Urgence ultime

L'ouvrage:
Sophie Phillips est urgentiste. Son mari, Chris, est policier. Ils ont un enfant de dix mois.
Depuis quelques semaines, leurs relations se dégradent. Chris a été agressé dans l'exercice de ses fonctions, et refuse d'en parler. Il se montre toujours irritable lorsque le sujet est abordé, ce qui engendre des disputes entre sa femme et lui.
Le couple ne sait pas qu'il est sur le point de vivre la pire épreuve qui soit.

Critique:
Je vais sûrement paraître sévère, mais beaucoup de choses m'ont dérangées dans ce roman. D'abord, l'auteur utilise des procédés éculés afin de retarder certaines révélations. Par exemple, Chris atermoie, larmoie, se lamente pendant des pages. Il s'accuse, se flagelle, et pendant ce temps, l'intrigue n'avance pas! Plusieurs scènes le montrent voulant à toute force sortir de l'hôpital, afin d'aller dire à on ne sait encore qui qu'il a compris la leçon, qu'il ne le fera plus... Outre que cela retarde l'intrigue, Chris m'a profondément ennuyée. Pourtant, son but était honorable. Je pense que c'est sa façon d'agir envers Sophie, et ensuite de vouloir tout maîtriser alors qu'il tient à peine debout qui m'ont agacée. Du coup, il n'a pas l'air héroïque ou sympathique, mais ridicule.
Et puis, tout cacher à Sophie, refuser de communiquer parce que le pauvre chou continue de se flageller en silence, et donc se punit doublement en épargnant Sophie... ce manque de communication est bien exploité, au début, mais ensuite, il devient pénible parce que ridicule. Chacun s'accuse devant l'autre, puis pense que l'autre le tient pour responsable...!

Quant à Sophie, elle n'est pas mieux, au moment de l'enquête. Elle accumule les inepties. En général, dans un livre, je comprends et partage la douleur d'une mère qui cherche son enfant, et j'excuse ses actes. Mais là... Sophie avait beau être excusable, elle a eu beau prendre la mesure de ce qu'elle faisait, je l'ai trouvée grandiloquente. Je sais que sa situation ferait faire n'importe quoi, mais là, elle ne m'a pas convaincue. Elle s'est jetée sur une idée sans le moindre commencement de preuve (elle pensait en avoir, mais cela ne l'excuse pas), et fait absolument n'importe quoi.
Au début de l'enquête, elle trouve n'importe quel prétexte pour faire le tour des maisons et chercher son enfant... Mais outre que ce n'est pas très crédible, elle aurait dû savoir qu'on ne montre pas un enfant que l'on veut cacher, même si la personne en face parle de méningite foudroyante, surtout parce que quand on est coupable, on sait que tout le monde recherchera l'enfant.

D'une manière générale, les personnages ne sont pas vraiment creusés. Je n'ai rien trouvé qui les démarquerait du lot tout en les faisant ressembler à n'importe qui. Ils ont un métier qu'ils aiment, et qu'ils tentent de faire au mieux, traversent une crise... cela devrait les inscrire dans une sorte de réalité. Pourtant, ils ne m'ont pas convaincue.
Il y a un passage intéressant: quand Chris se dispute avec Gloria. Deux points de vue se confrontent, et le lecteur ne peut décider lequel prévaut. Sûrement celui de Gloria, tout au moins en ce qui concerne le père de Chris. Chris qui aime sa femme, son fils, sa mère, mais n'arrête pas d'agir bêtement avec eux et de les rejeter.

D'autre part, Chris et Sophie émettent tous deux des hypothèses quant aux raisons de ce qui est arrivé. Elles sont crédibles et cohérentes. Cependant, l'auteur fait durer le tout bien trop longtemps.
Et puis, j'ai soupçonné l'un des coupables bien avant les personnages, ce qui fait que l'attente m'a paru plus longue.
J'ai trouvé un peu gros qu'à partir du moment où ils enquêtent sur la disparition d'un enfant, ils tombent presque toujours dans des maisons aux bébés maltraités ou cachés...
Une autre ficelle surexploitée est celle de la personne qui se fait passer pour ce qu'elle n'est pas afin de faire taire un individu gênant.
J'ai donc passé une grande partie du roman à pester après les personnages, et après les énormes ficelles employées par l'auteur.

Lorsque j'ai fini par savoir ce qui s'est passé, j'ai repensé à certaines choses dites par certains personnages, et là, j'ai trouvé que l'auteur avait finement joué. Il y a notamment une chose d'une cruauté et d'une ironie sans bornes dite par l'un des coupables, au détour d'une conversation...
Une autre bonne chose est le début du livre jusqu'au malheur qui frappe les Phillips. La situation est bien posée, les personnages sont crédibles, on les voit dans leur quotidien. Tout cela est intéressant. Par ailleurs, le roman commence sur un moment de tension, ce qui ne pourra qu'attirer et immerger tout de suite le lecteur.
Malgré ces points positifs (qui me semblent moindres par rapport au reste), je ne recommande pas ce livre.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
En général, j'apprécie cette lectrice qui a une voix douce et énergique. Elle sait mêler un peu de jeu à un ton sobre, et c'est très bien. Pour ce livre, j'ai juste un petit reproche à lui faire: vers le chapitre 10, elle s'est mise à prononcer «Chris», «Sawyer» et d'autres en tentant un accent anglophone. Je ne sais pas pourquoi... je me souviens d'elle prononçant normalement les noms, notamment dans «Les quarante signes de la pluie», et là, elle change... Outre que je trouve cela affreux, cela fait qu'elle prononce «Sawyer» de deux manières totalement différentes. Bien sûr, la première n'était pas forcément la meilleure, mais elle aurait pu le prononcer sans affecter un accent... tout comme «Chris». Quel besoin avait-elle de faire un «r» à la simili-anglaise?! Si les lecteurs qui prononçaient les noms anglophones de manière naturelle se mettent à singer les accents, rien ne va plus... :-(

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