Auteur : Hislop Victoria

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mercredi, 18 juin 2014

Une dernière danse, de Victoria Hislop.

Une dernière danse

L'ouvrage:
2001.
Sonia et son amie Maggie quittent Londres, leur ville natale, pour s'offrir quelques jours à Grenade. Elles y prennent des cours de danse. Sonia finit par avoir ses habitudes dans un café et par sympathiser avec le propriétaire. De fil en aiguille, celui-ci va lui conter la guerre civile à travers la vie de la famille Ramirez, qu'il a connue.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. J'en attendais peut-être trop...
D'abord, j'ai trouvé un peu dommage que Victoria Hislop reprenne le même type de trame que dans «L'île des oubliés». (Je pense qu'elle le fait aussi dans «Le fil des souvenirs», au vu du résumé, mais ne l'ayant pas lu, je ne m'y référerai pas.) On voit deux jeunes femmes désoeuvrées quant à leur relation amoureuse, et toutes deux vont apprendre l'histoire d'une famille. Il m'a semblé que la romancière ne pouvait s'éloigner de cette façon de faire.

Ensuite, j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire de la famille Ramirez. Il m'a semblé qu'il y avait beaucoup de clichés, le plus évident étant ce sacré coup de foudre auquel je ne me fais décidément pas. Ensuite, lorsque la guerre éclate, l'orientation des membres de la famille est par trop prévisible. Celui qui s'est toujours montré odieux avec les autres approuve le général Franco, et n'hésite pas à prendre parti contre sa famille... Quant aux autres, ils sont républicains.
Il m'a semblé qu'au début, les personnages n'étaient pas creusés. L'auteur se sert d'eux pour montrer comment la guerre ravagea le pays, mais ils n'ont pas vraiment su m'émouvoir. C'est vers le chapitre 25 (il y en a 40) qu'ils m'ont paru être autre chose que des pions dans les mains de leur créatrice. C'est à partir de ce moment que leurs actes et leurs sentiments m'ont paru vrais, alors qu'avant, cela me semblait «joué», ce qui faisait que j'étais plutôt distante. Seuls Pablo et Concha échappent à cela: eux m'ont paru creusés dès le départ.
J'ai trouvé que la ficelle de la mère qui cache une chose importante à sa fille soi disant pour son bien était clichée. En outre, elle n'avait pas vraiment de raison d'être.

D'autre part, j'ai très vite deviné ce que l'auteur révèle vers la fin. Je pense que la romancière aurait dû amener cela différemment. Elle a voulu insérer un rebondissement (qui, pour moi, n'en fut pas un), et de ce fait, elle a créé une situation improbable, et donc peu crédible. Je parle du fait que Sonia aille justement dans cette ville, dans ce café...

Si les éléments cités plus haut m'ont gênée, j'ai trouvé que Victoria Hislop décrivait très bien une ville à une période donnée. Qu'elle nous emmène à Londres ou à travers l'Espagne, que ce soit dans les années 30, dans les années 50 ou en 2001, le contexte historique est très bien rendu. On n'a aucun mal à s'imaginer dans les lieux décrits, vivant ce que conte l'auteur.
D'autre part, à partir du moment où je suis parvenue à entrer dans la peau des personnages, j'ai été totalement immergée dans l'intrigue. La romancière mêle habilement l'histoire de cette famille (représentative de tant d'autres) à l'Histoire. Elle montre également d'autres familles par le biais de l'exode de Mercedès, et on voit comment chacun réagit à des situations bouleversantes et inextricables.
Selon les dires de l'un des personnages, même les Espagnols en savent peu quant à cette guerre. Je ne sais pas si c'est exact, mais moi, je n'en savais presque rien. Ce roman documenté, retraçant un pan de l'histoire qui, pour moi, restait flou, en apprend beaucoup sur cette période.

