Auteur : Hyland Maria Joan

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mercredi, 1 avril 2015

C'est ainsi, de Maria Joan Hyland.

C'est ainsi

L'ouvrage:
Après que sa fiancée, Sarah, a rompu, Patrick Oxtoby part tout recommencer ailleurs. Il espère, en faisant table rase de son passé, construire une nouvelle vie.

Critique:
Comme dans ses autres romans, Maria Joan Hyland s'attache à montrer un personnage dont la psychologie fera l'essentiel du récit. Ici, on assiste à une espèce de parcours initiatique de Patrick. Au départ, il pense naïvement qu'il lui suffit de tout laisser derrière lui, de faire peau neuve ailleurs, pour que la vie lui sourie. C'est l'une des premières choses que le lecteur trouvera étrange. Pourquoi s'enfuir? Que va concrètement lui apporter cette fuite? En outre, on se demande ce qu'il fuit exactement... Peut-être la réaction de ses parents...

L'auteur plante le décor de manière assez habile. Elle montre comment Patrick s'habitue à sa nouvelle vie, comment il réagit à tel ou tel événement... Le lecteur commencera par penser que le héros est parfois impulsif, emporté... Puis les choses prendront un tournant à la fois préparé et inattendu. En effet, les petites choses que nous savons quant au caractère de Patrick font pressentir un événement de ce genre, mais la petite vie simple décrite par l'auteur n'est pas adaptée à un tel choc.

Dans la deuxième partie du roman, la romancière fait passer son personnage par plusieurs phases. D'abord très centré sur lui et sur l'idée qu'il veut faire passer, il se remettra ensuite en question, et apprendra (dans une certaine mesure) à écouter les autres, et à reconnaître, outre sa faute, qu'il n'a pas su profiter de ce que lui offrait la vie. Il va même plus loin en affirmant qu'il serait capable, malgré la leçon qu'il a eue, de commettre d'autres erreurs...

Au long du roman, j'ai oscillé entre plusieurs sentiments à l'égard du narrateur. Son caractère parfois sans nuances, sa rapidité à vouloir sortir avec une femme, ses «colères» m'ont fait le trouver assez pénible. Cependant, sa remise en question, les choses qu'il découvre sur lui-même alors qu'il pense que tout est perdu, sa manière d'agir avec certains (dans la deuxième partie), ainsi que sa détresse, m'ont fait éprouver de la compassion pour lui. Il est loin d'être tout d'une pièce.

Comme dans ses autres romans, l'auteur montre une famille où les relations sont compliquées, voire superficielles. Si Patrick semble rejeter ses parents, comme un enfant ayant besoin de liberté, au début, ceux-ci ne sont pas là quand notre héros crie son désarroi. Leur défection est bien plus grave que le besoin de prendre l'air du narrateur, au début du roman.

Une réflexion approfondie sur l'âme humaine, sur le tournant que peut prendre une vie...

Éditeur français: Actes Sud
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rupert Farley pour les éditions Clipper Audio.

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mardi, 1 novembre 2011

Dans tes yeux, de Maria Joan Hyland.

Dans tes yeux

L'ouvrage:
John Egan a onze ans. Il est déjà très grand, et sa voix a commencé à muer. Il vit avec ses parents et sa grand-mère. Il est heureux...
Un jour, il se rend compte que son père lui ment à propos d'une chose qu'on pourrait considérer secondaire. C'est alors que John se persuade qu'il est un détecteur de mensonges humain.

Critique:
Voilà un livre assez déroutant. J'ai retrouvé la même difficulté à communiquer que dans «Le voyage de Lou». L'auteur ne fait pas cela de manière grossière. En apparence, les parents de John agissent pour son bien. Ils en sont persuadés, et on pourrait presque s'en convaincre. Seulement, de menus détails montrent qu'ils passent à côté de leur fils. D'abord, sa mère, à l'instar de certains idiots, se préoccupe de sa «croissance accélérée». Elle veut l'emmener voir un médecin, etc. Au lieu de tenter de le complexer, elle aurait sûrement dû lui dire de laisser les moqueurs, d'être lui-même, d'être fier de ce qu'il est. Son inquiétude montre qu'elle aime maladroitement son fils.

Les parents de John cachent beaucoup de choses en riant, en jouant, ou en expliquant qu'ils ne diront rien, alors qu'il dédramatiseraient certaines situations en mettant tout à plat. Ils ne connaissent pas vraiment leur fils qui est, en fait, un garçon hypersensible. Il détecte certains mensonges parce qu'il perçoit qu'on le trahit, et il ne le supporte pas. Il en fait un avantage, et essaie même de se convaincre que la conséquence de cette détection (ses vomissements), est «mécanique», alors qu'elle est due à l’écœurement d'être floué, tenu à l'écart, abusé. Tout comme il ne semble pas à l'aise dans son corps (merci maman qui le complexe), il n'est pas à l'aise dans ce monde de faux-semblants. Il est trop entier.
Une personne parvient à ressentir certaines choses chez lui: l'instituteur remplaçant. Lui non plus ne s'y prend pas toujours bien, mais comment ne pas jubiler à la lecture de ce qu'il fait à Kate?

John semble évoluer seul, parallèlement à ses parents, avec qui il essaie de communiquer. Parfois, il y parvient un peu... Il est moralement livré à lui-même, ce qui fait qu'il agit parfois mal, de manière impulsive.

