Paula T, une femme allemande

L'ouvrage:
Paula, née dans les années 50, ne souhaite qu'une chose: peindre. Pour cela, elle bravera des interdits, fera des choix difficiles.

Critique:
Christoph Hein brosse ici le portrait d'une femme très complexe qui fera naître plusieurs sentiments contradictoires chez le lecteur. La narratrice explique chaque choix qu'elle fait, donc même si on ne l'approuve pas, on n'a aucun doute sur ce qui la pousse à agir de telle ou telle manière. Inspirant à la fois admiration, répugnance, curiosité, cette femme ne laissera pas indifférent.

Sa relation avec ses enfants est sûrement ce qui perturbera le plus certains lecteurs. Pour ma part, je l'ai comprise, mais je pense que certains seront horrifiés, notamment de ce qui arrive avec sa fille. La comprendre ne veut pas dire que je l'ai totalement approuvée. Ce qui m'a surtout agacée, c'est que Paula était consciente de la portée et des conséquences de ses choix (dont certains étaient égoïstes), mais qu'elle souhaitait également que ceux qui en firent les frais les comprenne et les lui pardonne. J'ai trouvé qu'il était malvenu de sa part de se lamenter, alors qu'elle savait à quoi s'attendre.

On ne voit Hans (le mari de l'héroïne) qu'à travers les yeux de Paula. Comme il tente de s'opposer à ses études de peintre, et que par la suite, il lui cause d'autres torts, on aura tendance à ne pas vraiment l'apprécier. Cependant, la société de l'époque était encore assez fermée quant au rôle de la femme. En outre, les raisons pour lesquelles notre héroïne épouse Hans sont pour le moins discutables, tout comme les raisons pour lesquelles elle se met en ménage, par la suite. À ce sujet, c'est sûrement son attitude envers Heinrich qui m'a le plus choquée. Toute sa vie, Paula s'est insurgée et rebellée contre ceux qui la maltraitaient, et au moment où elle tombe sur quelqu'un de gentil, elle devient son bourreau. (Heinrich n'est pas le seul exemple de cela. Paula est particulièrement cruelle, et au fond, elle sait qu'elle pourrait ne pas l'être.) Je conçois qu'elle n'ait pas éprouvé de sentiments amoureux pour ces personnes, cela ne voulait pas dire qu'elle devait se montrer odieuse.

J'ai aimé l'idée que Katie et Paula cherchaient une âme soeur, peu importe que cela ait été un homme ou une femme. Elles ont certaines idées arrêtées sur les hommes, mais c'est dû à leur vécu et à l'époque. Paula découvre la sensualité et la tendresse là où elle ne les attendait pas forcément. Là encore, l'auteur décrit très bien les sensations et les doutes de cette femme qui tente de concilier ce qu'elle croit être, ce qu'elle souhaite être, ce que la société attend d'elle...

Concernant la peinture, j'ai toujours approuvé les choix de l'héroïne. Elle a toujours fait ce en quoi elle croyait. L'épisode de l'accueil de sa toile blanche montre une confrontation avec des gens bornés pour qui tout ce qui n'entre pas dans ce qu'ils pensent être de l'art n'est pas admissible.

L'enfance de l'héroïne est (comme souvent) une part importante du récit, et expliquera certaines facettes de sa personnalité par la suite. Si le lecteur n'apprécie pas le père, comment trouver la moindre excuse à la mère? On me dira que l'époque et la situation du pays faisaient qu'elle n'avait pas beaucoup de latitude. Ce n'est pas une excuse. Elle aurait pu tenter quelque chose. On voit ce dont elle est capable lors d'un épisode précis où elle surprend tout le monde.
Les épisodes racontant l'enfance de Paula, écrits à la troisième personne, alternent avec ceux de sa vie d'adulte qu'elle raconte à la première personne.

Je n'ai pas aimé que le roman commence par la mort de l'héroïne. Certes, beaucoup le font, et non des moindres. Alexandre Dumas fils l'a fait dans «La dame aux camélias». Cependant, je n'aime pas ce procédé parce qu'on sait tout de suite certaines choses de sa vie à cause de ce que disent certains personnages. On sait aussi comment l'héroïne est morte. Et puis, comme on ne connaît pas bien les protagonistes, il est un peu moins intéressant de les découvrir à un moment critique.
D'autre part, j'aurais aimé connaître l'après. Que vont finir par faire Michaël et Sebastian? On s'en doute, mais j'ai trouvé le tout un peu abrupte.

Un texte profond, puissant, lancinant. Une femme dont l'auteur montre parfaitement la complexité et l'intimité.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Le livre se déroule en Allemagne. La lectrice a pris le parti de prononcer les noms propres avec un accent allemand. Cela ne m'a pas trop gênée. Je pense que c'est parce qu'elle ne l'a pas exagéré.

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