Auteur : Hosseini Khaled

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lundi, 20 janvier 2014

Ainsi résonne l'écho infini des montagnes, de Khaled Hosseini.

Ainsi résonne l'écho infini des montagnes

L'ouvrage:
Automne 1952.
Abdullah (dix ans), et Pari (sa soeur de quatre ans), sont inséparables. Lorsque Sabur, leur père, vend Pari à une riche famille de Kaboul (les Wadati), Abdullah en a le coeur brisé. Il vivra pour retrouver sa petite soeur.

Critique:
Voilà un livre profond, puissant, qui emportera le lecteur dans un tourbillon d'émotions et de sentiments très bien décrits et analysés par leur auteur. Une comédie humaine bien pensée, écrite en un style à la fois sobre et vivant. Le romancier n'étale pas les souffrances de ses personnages sur des pages. Il exprime leurs sentiments sans en faire trop, sans tomber dans le niais ou le larmoiement. C'est d'autant plus fort que le lecteur s'imagine ce que l'auteur ne dit pas...

L'événement qui est le squelette de l'ouvrage (la séparation des deux enfants) plongera le lecteur dans un abîme de réflexions. En effet, si l'un des personnages est inconséquent, les autres ne sont pas manichéens: Sabur a des raisons de vendre sa fille. L'auteur les évoque peu: il préfère laisser au lecteur le soin de faire le parallèle entre cet événement et le conte que Sabur raconte à ses enfants (à dessein) la veille du jour de leur départ pour Kaboul. Ce parallèle est intéressant parce qu'on ne pourra pas s'empêcher de le faire tout au long du roman, jusqu'à la fin. En effet, dans le conte, l'enfant a une destinée heureuse, et le père voit ses souvenirs effacés afin qu'il puisse supporter la perte de son enfant. Ces éléments se retrouvent au long du roman, et il est intéressant de voir comment Khaled Hosseini les transpose dans un univers réaliste.

Le seul personnage détestable (à mon avis), est Nila Wadati. Dès la première scène où on la vit, on remarque son inconséquence, son égoïsme. Je n'ai pas été attendrie par ce qui aurait soi-disant fait d'elle ce qu'elle est. Si elle n'est pas manichéenne, elle est crédible, l'auteur ne l'a pas bâclée. Il existe beaucoup de personnes comme elle qui se persuadent qu'elles sont parfaites et qui n'acceptent jamais de se remettre en question. Elle est la seule (parmi les personnages principaux) à n'avoir jamais pensé qu'à elle-même.

Quant aux autres personnages, si on peut les blâmer, si on peut se dire qu'on aurait agi autrement, on comprend leurs motivations. Ils sont profondément humains. La légèreté de Nila est d'autant plus mise en valeur qu'elle se prétend toujours en souffrance, alors que les autres le sont, et tentent de vivre avec. Ils ne s'ingénient pas à briser les vies de leur entourage.

Outre l'événement central du roman, Khaled Hosseini évoque d'autres situations (comme celle de Talia ou de Rushi), afin de montrer la bêtise et l'inhumanité de l'homme en général.
Le comportement d'Idris vis-à-vis de Rushi m'a fait réfléchir. Il est peut-être le second personnage du roman le moins appréciable. Si son cousin est assez prétentieux, et semble avoir autant d'émotions qu'une table, Idris est, finalement, pire. L'auteur explique très bien ses agissements, son raisonnement. Pour moi, Idris il est inexcusable.

Je ne parlerai pas en détails des autres personnages pour ne pas trop en dire, mais chacun est riche, chacun apporte quelque chose.

Khaled Hosseini montre ensuite des humains face à leurs semblables à plus grande échelle. Comme dans ses précédents romans, il évoque la guerre qui eut lieu en Afghanistan, et les conséquences de cette guerre. Il le montre à travers certains de ses personnages.

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Tout comme dans «Mille soleils splendides» et «Les cerfs-volants de Kaboul», c'est le personnage le plus méritant, celui qui a le plus soufert qui est sacrifié. Ici, Abdullah n'a pas pu attendre que Pari le retrouve. Et ici, sa perte de mémoire n'a pas été bénéfique, à l'inverse de celle du père du conte.
J'ai trouvé sympathique que la seconde Pari n'ait pas été éclipsée par la frustration de son père qui n'a pas pu retrouver la première. Au contraire, cet amour l'a poussée vers sa tante. J'ai aimé que cela engendre des sentiments positifs.