Je ne sais pas trop quoi penser de l'acte terrible que commet John et de ses conséquences... Il y a quelques notes d'optimisme, surtout avec ce qu'il fait et pense à la fin, mais je n'arrive pas à savoir si ses parents ont vraiment réussi à comprendre sa personnalité. Je suis convaincue que toutes ses frustrations accumulées sont ce qui lui ont fait commettre «l'acte terrible», même si j'en ai été étonnée. Malgré tout, j'ai eu parfois du mal à cerner John... ainsi que ses parents, d'ailleurs.

Ce livre analyse subtilement la psychologie de personnages parfois déroutants, parfois agaçants, souvent attendrissants... La tension se glisse subtilement au coeur de moments où on la croyait loin... La question est finalement: est-ce que l'amour des personnages les uns pour les autres les fera évoluer dans le bon sens et finir par se comprendre?

Éditeur français: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gerard Doyle pour les éditions Blackstone audio
Le lecteur a une voix agréable, et met le ton approprié. En outre, il parvient à lire de manière à ce qu'on ressente l'âge du narrateur, mais sans que cela semble joué. Enfin, moi qui préfère de loin l'accent américain, et qui suis souvent arrêtée par d'autres accent, n'ai pas été gênée du tout par celui de ce comédien (irlandais, ou mélange d'anglais et d'irlandais, je pense).

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lundi, 10 mai 2010

Le voyage de Lou, de Maria Joan Hyland.

Le voyage de Lou

L'ouvrage:
Louise Connor (Lou) est australienne. Elle a seize ans. Elle évolue dans une famille pauvre: ses parents sont souvent au chômage, ses soeurs se droguent et cambriolent des maisons, etc.
Cette été-là, Lou, des rêves plein la tête, s'envole vers les États-Unis. Elle a obtenu une bourse: elle fait partie d'un programme d'échange. Elle va passer une année à Chicago, chez les Harding. À long terme, son but est de rester aux États-Unis, de sortir du bourbier familial.

Critique:
Le livre est captivant. On suit avec intérêt la jeune Lou qui découvre une autre vie. Elle croit que dans une famille plus évoluée que la sienne, elle aura sa place, elle pourra être elle-même... C'est là qu'elle se trompe. Si sa famille est régie par l'ignorance et la violence, la famille dans laquelle elle arrive, et les personnes qu'elle découvre outre les Harding, ne sont qu'hypocrisie et poudre aux yeux. Certaines choses sont assez marquantes quant à cela: par exemple, la scène où Lou aimerait s'interposer entre un enfant et sa mère qui le frappe. Il y a aussi les remarques de Lou quant aux fréquentations de Bridget, etc.
Margaret est un personnage assez affreux, car elle est persuadée qu'elle est ouverte et à l'écoute. Et pourtant, dès qu'on lui propose d'autres façons de penser et d'agir, la voilà qui s'affole et ne sait plus quoi faire. Et en général, quand elle ne sait pas quoi faire, elle se met en colère, et se referme encore plus.
Henry est plus nuancé, mais il n'est pas dans la tête de Lou, et s'il pressent certaines choses, il ne peut en être sûr.
Quant aux enfants, ils ne sont pas très sympathiques au lecteur. James se dit amoureux de Lou, mais n'est-il pas amoureux du mystère dont elle est obligée de s'entourer, ou du fait qu'elle représente l'interdit par plusieurs côtés? Bridget, à l'instar de sa mère, ne cherche pas à comprendre Lou. Elle voit ses actes, mais ne la laisse pas s'exprimer.

Lou est, bien sûr, le personnage le plus intéressant. Elle est en souffrance, car elle désire être aimée. Tout ce qu'elle fait, elle le fait pour être aimée ou parce qu'elle sent qu'elle ne l'est pas comme il le faudrait. Elle est fascinante, car pour qui n'entend pas ses pensées, son comportement est celui d'une future délinquante. Mais le lecteur est dans sa tête, et sait. Il sait que si les Harding avaient réellement écouté Lou, les deux ou trois fois où elle a tenté de leur ouvrir son coeur, tout aurait été différent.
Le mal-être de Lou est également symbolisé par son insomnie. Elle ne dort bien que dans un endroit étranger. Cela pourrait signifier qu'où qu'elle aille, elle ne trouve pas sa place, justement parce qu'elle n'arrive pas à se faire comprendre et accepter. Elle a donc besoin d'endroits inconnus où elle n'a pas été déçue.
D'un autre côté, elle reconnaît elle-même son égoïsme lorsqu'elle admet ne rien savoir des Harding, et ne pas chercher à mieux les connaître. Son désir d'être aimée est si fort qu'elle le projette même sur des gens qu'elle ne peut pas aimer à cause de leur hypocrisie. Quant à celui qui l'aime apparemment sincèrement, elle s'en fiche.
Je parle des Harding, mais le livre analyse d'autres personnages, et les abîmes entre Lou et eux.

Je ne sais pas trop quoi penser de la fin. Elle est ouverte. Que va faire Lou? Sa camarade lui a-t-elle dit la vérité? C'est à nous de décider. En général, je n'aime pas les fins incertaines, mais dans ce livre, cette fin colle bien au personnage de Lou. Pendant tout le livre, elle flotte dans l'incertitude et l'insécurité.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Martine Moinat a su prêter sa voix avec sensibilité et intelligence au personnage de Lou. Je suis toujours aussi contente de l'entendre!

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