Je reviendrai avec la pluie

L'ouvrage:
Depuis un an, depuis le décès de sa femme (Mio), Takumi élève seul son fils Yugi, qui a maintenant six ans. Avant de mourir, Mio avait promis qu'elle reviendrait à la saison des pluies. C'est effectivement ce qui arrive à la grande joie de Takumi et Yugi. Seulement, la jeune femme est amnésique.

Critique:
Voilà un joli roman en forme de conte. Je suis heureuse de l'avoir lu avant d'en entendre trop parler. En effet, étant donné ce que j'ai déjà entendu, j'ai la sensation que ce livre va faire parler de lui, et en général, quand j'entends trop parler d'un livre, je fais un rejet.

Takuji Ichikawa parvient à mélanger quelques éléments merveilleux au quotidien de ces personnages si simples. L'ambiance est comme magique, presque irréelle. La jeune femme revient, et reprend ses hommes en main, malgré son amnésie. Chacun se réjouit de la présence des deux autres. Chacun reprend naturellement son rôle, alors que rien n'est normal dans cette situation.

On peut comprendre ce retour de Mio de plusieurs façons. Cela peut symboliser le désir qu'a chacun de retrouver, ne serait-ce que pour quelques minutes, un être aimé à jamais disparu. Cela peut également être vu comme le fait qu'un être aimé accompagnera toujours ceux qui l'aiment profondément, malgré sa disparition. De toute façon, le lecteur ressentira les sentiments des personnages, et s'identifiera à eux.
J'aime beaucoup l'explication que donne Takuji à son fils quant aux défunts. L'auteur y mêle humour et gravité. Cela ressemble à un conte dans le conte.
J'ai également apprécié les moments où Takuji et Yugi sont ensemble. Qu'ils évoquent des sujets graves (Mio), le quotidien (les repas, l'école), que Yugi s'inquiète pour son père, la complicité et l'amour qu'ils partagent sont sources de sourire. Le tout est écrit en un style vivant, précis, traversé d'éclairs de poésie, et de répliques drôles ou attendrissantes.

Lorsqu'un auteur s'attache à montrer une histoire d'amour, et en plus, que cette histoire n'est pas banale, il tombe facilement dans le niais. Ici, ce n'est pas le cas. L'auteur n'est jamais grandiloquent, il ne fait jamais de fioritures, n'en rajoute pas dans l'apitoiement. Il raconte ses personnages, leurs sentiments, ce qu'ils vivent. Bien sûr, certains aspects de ce romans peuvent paraître mélodramatiques, mais je pense qu'il faut plutôt les voir comme de jolis moments, décrivant des personnages dont la force des sentiments les poussera toujours vers le positif. En effet, malgré le sujet douloureux et délicat évoqué, ce livre est lumineux.

Si l'idée du retour de Mio évoque fatalement le merveilleux, d'autres petits détails font louvoyer le lecteur entre le merveilleux et le fantastique. Que dire d'un enfant qui accumule un an de cérumen dans ses oreilles et qui n'a aucune complication (sauf une légère surdité)? Que penser de Pou, le chien du professeur Nombre? Le professeur lui-même paraît étrange dans ce décor. Les personnages, à l'instar du lecteur, ne s'étonneront pas vraiment de ces étrangetés. Elles contribueront à la magie de ce roman.

Il y aurait quantité d'autres choses à dire sur ce livre: sur les décisions prises, la façon de voir certains événements, etc. Mais j'en dévoilerais trop.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a su rendre ce qu'a voulu l'auteur en n'adoptant jamais un ton dramatique.

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