La danse est un thème récurrent, comme le souligne le titre. Elle est source d'une joie intense pour Mercedès. C'est grâce à la danse qu'elle reste en vie (à un moment, cela l'aide même financièrement). Qu'elle soit heureuse ou dans le besoin, la jeune femme conserve, intacte, cette flamme, cet amour de la danse qui la rend magique et unique pour qui la voit s'y livrer. Cela aussi est très bien rendu par la plume de Victoria Hislop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laëtitia Lefebvre.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

Je connais et apprécie Laëtitia Lefebvre en tant que comédienne de doublage. J'ai été ravie de l'entendre en tant que lectrice. Elle n'a pas modifié sa voix à l'excès pour différents personnages. Elle l'a fait avec naturel. En outre, je pense qu'il aurait été facile de tomber dans le pathos ou dans le mièvre pour certaines scènes. La lectrice ne le fait jamais. Elle fait passer l'émotion nécessaire, mais n'en fait jamais trop.
Je regrette que l'éditeur lui ait demandé de prononcer les noms propres espagnols à l'espagnole et ceux anglais à l'anglaise. Je comprends la logique, car il n'est pas vraiment évident de prononcer Javier autrement qu'à l'espagnole, et si elle prononçait Javier ainsi, il fallait qu'elle dise les autres noms avec leur accent d'origine. Néanmoins, je continue à trouver cela peu naturel. D'ailleurs, la lectrice accroche quelques fois, car une fis, elle dit «pour Mercedès» en roulant le «r» de «pour». Je suppose que pour elle, ce n'est pas très naturel non plus de prononcer les noms ainsi. Pour ma part, je lui aurais demandé de prononcer Javier à l'espagnole sans exagérer l'accent, et de prononcer les autres noms comme on les dit dans la vie de tous les jours, en faisant la conversation.
Il y a un clin d'oeil amusant à la façon dont est prononcée Miguel. La lectrice le prononce à l'espagnole, donc à la française, sauf lorsque James le dit. Là, elle le prononce Migouel: c'est ainsi que le prononcent ceux qui ne connaissent pas l'Espagnol et pensent le prononcer à l'espagnole, du moins en France. Du coup, je me demande s'il a été calligraphié Migouel dans le livre, si c'est un clin d'oeil de l'auteur à ceux qui prononcent mal. Ce qui voudrait dire que dans les pays anglophones aussi, on croit qu'à l'espagnole, ça se prononce Migouel.

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jeudi, 7 mars 2013

L'île des oubliés, de Victoria Hislop.

L'île des oubliés

L'ouvrage:
2001.
Alexie Fielding vit une relation qui ne la satisfait pas. En outre, elle souhaite connaître la vérité quant à ses grands-parents. En effet, sa mère, Sophia, est très discrète quant à sa famille et son passé. Alexie se rend en Crête où Sophia vécut jusqu'à ses dix-huit ans. Elle y rencontre Fotini qui fut la meilleure amie de Maria, sa grand-tante, et qui lui racontera tous les secrets que Sophia a tus.

Critique:
J'ai adoré ce livre. J'ai juste un reproche à faire. La fin ne me satisfait pas vraiment... D'abord, certaines choses étaient prévisibles. En effet, des événements étant passés, la fin ne pouvait les changer. J'ai trouvé cela dommage, car cela ne laissait place à aucune surprise. D'ailleurs, si la structure avait été différente, le lecteur n'y aurait pas seulement gagné de ne pas «connaître» la fin dès le départ. Si le récit avait débuté en 1939, je pense qu'il aurait gagné en force. Les passages où on voit Alexie paraissent fades à côté du reste. C'est souvent le cas lorsqu'un roman s'étale sur plusieurs générations.

