Auteur : Higashino Keigo

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jeudi, 23 août 2018

La fleur de l'illusion, de Keigo Higashino.

La fleur de l'illusion

L'ouvrage:
Après le suicide de son cousin (Naoto), Lino se rapproche de son grand-père. Constatant qu'il cultive des fleurs et aime en parler, elle lui propose d'ouvrir un blog qui leur serait consacré. Ne connaissant pas grand-chose à internet, le vieil homme accepte que sa petite-fille s'occupe de tout. Il lui demande seulement de ne pas évoquer une fleur jaune à propos de laquelle il reste évasif.

Critique:
Ce roman est assez lent, mais cela ne m'a pas du tout gênée. Pour moi, ici, lenteur ne signifie pas remplissage. J'ai aimé voir se mettre progressivement en place les pièces du puzzle. Je me suis bien doutée que si l'auteur disait ceci et cela, c'est qu'il fallait assembler certains éléments, mais je ne parvenais pas à le faire. Cela m'a ravie. Tout est méticuleusement pensé, rien n'est laissé au hasard, chaque détail finit par avoir son importance. L'énigme n'est ni bâclée ni incohérente. On peut même penser qu'elle est facile à élucider... après en avoir eu la solution. Je n'ai qu'un reproche: les personnages auraient dû émettre un doute quant à ce que promet un autre. Peut-être Keigo Higashino n'avait-il aucune parade concernant cette faille, mais ce n'est pas parce qu'elle n'est pas exprimée que le lecteur n'y pensera pas.
J'ai aussi apprécié que la fin ne soit pas brutale, que l'écrivain prenne le temps de nous dire comment évoluent les personnages principaux.

Les personnages m'ont été sympathiques, surtout Lino et Sota, dont la rencontre était fortement improbable, et a été orchestrée par les mystères qui les réunissent.
La plupart des protagonistes sont creusés. Au sujet de l'un d'eux, il ma plu de tomber dans le piège tendu par le romancier. Il l'a fait très subtilement, et m'a bien eue.

Je me rends compte que je ne peux pas dire grand-chose à propos de ce livre sans trop en dévoiler. Je suis un peu frustrée d'écrire une chronique si courte. Je ne peux que l'achever par ce conseil: lisez ce livre savamment pensé et construit.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 16 mai 2016

La lumière de la nuit, de Keigo Higashino.

La lumière de la nuit

L'ouvrage:
Le cadavre d'un prêteur sur gages est découvert dans un immeuble désaffecté. La police enquête. L'affaire semble se résoudre, mais un policier doute.

Critique:
On pourrait prendre ce livre pour un banal roman policier. C'est compter sans la patte de Keigo Higashino. D'abord, il construit son histoire sur une longue durée. Ensuite, il entremêle faits et personnages. Enfin, il installe une ambiance particulière, nimbant certains personnages d'ombre et de mystère. D'autre part, il ne se cantonne pas à ce meurtre du prêteur sur gages, même si on y est fatalement ramené. Il nous fait entrer dans la vie et l'intimité de ses personnages, dépeint leurs caractères par petites touches, les montre confrontés à des faits dont certains semblent anodins.

L'un des personnages interpellera le lecteur, tout comme il interpelle certains personnages. Ce qu'on ressent pour lui nous rappellera sûrement cette sensation que nous éprouvons à côtoyer certaines personnes: elles nous inspirent un malaise, de la méfiance, mais on ne peut pas toujours dire pourquoi. Keigo Higashino exprime cela très bien. Bien sûr, l'auteur finit par donner des raisons tangibles d'apprécier ou pas ce personnage, mais son ambivalence est très bien rendue sur une grande partie du roman.

Certaines choses sont expliquées, d'autres sont facilement déduites.
Si l'intrigue est très bien construite, si les informations sont savamment distillées, le lecteur pourra se perdre un peu. Chaque partie présente des personnages différents. Certains reviennent, mais cette construction est un peu déroutante. En outre, il est parfois difficile de se retrouver dans les noms japonais. Il faut être très vigilant, et retenir qui est qui, qui a fait quoi, afin de bien comprendre qui revient à tel moment, et comment la suite de son histoire s'imbrique dans l'intrigue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc Lévy pour l'association Valentin Haüy.
Je ne peux m'empêcher de plaindre un peu ce lecteur qui a un homonyme assez connu. Mis à part cela, j'ai apprécié sa lecture. Il n'a pas tenté de trop en faire, ni de prononcer les noms japonais de manière alambiquée.

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lundi, 3 février 2014

Un café maison, de Keigo Higashino.

