La fille de l'hiver

L'ouvrage:
Alaska.
Jack et Mabel (un vieux couple de paysans), ont un peu de mal à joindre les deux bouts, surtout à cause de la rudesse de l'hiver.
Ils s'aiment profondément, malgré certaines blessures, parmi lesquelles l'absence d'enfants.
Un soir, ils font une fillette de neige. Le lendemain, ils s'aperçoivent que leur création n'est plus qu'un tas de neige, et que les vêtements dont ils l'avaient habillée ont disparu. En outre, pendant la nuit, Jack a cru voir une enfant courir dans la neige.

Critique:
Voilà un roman au parfum de conte. L'auteur explique d'ailleurs qu'elle l'a écrit en se basant sur un conte russe. Dans le roman, Mabel et Jack font souvent référence à ce conte. Tout au long de l'ouvrage, le lecteur oscille entre réalisme et onirisme. Par exemple, personne d'autre que Jack et Mabel ne voit la fillette. En outre, sa façon d'apparaître et de disparaître a quelque chose de magique, de même que sa façon de «se fondre» (si j'ose dire) dans le paysage, de faire corps avec les bois. Certaines choses sont expliquées de manière rationnelle, mais elle semble tout de même un être fantastique, à cause d'autres particularités et de la part de mystère qu'elle garde. De plus, on ne peut pas tout rationaliser. Il reste au moins un fait qui semble difficile à expliquer. À vous de savoir si cet écartèlement vous plaît ou non. Quant à moi, il n'a pas gâché ma lecture, car Eowyn Ivey le prépare.

La romancière prend le temps d'installer ses personnages dans un paysage, un climat. J'ai aimé cela. Dès le départ, elle décrit simplement et en détails (qui ne sont jamais pesants) la vie de ces personnes semblant appartenir à la terre. J'ai aimé découvrir leur caractère en même temps que la nature dans laquelle ils évoluent.

Jack et Mabel sont attachants. Parfois, l'un ou l'autre peut être agaçant, mais quoi qu'ils fassent, ils sont guidés par un souci de l'autre ou de la fillette. En outre, même s'ils gardent ici et là un peu de rancoeur l'un envers l'autre, leur amour et leur complicité ne sont pas à mettre en doute. D'ailleurs, les rancoeurs sont analysées par chacun, et même si la communication n'est pas toujours simple, elle a lieu. Elle sera facilitée lorsque Jack et Mabel devront expérimenter un état qui ne leur est pas habituel.
C'est également avec plaisir qu'on découvre leurs voisins, George et Esther. Ceux-ci sont de réels amis, acceptant Jack et Mabel pour ce qu'ils sont, faisant preuve de solidarité, et ne fuyant pas même s'ils ne croient pas cette histoire d'enfant qui apparaît tous les hivers.

Un livre recélant une ambiance magique, montrant des personnages pleins d'humanité, le tout dans un climat qui me fascinera toujours.

Éditeur: Fleuve Éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Martine Moinat fait partie des lecteurs que j'aime beaucoup parce que je trouve sa lecture naturelle. Ici, elle n'a pas démérité. Je tenais à la remercier d'avoir prononcé les noms propres sans affectation, notamment Mabel, que beaucoup de lecteur transforment en «Mèbeul», ou prononcent carrément à l'anglophone, ce qui m'écorche les oreilles dans un texte français.

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