Le silex et la rose

L'ouvrage:
Julia nous raconte la vie de sa famille depuis sa naissance. Ses soeurs et elles furent élevées dans l'optique de les transformer en oies blanches, uniquement destinées à épouser des hommes, et à leur servir de décoration. La vie en décidera cependant autrement, car le père des trois soeurs meurt subitement, laissant une veuve joyeuse et trois filles bien décidées à mener leur vie comme elles l'entendent. Prudence et Julia se mettent en tête de réfléchir et de vouloir être heureuses. Quant à Célia, elle n'aspire qu'à une chose: se marier.

Critique:
Voilà quelques années que je repose une saga familiale avec un soupir excédé, sans la terminer. Je me suis dit que mes goûts avaient changé, et que c'était normal. Eh bien, avec ce roman, j'ai découvert qu'il y avait encore des sagas familiales qui me détendaient, et que je trouvais plaisantes et agréables à lire. Pourquoi ai-je bien aimé «Le silex et la rose», et repousse-je les Barbara Taylor Bradford, les Juliette Benzoni, les Christian Signol, etc? D'abord, «Le silex et la rose» n'est pas rempli d'ellipses. J'ai horreur de ces romans qui commencent alors que le personnage principal a disons treize ans, racontent quelques mois de son adolescence, puis au chapitre suivant, il a vingt ans, etc. Pour moi, ça fait bâclé et mal construit. Par ce biais, l'auteur ne creuse pas réellement ses personnages, on ne les voit pas évoluer, ils ont l'air inachevés car ils sont brossés à trop grands traits.
Brenda Jagger évite cet écueil, et nous fait entrer dans la vie et les pensées de ses personnages en prenant le temps de nous montrer leur façon de réagir, leur évolution. Son livre est complet, achevé, à l'inverse de ceux des auteurs précédemment cités.

En outre, chez les auteurs qui m'ont un peu écoeurée de la saga, le personnage principal est toujours parfait, ou bien tout le monde l'aime malgré ses défauts. Ici, les personnages ne sont pas parfaits, on ne les approuve pas toujours, mais on les comprend. Ils ont des raisons d'agir comme ils le font, et même si on les trouve mauvaises, et qu'on n'aime pas certains personnages, on comprend leur logique.
Julia, par exemple, n'est pas la parfaite héroïne de Benzoni, intrépide, que l'on imagine toujours tirée à quatre épingles et le teint frais au saut du lit. Elle doute, fait des choix hasardeux, se trompe... toutes les portes ne s'ouvrent pas devant elle comme par magie: elle apprend de la vie, des gens qu'elle rencontre, des événements qu'elle traverse. Tout cela est bien plus réaliste que ce que dépeignent les sagas que je repose, et qui m'ont fâchée avec le genre pendant un temps.

En général, dans les sagas que je rejettent, l'héroïne rencontre toujours celui qu'elle aimera jusqu'à la fin des temps, et malgré la vie et les méchants qui les sépareront, c'est avec lui qu'elle connaîtra l'extase sexuelle, n'éprouvant avec les autres avec qui elle doit coucher que frustration et souffrance physique. Ici, c'est un peu moins schématique, un peu plus réaliste, et donc on a plus de surprises, ce qui est plus intéressant qu'un parcours balisé de clichés.
Julia aimera trois hommes. Deux d'entre eux l'aimeront mal, même celui qui tentera de la préserver et de la protéger, justement parce qu'il la prend pour une petite poupée qu'il faut mettre sous verre. Il l'aimera profondément, mais ne saura pas l'aimer pour ce qu'elle est. Elle les aimera du mieux qu'elle pourra.

Sinon, la saga comporte des joies, des peines, des événements de toutes sortes. C'est une famille normale découvrant les aléas de l'existence.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Piette pour la Ligue Braille.

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