle est haïssable.
Ensuite, sa mesquinerie flagrante accentuera le dégoût du lecteur. Enfin, elle trouve le moyen de passer pour une victime et de se chercher des excuses. On me dira qu'elle ne pouvait pas, par le passé, partir avec ses enfants. On me dira que c'est bien plus compliqué. On dira ce qu'on voudra: aucune excuse ne devrait être accordée à cette femme qui contribua, entre autres, à la déchéance de ses enfants. Mon dégoût et mon mépris pour Margret a été renforcé par le désespoir muet de Sanne. Sanne qui dépense son énergie à enfouir son traumatisme, à tenter de garder la tête hors de l'au, et qui trouve encore la force de penser aux autres, tout en gardant espoir que quelque chose peut être sauvé.

Quant à Azger, j'ai eu du mal à le cerner. Dans «L'art de pleurer en choeur», il n'était pas vraiment franc, mais il me semblait qu'Allan et Sanne auraient pu se reposer sur lui si les choses empiraient. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi la souffrance infligée à son frère et à sa soeur l'a rapproché de ses parents. Si, au départ, il tente de les aider (dans «L'art de pleurer en choeur»), ensuite, il semble qu'il cautionne tout ce qui arrive. Est-il jaloux de la complicité d'Allan et de Sanne? Tenait-il à être le premier dans le coeur de ses parents?

L'écriture est simple, le récit est parfois tendre, parfois violent. Violent de non-dits, de malentendus. Certaines situations sont oppressantes. Un roman où les sentiments sont tour à tour enfouis et exprimés de manière exacerbée. Un récit où chacun apprend à vivre avec ce qu'il ne peut changer.

Remarque annexe:
Dans «L'art de pleurer en choeur», le père était épicier, et là, il est laitier...Est-ce dû à la traduction ou l'auteur n'a-t-il pas pris la peine de vérifier ce détail au moment d'écrire le tome 2?

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 8 novembre 2011

L'art de pleurer en choeur, de Erling Jepsen.

L'art de pleurer en choeur

L'ouvrage:
Le narrateur a onze ans. Il vit avec ses parents et sa soeur, Sann, qui a quatorze ans.
Son père est épicier. Son commerce n'est pas florissant, parce qu'il existe des supermarchés. C'est alors qu'il prononce un éloge funèbre à l'enterrement de la fille du boucher. Son éloquence émeut certains, et on vient plus volontiers dans son épicerie. Mais cela ne durera pas.

Critique:
Par certains côtés, ce roman m'a rappelé «le jour où le temps s'est arrêté». C'est une famille unie en apparence, où les choses se disent à demi-mots, où on s'aime maladroitement, où on communique mal, où pleurer est une mise en scène qu'on pratique ensemble afin de recouvrir tous les non-dits... L'écriture et les personnages m'ont plu.

Le jeune narrateur est à la fois agaçant et attendrissant. Il a la candeur de l'enfance. Il est dévoué corps et âme à sa famille, surtout à son père. Il est touchant parce qu'il veut toujours que tout le monde s'aime, et fera tout ce qu'il pense être bien pour unir sa famille. Certains de ses actes montrent que malgré son ignorance, son instinct le pousse.
Cependant, son amour inconditionnel, son refus de voir, son obstination naïve à cacher la vérité par des choses dont lui-même pressent qu'elles ne sont que prétextes, tout cela m'a agacée. Il a onze ans, mais parfois, on dirait qu'il en a huit. On me dira qu'il est tenu dans l'ignorance par les adultes qui ne veulent pas dire la faute (ce serait lui donner vie), et par Sann qui ne peut pas la dire.
À ce sujet, j'ai apprécié le flou que le point de vue du narrateur engendre chez le lecteur. Ça faisait qu'au début, je m'accusais de voir le mal partout. ;-) Et puis, quand les choses se sont précisées, même si au final, le narrateur ne voit toujours pas où est le mal (parce qu'il ne sait pas exactement ce qui a été fait), j'ai encore mieux ressenti la détresse du personnage abusé. À cause du point de vue du narrateur, l'auteur l'évoque avec pudeur, laissant le lecteur découvrir les conséquences... Sans violence (c'est d'autant plus affreux), l'auteur nous fait découvrir la fourberie d'un homme qu'au départ, on croyait intègre. Un homme qui a l'air des plus ordinaires, qu'on ne soupçonnerait pas, qu'on verrait même comme timoré... C'est là l'une des forces du roman. Avec son air falot, il trompe son monde.

L'auteur semble voir le salut dans la ville. En effet, le seul qui prend tout de suite la mesure du mal accompli, c'est Azger (le grand frère du narrateur), qui habite en ville. Quand il habitait chez ses parents, il semblait avoir besoin de dérivatifs pour faire face. À quoi?... C'est en ville que Sann et le narrateur seront en sécurité, même s'ils sont perdus. Contrairement à ce qu'on voit en général, c'est la campagne qui fait image d'arriérée, de corrompue. C'est la ville qui est synonyme d'évolution positive, de réflexion, de progrès. J'ai d'ailleurs trouvé un peu gros que l'inconnu qui héberge Sann et le narrateur ne profite pas d'eux...

Force est de constater que le seul personnage vraiment lucide et vers qui ira la sympathie du lecteur est celui qui ne s'embarrasse pas d'apparences, celui qui passera même pour fou. C'est de ce personnage qu'on médira, alors que c'est le plus à plaindre.

Je ne sais pas trop quoi penser de la mère... Elle m'est plutôt antipathique. Parfois, elle se dissocie quelque peu de la famille (en chantant dans une langue que les autres ne connaissent pas, par exemple), mais elle ne protège pas vraiment ses enfants. Elle est très pieuse, mais ne fait rien quand sa fille en a besoin. Et pourtant, il est évident qu'elle sait que Sann a besoin d'aide.
Quant à Azger, il le sait mieux que quiconque, et pourtant, même sur son propre terrain (la ville), obéit encore à l'autorité parentale, autorité qu'il a pourtant défiée avant que les enfants tentent de trouver refuge auprès de lui. Il apparaît alors comme un salut, surtout avec ce qu'il a fait auparavant, mais sa protection est illusoire, voire trompeuse.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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