Un roman que je ne suis pas près d'oublier, et dont l'écho lancinant résonnera longtemps dans mon coeur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mathieu Buscatto. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Je ne connaissais pas très bien la voix de ce comédien, l'ayant peu entendu en tant que comédien de doublage. Il a su s'adapter à l'écriture de l'auteur, c'est-à-dire qu'il a interprété le livre à la fois de manière sobre et vivante.
Il a pris le parti de prononcer les prénoms orientaux avec l'accent original. Cela fait qu'il roule très légèrement le «r» de Pari, par exemple. Je n'aurais pas été gênée qu'il le prononce comme un pari ou comme la ville. Là, sa prononciation n'était pas exagérée. En effet, beaucoup de lecteurs font un accent et (si j'ose dire) accentuent cet accent. Mathieu Buscatto n'est pas tombé dans ce travers, ce qui fait que sa prononciation de Pari passe très bien.


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vendredi, 8 juin 2012

Mille soleils splendides, de Khaled Hosseini.

Mille soleils splendides

Note: Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle on dit trop.

L'ouvrage:
Afghanistan.
Mariam vit avec sa mère. Elle voit son père tous les jeudis. Celui-ci a trois femmes et dix autres enfants. Mariam est une enfant illégitime.
Un jour, son père lui parle d'un dessin animé qu'il diffuse dans le cinéma dont il est propriétaire: «Pinocchio». Elle veut le voir en compagnie de ses «frères et soeurs». C'est à partir de ce moment qu'elle se rend compte que l'amour de son père n'est pas si grand qu'elle le pensait.

Critique:
J'ai de très loin préféré ce roman à «Les cerfs-volants de Kaboul». L'auteur y décrit magnifiquement des personnages, un décor, une époque, un pays. Il tisse artistement un écheveau de sentiments et d'émotions duquel le lecteur ne sortira pas une fois le livre refermé.
Les protagonistes voient leur histoire indissociable de celle de leur pays. En effet, leurs vies prendront certaines trajectoires à cause d'hommes qui déchirent le pays et piétinent ses habitants. Au milieu de ce chaos, l'espoir naît de petits gestes, d'une indéfectible amitié construite au coeur de l'angoisse, du sourire d'un enfant qui montre à ses «mères» que là est l'essentiel. En d'autres circonstances, cette amitié n'aurait jamais existé.
L'auteur évoque également l'amour presque viscéral que les afghans vouent à leur pays.

Mariam touchera le lecteur. C'est un personnage noble. Malgré ce qu'elle pense elle-même, elle n'est jamais aigrie ni rustre. Elle est sage. Elle rayonne, sa présence illumine le roman. Elle trouve la force et la sagesse de se résigner lorsqu'elle ne peut rien changer. Elle trouve le courage de se révolter lorsque ceux qu'elle aime sont menacés. Elle est comme un soleil protecteur, forte d'un savoir que seul la grandeur d'esprit apporte. Enfant solaire que la vie se chargera d'endurcir, elle se construit seule.

Pour moi, Mariam éclipse un peu les autres personnages. Cependant, aucun n'est fade. Khaled Hosseini a su les créer épais.
Je reste tout de même dure envers le père de Mariam. Malgré son cheminement, je ne parviens pas à lui pardonner.
Quant à Laila, il est facile de s'identifier à elle, car elle a des réactions et des préoccupations qui seraient sûrement les nôtres à sa place.

La structure du roman est pertinente. L'auteur nous présente Mariam, puis Laila. Dans la troisième partie, les points de vue alternent.
Malgré son épaisseur, ce livre ne souffre d'aucun temps mort. Le lecteur respirera au rythme des personnages, et ne les abandonnera qu'avec regret... à la fin de l'ouvrage.
Le style est direct, fluide, parfois poétique.

Attention! Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Rien n'est bâclé, rien n'est incohérent, mais j'aurais préféré que Mariam s'en sorte. Bien sûr, son raisonnement était logique, il n'y avait pas d'autres solutions. Et puis, j'en ai voulu à Laila (que je trouve un peu tiède à côté de Mariam), de n'avoir pas fait son possible pour la «sauver». Là encore, je suis injuste, puisque le juge explique bien qu'il lui faudrait un autre témoignage que celui de Laila... Ma plainte est donc totalement subjective et illégitime... mais je la formule quand même. ;-)

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a une voix douce et agréable. D'autre part, elle a su trouver le ton adéquat pour lire ce roman, prêtant à merveille sa voix à l'auteur et à ses personnages. En outre, j'ai apprécié sa diction claire et soignée.

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lundi, 2 juin 2008

Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini.

Les cerfs-volants de Kaboul

L'ouvrage:
Amir et Hassan sont frères de lait. Ils ont grandi ensemble. Pourtant, ils viennent de deux mondes différents. Amir est le fils d'un riche commerçant Pachtoune, Hassan est celui du domestique Hazara. Hassan est donc le domestique d'Amir. Les deux enfants jouent souvent ensemble. Amir profite de sa position pour se moquer d'Hassan. Hassan n'est que bonté et loyauté envers Amir. Il pardonne volontiers ses moqueries.

