Un été sans les hommes

L'ouvrage:
Mia raconte un tournant de sa vie. Son conjoint, Boris, lui annonce, après trente ans de mariage, qu'il veut faire une pause dans leur relation. C'est alors que son monde s'écroule. Après le choc, elle va se remettre en question, va apprendre à vivre sans Boris. Elle commence par aller passer l'été dans le petit village du Minesota où elle a grandi. Entourée de sa mère et des amis de celle-ci, stimulée par un cours d'écriture poétique qu'elle donne à sept jeunes filles du village, Mia nous raconte son été sans les hommes.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. Voilà longtemps que j'étais impatiente de lire des ouvrages de Siri Hustvedt. Peut-être attendais-je trop de ce roman. En tout cas, certaines choses m'ont paru rébarbatives. Par exemple, Mia fait de longues digressions pour exposer telle ou telle théorie. Dans l'absolu, cela peut être intéressant, mais le roman prend alors des allures de documentaire, ce qui m'a gênée, car mon horizon d'attente n'a pas été satisfait. Je n'ai rien contre les documentaires, mais je pensais lire un roman.
D'autres digressions sont des descriptions des états d'âme de Mia. Les réflexions y sont intéressantes, mais cela m'a paru trop lent.

D'autre part, la structure du livre m'a gênée. Notre héroïne ne cesse de mélanger passé et présent. C'est assez déroutant et pas vraiment facile à suivre. Peut-être cela reflète-t-il son état après que Boris lui a appris qu'il voulait faire une «pause».

J'ai également eu du mal à apprécier les personnages. Chacun me paraissait froid. Quant à Mia, j'ai commencé par la trouver pleurnicheuse. Son compagnon la quitte, et cela prend tout de suite d'énormes proportions. Elle en vient à raconter des souvenirs épars de son enfance, expliquant, par exemple qu'elle était rejetée de ses camarades de classe. En la voyant dans ces situations extrêmes,j'ai plutôt eu envie de soupirer, et pas de la plaindre.

Ce n'est que plus tard dans le livre que je l'ai réellement appréciée. D'abord, elle se ressaisit, et se sert de tout ce qu'elle vit cet été-là pour se construire sans Boris. Elle entreprend une espèce de parcours initiatique, voire de mini-psychanalyse. Si au début, elle semble se complaire dans une douleur dans laquelle elle s'enfouit comme une forcenée, ensuite, elle évolue, et montre sa force et sa capacité d'analyse. Outre sa mère et Lola, c'est sûrement l'écriture qui aide Mia.
À la fin, elle est plus forte. En la traitant ainsi, en la forçant à se retrouver face à elle-même, Boris lui a rendu service. Je préfère d'ailleurs Mia célibataire, après que le premier choc est passé.

J'ai beaucoup apprécié les passages où elle raconte son cours d'écriture. Les événements contés peuvent paraître terriblement ordinaires, mais la façon dont elle les analyse est très intéressante. Il a été passionnant de voir comment la jeune femme s'est servie de ce qui s'est passé entre les filles pour les faire réfléchir, et tenter de les faire mûrir. Lorsqu'on voit la production de chaque fille, il est évident que presque toutes n'ont pas su faire preuve d'empathie, surtout Ashley, renvoyant ses défauts et ses problèmes sur la personne qu'elle devait incarner. C'est assez frustrant de voir comme beaucoup de gens n'avancent pas, s'engluent dans un raisonnement, et refusent absolument de se remettre en question. Mia a justement fait le contraire de ce qu'ont fait certaines de ces jeunes filles.
Elle prend part à ce qui arrive aux jeunes filles d'abord parce qu'elle s'inquiète pour l'une d'elles, mais aussi parce qu'Alice est une espèce de miroir pour elle.

Le style de l'auteur est à la fois poétique, délicat, et froid. À l'instar du roman et de ses personnages, il m'a à la fois plu et gênée. Je l'ai tour à tour trouvé beau, piquant, grandiloquent, exagéré...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
La lectrice a une voix douce et agréable. Elle a adopté le ton adéquat pour interpréter ce livre: très sobre, presque froid, avec un brin de mélancolie. En effet, son ton va très bien au texte de Siri Hustvedt. Il ne pourrait pas être lu autrement, sous peine de surjeu.

Acheter « Un été sans les hommes » sur Amazon

Acheter « Un été sans les hommes » en audio sur Amazon