Auteur : Jaouen Hervé

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jeudi, 22 septembre 2011

Ceux de Ker-Askol, d'Hervé Jaouen.

Ceux de Ker-Askol

L'ouvrage:
Le destin de Maï-Yann semble tout tracé: elle sera religieuse. Elle vit au couvent depuis son enfance. Pourtant, alors qu'elle est adolescente, elle se laisse séduire par le jardinier, Benito. Lorsque les religieuses se rendent compte qu'elle est enceinte, on décide de la marier.

Critique:
Ayant beaucoup aimé «Les ciels de la baie d'Audierne», j'avoue avoir été déçue par ce roman. Pourtant, je pense que l'auteur n'a pas démérité. Il nous dépeint une certaine société connaissant des conditions de vie données à une époque donnée. C'est pour cela qu'on côtoie des gens pleins d'une tendresse maladroite, ne pouvant l'exprimer, parfois, qu'avec fureur ou acrimonie. C'est le cas de Téménan, et parfois, de Martial. Mais cette espèce de façon de faire la girouette m'a agacée, m'empêchant de réellement apprécier les personnages. De plus, je n'ai pas aimé la fin. À la base, Martial et Léontine ont raison d'agir comme ils le font, mais leur attitude envers Téménan est assez désagréable... C'est ce qui m'a le plus agacée au long du livre, et qui a atteint son paroxysme à la fin: les personnages, ne parvenant pas à montrer ce qu'ils ressentent, le cachent sous des actes et des propos blessants. À la fin, je ne suis même pas sûre que Martial ait du mal à s'exprimer: il est plutôt égoïste.

Maï-Yann aussi m'a exaspérée. Au début, on s'attache à elle, et tout s'effondre quand elle apprend «avec qui» on l'a mariée parce qu'elle se transforme. Outre qu'elle commet des actes impardonnables, cette façon d'être ne va pas vraiment avec la Maï-Yann qu'on connaît depuis le début du roman.
Je sais bien que tout a été engendré par le non-dit, le sentiment d'avoir été dupée, de n'avoir été qu'un jouet entre les mains des religieuses. Mais je n'imaginais pas Maï-Yann si fragile de caractère! Je ne la pensais pas non plus à ce point guidée par ses bas instincts. ;-) Je n'étais donc pas préparée à sa métamorphose.
Si au moins l'un des personnages ne me plaît pas, il m'est difficile d'apprécier un roman. Ici, le pire est qu'on commence à s'attacher aux protagonistes, et qu'ensuite, on n'a qu'une envie: les frapper!

D'autre part, je n'aime pas les récits trop morcelés. C'est-à-dire quand le livre passe d'un moment à un autre avec des ellipses de plusieurs années. Ici, c'est le cas. Il y a beaucoup d'ellipses, et, comme à chaque fois que je tombe sur un livre construit ainsi, ça m'a donné une impression de bâclé. Ce n'est donc pas un défaut de ce livre, c'est une façon de faire que je n'apprécie pas. Malheureusement pour moi, dans ce roman, Hervé Jaouen a accumulé les procédés qui me déplaisent. D'où mon absence d'enthousiasme.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
Là encore, Josselyne Daul a su interpréter ce texte de manière vivante, en prenant part à ce qu'elle lisait.

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jeudi, 14 avril 2011

Les ciels de la baie d'Audierne, d'Hervé Jaouen.

Les ciels de la baie d'Audierne

Note: Je vous recommande le site officiel d'Hervé Jaouen qui est une mine d'informations sur l'auteur, et qui est très bien fait.

L'ouvrage:
La famille Mérour (les parents, et leurs deux enfants), mène une vie heureuse et paisible. Tout bascule le jour où, à six heures du matin, la police se présente à leur domicile, et arrête le père sans explications. C'est par les journaux que le reste de la famille apprendra de quoi il est accusé.

