L'empreinte de l'ange L'ouvrage:
Saffie, une jeune allemande sans le sou, se fait embaucher en tant que bonne à tout faire chez Raphaël. Celui-ci tombe amoureux d'elle. Elle est indifférente à cet amour. Elle le laisse coucher avec elle, elle accepte même sa demande en mariage, voyant là une manière d'obtenir la nationalité française, ou du moins, le statut de la femme d'un français. Mais elle reste insensible à son amour. Lorsqu'elle tombe enceinte, Saffie le refuse. Elle fait tout pour "faire passer" le bébé. Elle n'y arrive pas. Plus tard, elle finira par aimer Emile, son enfant, surtout parce qu'il lui sera bien utile pour ses rendez-vous clandestins.

En effet, un jour, elle rencontre Andràs. Et là, c'est le coup de foudre. Sans vergogne, Saffie va passer tout le temps qu'elle peut chez lui, et emmène Emile, qui lui sert de prétexte pour aller faire de longues promenades. Celui-ci finit par croire qu'il a deux pères...

Critique:
Je n'ai vraiment pas aimé ce livre. D'abord, Saffie épouse Raphaël par intérêt. Bon, d'accord, elle ne lui fait pas croire qu'elle l'aime, et quand il l'épouse, il sait qu'elle ne ressent rien pour lui, mais quand même. Ensuite, le coup de foudre qu'elle et Andràs ressentent est quelque chose de très cliché, et de totalement invraisemblable, à mon avis. D'autre part, on se demande si Saffie aime vraiment son fils, puisqu'elle finit par l'aimer lorsqu'il lui sert de prétexte pour aller voir son amant. D'ailleurs, lorsque Raphaël veut envoyer Emile à l'école, Saffie le refuse, et éclate en larmes. Ce n'est pas par amour maternel, mais par égoïsme. En effet, une vraie mère, bien que déchirée de laisser partir son enfant toute la journée (du moins, au début), sait que c'est pour son bien, pour qu'il apprenne des choses, et aussi qu'il s'habitue à ne pas être toujours avec sa mère.

Et bien sûr, c'est grâce à Andràs que Saffie arrive à exprimer les traumatismes qu'elle a vécus dans son enfance. C'est à lui qu'elle en parle. Elle ne cherche jamais à établir un quelconque dialogue avec Raphaël. Objectivement, je ne vois pas trop ce qu'elle trouve de plus à Andràs. Soit, Raphaël n'a pas l'air d''être un homme exceptionnel, mais Andràs non plus. Je ne vois pas trop ce qui le démarque, même aux yeux du lecteur. Raphaël a l'air plus doux et plus compréhensif. De plus, Andràs se moque allègrement de Raphaël, qui est un bourgeois, qui a de l'argent. Je trouve ça bête, méchant, puéril, et totalement immature. Cela ne provoque pas vraiment la sympathie du lecteur à l'égard d'Andràs. Andràs et Saffie ont eu une vie difficile, donc ils se permettent de se moquer du bourgeois qui n'a jamais connu de coups durs. C'est assez bas, à mon avis.

D'autre part, je trouve la fin bâclée. Nancy Huston doit trouver quelque chose pour faire avancer la situation qui commence à piétiner. Elle trouve, mais ce n'est pas une très bonne fin. Il y a d'abord un geste de colère, de désespoir, de frustration, le geste d'un homme qui comprend que tout le monde, même peut-être son fils, se moque de lui. Mais la réaction de Saffie, après ce geste, montre encore son égoïsme. Elle se victimise en réagissant comme ça. Elle a quand même orchestré son propre malheur. Le "geste" de la fin est inexcusable, mais la réaction de Saffie montre qu'elle ne veut pas reconnaître qu'elle n'a pas été une sainte dans l'histoire. Saffie n'évolue pas. Elle reste égoïste, se servant de son passé douloureux pour jouer les écorchées vives, les victimes, et refusant de prendre sa part de responsabilité dans ce qui arrive.

J'ai été très déçue par ce livre... J'en avais entendu du bien, et je ne sais pas trop quel message positif en retirer... Aucun personnage n'est attachant, sauf peut-être Raphaël, parce que le pauvre imagine que son amour pour Saffie fera qu'elle l'aimera aussi. Il a l'air d'un romantique bridé par une femme indifférente, il a l'air de quelqu'un de gentil qui a de l'amour à donner. Malheureusement, il donne à la mauvaise personne. Bien sûr, lui aussi a un peu cherché son malheur, en épousant une femme qui ne l'aime pas, et qui n'a pas vraiment cherché à le lui cacher. Ca peut le faire paraître un peu béta... Andràs et Saffie sont égoïstes. Saffie profite de la vie de luxe que Raphaël lui fait mener, et se permet aussi d'avoir un amant. Quitter Raphaël l'empêcherait d'avoir tout ce pourquoi elle l'avait épousé. De plus, Andràs n'est pas très riche: autant continuer de plumer ce couillon de Raphaël, tiens. Vous allez me dire: "mais c'est la vie, ça, malheureusement". C'est vrai que ce genre de situations sordides se retrouve aussi dans la vie. Ce qui me gêne, c'est que Nancy Huston semble prendre partie pour Saffie et Andràs. On sent, en filigrane, la sympathie qu'elle ressent envers son héroïne, et Andràs. Par exemple, lorsqu'elle explique pourquoi Saffie n'a aucun remords à rester avec Raphaël et à le tromper, elle semble nous dire: "Ce n'est pas grave, qu'elle le trompe, et qu'elle ne ressente pas une once de culpabilité." Bon, on pourrait m'objecter que la réaction de Saffie à la fin, si elle montre son immaturité, montre aussi sa prise de conscience... Ce qu'elle fait implique qu'elle ne reverra plus jamais Andràs, qui semblait être la seule personne pour qui elle ressentait quelque chose de vraiment désintéressé. Peut-être prend-elle conscience de ses méfaits, et réagit-elle ainsi pour se punir, ainsi que pour punir Raphaël, et peut-être même Andràs... Il est vrai que sa réaction peut aussi s'expliquer comme ça. Et dans ce cas-là, Nancy Huston voudrait nous dire que finalement, elle n'est pas tellement d'accord avec Saffie. Saffie s'est fichue de Raphaël, Saffie n'a pas su aimer Emile, l'auteur la châtie à la fin.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Candil Lopez.

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