Un père en colère

L'ouvrage:
Stéphane et Nathalie sont dépassés. Leurs deux enfants, Fred et Léa, se droguent, dealent, et les traitent comme des moins que rien. Lorsque Nathalie fait une tentative de suicide, c'en est trop pour Stéphane: il ouvre un blog, le blog d'un père en colère. Il y exprime son mal être, son incompréhension, son besoin de comprendre, et sa colère que les choses aient tourné ainsi.

Critique:
En un livre court, dense, écrit au scalpel, d'un style percutant, choisissant les mots et les exemples qui marqueront, Jean-Sébastien Hongre, signe un roman qui explique, et analyse notre société. Certes, il prend l'exemple d'une banlieue, mais le genre de comportement qu'il décrit ne se trouve pas seulement dans les cités, même si, dans d'autres zones, il est plus atténué.
%L'auteur choisit de raconter cette famille, mais à travers leur vie, leur exemple, ceux de leurs connaissances, et même ceux que Stéphane croise (voir le jeune qui refuse de se faire racketter), il montre que rien n'est simple, rien n'est manichéen, comme se plaisent à le croire certains. Je suis reconnaissante à l'auteur de n'avoir pas simplifié les choses.
N'allez pas croire que Jean-Sébastien Hongre exagère. Certes, il évoque des cas de figure précis, et le tout va très loin, mais je pense que ce qu'il dit doit se produire plus souvent qu'on ne le croit, et surtout bien plus souvent que ce que prétend le sociologue invité à la mascarade qu'est l'émission de télé à laquelle participe Stéphane. La réaction du sociologue est d'ailleurs inacceptable: il dit que ce n'est pas si grave, car c'est rare. Quand bien même cela serait rare, il ne faudrait pas s'en laver les mains pour autant. En outre,une personne soi disant compétente en la matière a encore moins le droit de ne rien faire.
Ainsi, les réactions des uns et des autres sont analysées.

Stéphane représente une forme de courage. Las d'abdiquer, d'avoir peur de ses enfants, de ne pouvoir dialoguer, de sentir que rien ne les touche, il pousse un cri de protestation et de détresse. Mais il se remet en question, cherche à comprendre pourquoi et comment cela a pu arriver. Le plus dur est sûrement de voir que de jeunes enfants ne trouvent pas la force (pour tout un tas de raisons, valables ou non), de s'en remettre à leurs parents.

La position de Nathalie est peut-être pire: elle oscille entre culpabilité (elle en sait davantage que Stéphane) et colère impuissante, elle ne sait pas, ne peut pas assumer ce fardeau. Cependant, je n'ai pas compris sa réaction lorsque le blog de Stéphane a été mis au jour. Certes, la famille n'avait pas besoin d'être prise dans une tourmente de journalistes qui ne voyait en elle qu'une affaire juteuse, mais son refus de le comprendre, de se mettre à sa place, m'a agacée.

Bien sûr, l'auteur n'oublie pas d'exprimer le point de vue des enfants du couple, ainsi que celui d'autres jeunes de la cité. Là encore, il n'y a pas une bande de «méchants= qui s'attaque à ceux qui sont sans défense. Il y a de cela, mais les choses sont plus complexes. Fred, par exemple, est blasé, et a très bien compris comment fonctionnent les choses. Il explique assez rudement que dans notre monde, on ne peut plus espérer aucune entente, aucune communication, qu'il faut frapper pour ne pas l'être. Certes, mais lorsqu'on se penche sur la raison première de ses actes, on voit qu'au moins une personne compte pour lui, malgré tout.
Kamel est sûrement le personnage le plus marquant. Les adultes pensant ne pas avoir de préjugés se les verront envoyés en pleine figure, car ils le prennent immanquablement pour quelqu'un de peu recommandable à cause de son apparence, et de sa nationalité. Kamel est une promesse, un lien possible, une passerelle, un espoir quant à une meilleure communication.
Léa est consciente de l'engrenage dans lequel elle a mis le doigt, mais elle ne peut en sortir pour plusieurs raisons: elle y trouve une certaine paix, un certain pouvoir, une certaine aisance, malgré le mal être que cela engendre.

Ce roman est à la limite du documentaire sociologique, car tous les exemples donnés, tous les points de vue exprimés sont représentatifs. Mais comme c'est un roman, il fallait bien que l'auteur invente une fin. Tout au long de ma lecture, j'en ai imaginé plusieurs. Celle qu'a proposée l'auteur est vraisemblable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Max Milo dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

Acheter « Un père en colère » sur Amazon