Un café maison

L'ouvrage:
Alors qu'il se trouvait seul chez lui, Yoshitaka Mashiba est empoisonné par l'absorption d'une tasse de café. Parmi les policiers chargés de l'affaire, il en est une qui soupçonne sa femme, Ayané. Pourtant, l'alibi de la jeune femme est inattaquable.

Critique:
Dans ce roman, Keigo Higashino a fait le même pari que dans «Le dévouement du suspect X», c'est-à-dire révéler une information importante au lecteur, puis montrer comment les policiers la découvrent. Si le roman sus-cité n'était pas gâché par cette révélation, je n'en dirais pas autant ici. Ne pas savoir une certaine chose aurait pimenté le roman de davantage de suspense. D'une manière générale, ce roman est bâti sur le même principe que celui sus-cité, mais il est plus lent, plus compliqué, et il y a moins de rebondissements.

L'auteur complique beaucoup les choses. Bien sûr, son but est de mettre au jour un processus machiavélique d'ingéniosité, mais les policiers passent tellement de temps à le démonter, et semblent tellement tourner en rond entre l'eau du robinet, l'eau en bouteille, et l'eau filtrée que j'ai trouvé que c'était beaucoup trop long. L'idée aurait gagné à être exploitée sur un plus petit nombre de pages. l'auteur a voulu créer certains rebondissements, notamment lorsqu'Ayané évoque l'eau en bouteille, mais il n'a fait qu'ajouter des complications sans intérêt. Tout ce qu'il explique est justifié, mais il en fait trop.
D'autre part, les lenteurs ne viennent pas seulement de cette histoire d'eau. Les pensées d'Hiromi, par exemple, m'ont souvent ennuyée. le but est de lui donner de l'épaisseur: ça n'a pas vraiment pris avec moi.

En outre, la psychologie des personnages ne m'a pas l'air très creusée. Certains sont absolument détestables, d'autres (notamment Hiromi) m'ont paru fades et peu dignes de compassion. Ayané est davantage fouillée que les autres.
J'ai trouvé facile (voire indigne d'un auteur que j'apprécie) de faire en sorte que l'un des policiers soit aveuglé par les sentiments qu'une personne éveille en lui. D'ailleurs, cette espèce de semi-coup de foudre est invraisemblable, et fait dangereusement pencher le livre vers les mauvais romans à l'eau de rose.

Plus tard, le romancier tente de créer un peu de suspense. C'est lorsque Yukawa pose des questions auxquelles le lecteur (à l'instar de Kaoru) ne doit rien comprendre, puis qu'il explique qu'il ne veut rien dévoiler pour ne pas donner d'a priori. Il en dévoile tant qu'il aurait tout aussi bien fait de la dire, son astuce impossible.

Enfin, si on pinaille, on peut penser que la fameuse astuce n'était pas infaillible, notamment parce que le café aurait pu être préparé en présence d'Hiromi, et qu'elle aussi aurait pu en mourir.
L'idée est intéressante, mais trop diluée.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Madame Bratschi n'a pas aimé ce roman. Cela ne se sent pas du tout à sa lecture. Elle a eu beaucoup de mérite à le lire en entier sans montrer son déplaisir.

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mercredi, 11 décembre 2013

Le dévouement du suspect X, de Keigo Higashino.

Le dévouement du suspect X

L'ouvrage:
Yassuko Anaoka est harcelée par son ancien mari. Un soir qu'il va trop loin, elle le tue. Son voisin, Ishigami, amoureux d'elle, lui propose de l'aider afin qu'elle ne soit pas soupçonnée.

Critique:
Le pari était risqué. En effet, dès le départ, le lecteur sait qui a tué. Le L'auteur prend donc le risque de l'ennuyer en décrivant les tâtonnements de la police. C'est d'ailleurs ce qui arrive sur quelques chapitres, mais ce n'est pas très long. Keigo Higashino parvient à créer des rebondissements assez inattendus pour surprendre son lecteur. En outre, la personne qui «tient les ficelles» (si on peut dire), manipule habilement la vérité, se servant des faits et de ses sentiments pour créer une machine diabolique, sans failles, impossible à démanteler. Le romancier a minutieusement et soigneusement pensé son roman. Rien n'est laissé au hasard. En général, dans un roman de ce genre, l'auteur laisse quelques incohérences, sa machine n'est donc pas si bien huilée que ça. Ici, il n'est pas question de cela. Une question reste, mais l'absence d'éclaircissement à ce propos ne fait pas que l'énigme est mal conçue. C'est une chose que l'auteur aurait dû expliquer, et qui arrive vers la fin. Bien sûr, le lecteur peut trouver une explication, mais j'aurais aimé que ce point soit clair.