Critique:
Ce livre ne peut laisser personne indifférent. Même si certains éléments peuvent paraître gros, dans l'ensemble, Hervé Jaouen décrit des événements et leurs conséquences avec justesse. Le cliché n'a pas de place dans ce roman bouleversant, étonnant, duquel le lecteur ressortira atterré, hébété, et convaincu d'avoir fait une découverte qui changera sa perception des choses. Ce roman est de ceux qu'on n'oublie pas.

Il est déroutant de voir à quel point une situation peut rapidement se dégrader. Ici, le père est arrêté le matin, et quelques jours plus tard, la famille est dévastée, éparpillée. Ses membres se voient peu à peu dépossédés de leurs droits, de leurs biens, presque de leur identité. J'ai été effarée de voir comment l'accumulation de bêtises commises par un juge qui n'est pas à sa place, a fait que des êtres humains ont été broyés. En effet, cette affaire a été instruite en dépit du bon sens, et je n'ai pas compris comment il se faisait que les énormes bourdes n'aient pas mené à des non-lieux pour vices de forme. Par exemple, la «cérémonie» de l'identification des suspects par les enfants n'a absolument pas été conduite comme il l'aurait fallu. Les accusés ont eu beau le clamer, rien n'a changé. Bien sûr, cela vient de l'entêtement stupide du juge qui refuse de reconnaître ses erreurs, mais les vices de forme auraient dû être constatés en plus haut lieu.
Je me demande donc si, dans la réalité, il est possible que la justice puisse agir si légèrement.
J'ai également été surprise qu'en l'absence flagrantes de preuves, la chasse aux sorcières continue. En effet, il y avait pléthore de preuves contre les principaux suspects, mais absolument rien contre ceux qu'ils accusaient. Tout était basé sur des dires.
D'autre part, au début, Constance subodore qu'on les accuse par vengeance. Pourquoi les avocats n'ont-ils pas creusé de ce côté? Ils auraient trouvé au moins les preuves de ce qui s'est passé entre les accusateurs et la famille Mérour...

Il est assez effrayant que de nos jours, avec tous les moyens utilisables, on se retrouve confronté à une véritable chasse aux sorcières. Les moindres faits découverts, les moindres paroles des accusés sont décortiqués, déformés, diabolisés.
Et bien sûr, à la fin, il n'y a aucune remise en question. Le simulacre de comparution du juge devant ses pairs n'a été qu'une mascarade dont tout était prévu. J'ai été très impressionnée par cet étalage d'incompétence et de mauvaise foi de la part de la justice. N'oublions pas l'avocat général qui s'enferre dans la bêtise, l'intolérance, et la fatuité jusqu'au bout. En tentant de sauver la face (ce qu'il aurait fait en reconnaissant ses torts), il ne fait que montrer sa mesquinerie.

Les personnages sont intéressants, complexes, attachants. L'auteur sait les décrire, les analyser, expliquer les conséquences désastreuses qu'ont tous ces événements iniques sur eux. Il parvient, de manière magistrale, à adopter la voix de Mélodie afin d'exprimer les sentiments et les émotions de la famille. Tout cela en un style juste. Il sait trouver les mots: ceux de la poésie qui chantent la vie malgré tout, ceux du désespoir qui font qu'on s'identifie parfaitement aux personnages (car cela pourrait arriver à n'importe qui n'importe quand), ceux de la révolte, ceux de l'horreur, etc.
À cause de ce qui arrive, Mélodie côtoie un autre monde dans lequel elle est parachutée, alors qu'elle l'avait à peine effleuré auparavant. Tout a l'air un peu manichéen, mais les différents «mondes» sont bien explorés et décrits. En outre, le manichéisme est supprimé par Mélissa qui représente une espèce de jonction.
Mélissa est d'ailleurs un personnage admirable. Je regrette qu'on la voie si peu. J'aurais voulu que Mélodie la retrouve. D'ailleurs, cette attitude légère de l'héroïne est un peu étrange, et contraste avec sa nouvelle maturité.