Ensuite, la conversation entre Alexie et Sophia m'a laissée dubitative. Je comprenais Sophia, mais je trouve regrettable qu'Alexie ait seulement su l'abreuver de paroles lénifiantes. C'est trop simple. Je suis d'accord quant au fait qu'on n'est pas responsable d'actes commis par des gens que l'on n'a pas (ou à peine) connus, fussent-ils de la même famille. Entre parenthèses, Sophia aurait pu se rendre compte de cela seule... Mais ensuite, Alexie ne fait qu'apaiser sa mère sur le reste. D'abord, ce n'était pas à elle d'expliquer la réaction de gens qu'elle n'a pas connus, cela aurait été à Fotini. Ensuite, il ne faut pas être diplômé en psychologie pour savoir que, comme elle le dit elle-même, l'attitude passée de Sophia a blessé des personnes. Ce n'est pas à sa fille de lui dire que ce n'est pas grave, car ça l'est. J'aurais préféré qu'elle lui dise quelque chose qui aurait paru plus vraisemblable, même si cela aurait été plus dur à supporter pour Sophia. Il aurait juste fallu qu'elle apprenne à vivre avec des erreurs impossibles à modifier.

À part cette fin décevante, ce roman est une très bonne saga qui ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur évite tous les topoi du genre. Ici, pas de mièvrerie, pas de personnages parfaits qui se sacrifient... On me dira que Maria se sacrifie, surtout à un moment, mais je ne le pense pas. D'ailleurs, l'auteur a fait en sorte que ce ne soit pas un long chemin de croix à la fin duquel on aurait vu une Maria heureuse de ses choix malgré une immense frustration. Victoria Hislop n'hésite pas à sortir des sentiers battus, de sorte que le lecteur est toujours dans l'expectative.
Concrètement, la romancière s'éloigne du convenu en montrant que quelque chose de très rude peut avoir des conséquences bénéfiques. L'un des personnages voit un couperet s'abattre sur lui... ce qui lui évite une chose qui, à mon sens, aurait été pire. Un autre personnage parvient à mener sa barque exactement comme il l'entend... cela ne le rendra pas heureux pour autant, car il sera toujours insatisfait.

Grâce à ce roman, j'en ai appris davantage sur la lèpre et la recherche pour soigner cette maladie. L'idée d'exiler les malades en les rassemblant dans une «colonie» dédiée à cela est assez odieuse, mais à l'époque, on ne savait pas comment soigner la lèpre, on avait peur de l'attraper par de simples contacts. Cette peur est compréhensible. C'est ce qui fait que j'ai compris l'attitude d'Alexandros, à un moment.

J'ai été fascinée par le pouvoir destructeur et toxique d'Anna. Elle souille et dévaste ce qu'elle touche. En effet, elle ne se contente pas d'être une banale égoïste peste. Elle l'est à un point que cela en est risible. Dépourvue de conscience, n'aimant qu'elle-même (je ne pense pas qu'elle aime vraiment celui qu'elle croit, elle est seulement fière de l'avoir «gagné» et qu'il lui apporte une distraction), elle ne paraîtra pas caricaturale au lecteur. D'abord, elle est tout à fait cohérente. J'aurais été très étonnée qu'elle se fît une raison, ou qu'elle compatît sincèrement (elle n'a même pas le tact de faire semblant) lorsque sa soeur est confrontée à une rude épreuve. Là encore, je trouve qu'Alexie l'a fort mal analysée, à la fin. Anna n'était pas faible, ce n'était en aucun cas une pauvre malheureuse.

Bien sûr, le lecteur préfèrera Maria, quoiqu'Anna ait un certain charisme. Certains pourront dire que Maria est trop gentille. J'ai compris son besoin de ne pas faire d'esclandres, et donc, de taire ses colères vis-à-vis de sa soeur. Parfois, elle semble un peu trop gentille, certes, mais elle n'est ni mièvre ni grandiloquente. Et puis, elle aussi commet des erreurs.

J'aime beaucoup Georgis et Hélénie qui tentent de ne pas se laisser abattre par les vicissitudes de l'existence. Georgis fait figure de sage, à mes yeux.

Éditeur: les Escales.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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