Le personnage d'Ishigami est le plus intéressant, car l'auteur montre un esprit extrêmement fin, un personnage complexe, allant au bout de lui-même. Il est également intéressant de voir une intelligence égale à la sienne l'affronter.
De manière tout à fait irraisonnée, je n'ai pas apprécié Kudo. Je l'ai trouvé trop sûr de lui, trop prompt à vouloir séduire Yassuko. Je ne l'ai pas trouvé épais. J'aurais aimé que l'auteur crée un personnage plus complexe, qu'il serait moins facile de ne pas aimer, cela aurait donné davantage de profondeur à ce roman. Il est déjà très bien, car l'auteur creuse savamment la psychologie des personnages principaux. Pour parfaire son livre, il aurait pu creuser Kudo.
La toute fin est très bonne: elle semble abrupte, mais elle n'est pas bâclée.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Geneviève Glenck pour la Bibliothèque Sonore Romande.
À certains moments, des passages (lettres, conversations qu'on entend de loin) sont en italique. Je trouve dommage que la lectrice ait signalé, à chaque fois: «Début du passage en italique.» puis «Fin du passage en italique.» Cela alourdit le texte, à mon avis. L'auditeur se rend bien compte de la teneur du passage: savoir qu'il est en italique ne lui apporte rien. Pour moi, c'est la même chose que lorsqu'un morceau de phrase est entre parenthèses. Le lecteur ne le signale pas, idem pour la ponctuation du dialogue. C'est très bien ainsi, et je pense qu'il faudrait faire pareil pour les passages en italique, quitte (si on a peur que l'auditeur s'y perde) à insérer une note en début d'ouvrage expliquant la teneur de ces passages.

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mardi, 3 juillet 2012

La maison où je suis mort autrefois, de Keigo Higashino.

La maison où je suis mort autrefois

Note: Ne lisez pas la quatrième de couverture: elle en dit trop.

L'ouvrage:
Sayaka Kurahashi n'a aucun souvenir de sa vie avant l'âge de cinq ans. En outre, elle souffre de troubles, vit dans un mal-être perpétuel. À la mort de son père, elle hérite du plan d'une maison. Elle s'y rend en compagnie de son ancien petit ami, le narrateur. La maison semble à l'abandon, les pendules sont arrêtées à la même heure... Nos deux héros découvrent ensuite le journal d'un jeune garçon.

Critique:
Le premier point positif du livre, c'est l'absence de temps morts. Ensuite, pendant un bon moment, plus on lit, plus le mystère s'épaissit. J'ai également aimé que le lecteur en sache autant que les personnages. On apprend tout en même temps qu'eux, cela crée des liens. Tout comme eux, j'étais en alerte, me demandant ce que j'allais découvrir et comment. Il est d'ailleurs fascinant que les personnages reconstituent ce qui s'est passé à partir d'indices épars, pas forcément faciles à trouver et à interpréter. C'était un pari risqué pour l'auteur, car prendre ce parti pouvait l'amener à glisser vers l'invraisemblance. Heureusement, il maîtrise parfaitement son intrigue.

Certains indices ont d'abord été mal interprétés par les protagonistes. Comme j'en avais décryptés certains (j'ai quand même été abusée par l'un d'entre eux, à l'instar des héros), je suppose qu'ils étaient là pour donner une petite longueur d'avance au lecteur. L'une des interprétations était nécessaire pour que les personnages se fourvoient, et ne creusent pas tout de suite d'un certain côté, ce qui aurait rendu la révélation finale sans réelle surprise. Ces ficelles ont été habilement semées par l'auteur qui s'est attaché à ne pas trop en faire, à doser ses effets.

Le romancier parvient à ce qu'on s'attache à l'intrigue et aux personnages en très peu de pages. Il crée des situations tendues, exemptes de manichéisme (même si certains actes de «l'autre» sont inexcusables). Il tisse, autour de son lecteur et des deux personnages apparemment extérieurs, une ambiance quelque peu oppressante qui met mal à l'aise. Il décrit et analyse parfaitement la psychologie de ses personnages.

J'ai apprécié les jeux de miroir entre les personnages extérieurs et ceux qui ont vécu ce qui s'est passé dans la maison. À un moment, le narrateur évoque brièvement sa propre histoire, et on retrouve des échos de celle dont il essaie actuellement de démêler les événements.

Keigo Higashino a une écriture fluide, simple. Le style convient très bien à ce roman. Il n'aurait pas fallu que l'écrivain fût verbeux et fît des phrases compliquées. Ce style renforce l''impression de rapidité, de fluidité de l'enchaînement des actes et des découvertes.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Cartelaro pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix agréable, sa lecture est sobre, mais pas monotone. J'ai trouvé sa voix un peu sourde, peut-être aurait-elle dû oser parler un peu plus fort. Malgré ce petit désagrément, je la réentendrai avec plaisir.

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