Un jour, alors qu'Amir a douze ans et Hassan onze, tout bascule. Quelque chose arrive, et cette chose scelle le destin des deux enfants en leur volant leur enfance.

Critique:
J'ai lu et entendu des commentaires extrêmement élogieux sur cet ouvrage. Au risque de déplaire à certains, je serai un peu plus réservée.

Au début, j'ai été enthousiasmée, car l'auteur plante très bien le décor. En outre, les deux personnages principaux sont attachants. On en veut à Amir de se moquer d'Hassan, mais on pense aussi que c'est humain. En outre, rien n'est manichéen: Amir a des relations difficiles avec son père. Tous deux ne se comprennent pas. Aux yeux de son père, Amir est trop sensible. Amir sait tout cela. Parfois, il pressent que son père lui préfère Hassan. C'est là qu'advient l'événement qui plonge les enfants dans un cauchemar sans fin. Et c'est ici que le lecteur se demande ce qu'il aurait fait à la place d'Amir. Son acte est inexcusable, mais explicable. D'abord, il n'était qu'un enfant. Ensuite, il désire tant être aimé de son père qu'il fait passer son intérêt avant le fait que quelqu'un est torturé par un sadique. Et comme c'est un enfant, et qu'il a envie d'y croire, il simplifie à l'extrême: si ça se passe comme ça, mon père m'aimera, donc je dois faire en sorte que ça se passe comme ça.
Néanmoins, sa conduite après l'événement est inacceptable. Il s'en veut, et réagit à cela de la manière la plus odieuse qui soit, car il ne supporte pas d'avoir tous les jours, devant lui, la preuve de son acte irréparable, un reproche vivant qui crie sa détresse en silence.

Malgré ces personnages complexes, d'autres choses ont gâché ma lecture. D'abord, le personnage d'Hassan est trop gentil, trop loyal. Il ne se révolte pas. C'est d'ailleurs cette inertie qui exaspère Amir, et fait qu'il l'accable encore et encore.
D'autre part, il y a une incohérence flagrante. (ATTENTION! Je dévoile une partie de l'intrigue. Si vous n'avez pas lu le livre, ne lisez pas la fin du paragraphe.) Dans sa lettre à Amir, Hassan explique qu'il ne fait absolument rien pour attiser la haine des talibans. C'est compréhensible et sage de sa part. Et ensuite, lorsque les talibans lui ordonne de quitter la maison de Rahim Khan, il proteste. Bien sûr, sa famille et lui se retrouvaient sans toit, mais ils auraient pu retourner là où ils habitaient avant. Non seulement c'est une incohérence, mais cela donne lieu à la mort d'Hassan et de sa femme. Cela donne à l'auteur la possibilité de faire en sorte qu'Amir revienne à Kaboul pour adopter Sohrab. Pourquoi Rahim Khan n'a-t-il pas rappelé Amir avant? Sachant ce qui s'était passé, sachant qu'Hassan voulait revoir Amir, pourquoi ne l'a-t-il pas rappelé avant? Cette réunion impossible entre Hassan et Amir a été source de frustration pour moi.

Ce que j'appelle arbitrairement la deuxième partie du livre m'a moins plu. Il est un peu invraisemblable qu'Amir retrouve Assef, et que Sohrab agisse comme le fit son père. D'une manière générale, Sohrab et son histoire ressemblent trop à Hassan et à son histoire... En outre, même si la fin est une note d'espoir, trop de choses se sont passées. Les personnages iront de l'avant, et c'est une bonne chose, mais certains ont subi trop de dommages.

Enfin, deux attitudes sont comparées, à un moment. L'attitude de deux personnes face à la mauvaise action qu'ils ont commise. Amir refuse qu'Hassan lui rappelle son acte, et donc, ne veut plus le voir; le père d'Amir se repent, et tente de faire le bien autour de lui. Soit. Seulement, l'acte du père d'Amir est, en un sens, pire que celui qu'a commis Amir. J'ai parlé plus haut de ce qui pouvait expliquer l'acte d'Amir. Celui de son père est non seulement inexcusable, mais en plus inexplicable. Voilà une belle manière de pleurer sa femme et de respecter la loyauté de son domestique. Heureusement qu'il a passé sa vie à tenter de faire le bien pour expier!

Si vous voulez lire un livre exprimant de forts sentiments, parlant de personnages complexes, choisissez plutôt «L'hibiscus pourpre», de Chimamanda Ngozi Adichie. Il y a moins d'invraisemblances.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Germaine Herbignat pour la Ligue Braille.

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