Attention! Je dévoile un pan de l'histoire: ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le livre.
Je comprends bien que des événements si perturbants puissent briser, voire détruire des personnes. Mais j'ai du mal à admettre que deux êtres ayant l'air de s'aimer aussi fort que les parents de Mélodie finissent par ne plus ressentir d'amour l'un pour l'autre. Je trouve triste que leurs sentiments n'aient pas résisté à l'adversité, que le malheur ne les ait pas renforcés, alors qu'ils semblaient si purs dans le bonheur. J'ose espérer que je ne serais pas aussi légère que Constance si ce genre de choses m'arrivait.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ghislaine Pérésan pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a su allier sobriété, sensibilité, et dynamisme pour interpréter ce livre. Je ne peux que lui adresser mes félicitations.

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lundi, 16 avril 2007

L'adieu au Connemara, d'Hervé Jaouen.

L'adieu au Connemara L'ouvrage:
1846-1847. La famine ravage l'Irlande. Le pays est sous le joug des anglais. Les riches propriétaires laissent mourir les métayers de faim.

Josephine Maloney a dix-huit ans. Elle est la seule survivante de sa famille. Elle n'a plus rien, donc plus rien à perdre, sauf sa vie. Elle se rend dans un hospice où les religieuses essaient tant bien que mal de maintenir des moribonds en vie. Elle aide du mieux qu'elle peut.

Un jour, arrive William Benson, fils d'un riche propriétaire anglais. Il prend toute la mesure de la misère des irlandais et cela le révolte. Il veut faire bouger les choses. Pour cela, il compte suivre des émigrants en Amérique, et faire le récit de son voyage sur un carnet de bord. Il a également l'intention de dépeindre l'indigence des irlandais, asservis et maltraités. Josephine l'accompagne.

Critique:
Dans la postface, Hervé Jaouen explique qu'il a écrit cette histoire pour plusieurs raisons. D'abord, il voulait parler de la grande famine qui dévasta l'Irlande. Ce fléau est mal connu des français. Pour ma part, j'en avais entendu parler, mais je n'avais jamais rien lu à ce sujet.
D'autre part, l'auteur se passionne pour l'Irlande.
Enfin, l'arrière-grand-mère de son épouse était orpheline, et les recherches généalogiques lui ont fourni peu de renseignements à son sujet. Il a donc décidé d'imaginer les circonstances de sa naissance.

Ce livre est à lire. Il décrit la misère des irlandais, la brutalité des colons. Hervé Jaouen apporte bien sûr des nuances. Tous les anglais ne sont pas des assoiffés de pouvoir, traitant les irlandais comme du bétail.

D'autre part, le roman contient une belle histoire d'amour. On s'en doute assez vite, mais on l'attend aussi. Elle n'arrive pas inopinément. Le lecteur la voit grandir et s'épanouir au gré des pages.

Attention: la fin n'est pas des plus heureuses. Personnellement, j'en ai été très surprise, car, allez savoir pourquoi, je m'attendais à une fin où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. La fin imaginée par Hervé Jaouen est un peu plus réaliste que la mienne. J'aurais tout de même préféré qu'il la fît moins dramatique. Mais il devait faire ce genre de fin...

Mise à part cette fin, quelques passages un peu longs, et certains traits du caractère de William qui m'ont mise un peu mal à l'aise, je vous recommande ce livre. Avec le recul, je dirais même que ce qui m'a gênée au premier abord est un plus, car cela rend le livre plus vraisemblable. William est un peu emporté, par exemple. Eh bien, oui: ce n'est pas le héros parfaits des romans aseptisés d'auteurs comme Barbara Taylor Bradford, par exemple.
J'espère donc que vous passerez un bon moment avec ce roman, et qu'il vous en apprendra plus sur la période de la famine en Irlande, comme l'a souhaité l'auteur.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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