Auteur : Hayder Mo

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lundi, 17 février 2014

Fétiches, de Mo Hayder.

Fétiches

L'ouvrage:
Certains patients de la clinique psychiatrique Beatchway sont persuadés que le fantôme de la Maud hante les lieux. Selon la légende de l'hôpital, la Maud était une infirmière naine. Sadique, elle tuait les patients en s'asseyant sur leur poitrine. Le personnel pense que ces patients sont victimes d'hallucinations. Cependant, les hallucinations leur font faire de curieuses choses: automutilation, par exemple...

Critique:
Je trouve que Mo Hayder s'essouffle. Ce roman est lent, et sans réelles surprises. Il y a trop d'indices permettant de savoir qui est coupable de tout.
J'ai d'abord eu beaucoup de mal à entrer dans le livre. Je trouvais que ça traînait. En général, j'aime que l'auteur prenne le temps de planter décors et personnages. Ici, il m'a semblé que c'était long. Surtout qu'à part les personnages récurrents (Jack Caffery et Flea), les autres ne sont pas vraiment creusés. AJ (le membre du personnel de la clinique que nous suivons), l'est un peu, mais cela ne contrebalance pas les défauts que j'ai trouvés. En outre, s'il est creusé, je l'ai trouvé un peu benêt. Il est vite évident (même pour lui, au fond) qu'il se fourvoie sur un point important.

L'auteur n'hésite pas à utiliser des ficelles qui passeraient si le reste n'était pas si plat. Elle tente de faire croire certaines choses au lecteur, surtout à propos de certains personnages...

L'intrigue est lente à se mettre en place. Ensuite, j'ai deviné trop de choses trop rapidement pour vraiment l'apprécier.
En revanche, l'intrigue secondaire (celle qui implique Flea) m'a plu. À ce sujet, il est dommage de lire «Fétiches» si on n'a pas au moins lu «Skin». En effet, c'est dans «Skin» que commence cette histoire. J'ai aimé retrouver Flea et Caffery.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Hatt.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Le lecteur a une voix agréable. Il modifie sa voix à bon escient pour certains personnages. Cependant, je l'ai trouvé un peu trop sobre, notamment dans la narration. En outre, il fait partie de ceux qui veulent prononcer les mots anglophones à l'anglaise. Malheureusement, sa prononciation de «Caffery» est erronée. Je ne sais pas pourquoi, mais en plus de faire un «r» anglophone, il prononce le «y» «ais». Pour AJ, il se trompe également, à l'instar de beaucoup de français. Il prononce le J «Dji». Or, cela se prononce «djay» à l'anglophone. Encore une fois, pourquoi vouloir absolument prononcer à l'anglophone, surtout si c'est pour se tromper?


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mardi, 4 décembre 2012

Tokyo, de Mo Hayder.

Tokyo

L'ouvrage:
Gray débarque à Tokyo. Voilà plus de neuf ans qu'elle cherche une réponse. Le livre et le film qui tombèrent un jour entre ses mains, les a-t-elle rêvés? On le lui a si souvent répété qu'elle ne sait plus quoi penser. Elle sait qui peut lui dire la vérité. Ce livre et ce film évoquaient les horreurs que les japonais firent aux habitants de la ville de Nanking, en 1937.

Critique:
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Il me semblait qu'il était un peu lent à démarrer. Cependant, maintenant que je l'ai terminé, je pense que ce que je trouvais lent était nécessaire. L'auteur prend quelque peu son temps, au début, mais cela permet au lecteur de découvrir Gray. Sous son air perdu, malgré la façon pitoyable dont on l'a élevée, la jeune fille brave la vie, et veut désespérément croire en elle-même. Elle fléchit, mais ne se brise pas. Parfois, elle se fourvoie, baisse sa garde, tente de prendre une autre direction... Outre le charisme de Gray, c'est un personnage cohérent. Persévérante, passionnée, et attachante, elle forcera l'admiration du lecteur. Ce n'est vraiment qu'à la fin qu'on comprend toute l'importance de sa quête, et de cette phrase qu'elle répète sans cesse, à laquelle elle se raccroche comme si son équilibre mental en dépendait.
Les autres personnages créés par la romancière ne laisseront pas le lecteur indifférent. Qu'on les apprécie ou pas, qu'on les comprenne ou pas, leur excessivité (qu'elle soit bénéfique ou destructrice) touchera le lecteur.

Comme d'habitude, l'intrigue est parfaitement maîtrisée. Elle alterne le journal du professeur chinois et le récit de Gray. J'ai aimé cette polyphonie qui aide le lecteur à mieux comprendre les personnages. D'autre part, un changement de point de vue donne davantage de rythme. La romancière pousse le perfectionnisme jusqu'à faire correspondre les deux époques: les deux histoires se passent en hiver, ce qui accentue le jeu de miroir dont sont «victimes» Gray et le professeur. Entremêlant superstitions et rationalité en un inextricable écheveau dont lecteurs et protagonistes ne sortiront pas indemnes (on louvoie entre horreur et amour), Mo Hayder déploie une palette d'émotions à un rythme effréné (surtout après le premier tiers du roman).

Ce roman est un rappel de ce qui se passa en 1937, à Nanking. L'écrivain s'est documentée, et à partir de ce qu'elle a lu, a créé une fiction autour de faits qui auraient eu leur place dans les horreurs qui furent perpétrées. Je n'avais aucune idée de l'existence de ce pan de l'histoire. J'ai du mal à comprendre comment l'homme peut se montrer d'une telle barbarie envers son semblable. La griserie du pouvoir est sûrement à l'origine de ce genre d'atrocités.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Pierre Schamber pour l'association Valentin Haüy.
Encore une fois, j'ai été ravie d'entendre ce lecteur à la lecture fluide et exempte de surjeu.

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lundi, 26 novembre 2012

Les lames, de Mo Hayder.

Les lames

L'ouvrage:
Lorne Wood, adolescente, a été assassinée. La police enquête, mais l'équipe est scindée. Certains croient en la théorie de Debbie, la profileuse: ce serait un lycéen que connaissait Lorne; Zoé Bénédicte, quant à elle, est sûre qu'il s'agit d'un adulte qui recommencera.

Sally est divorcée. Elle a des problèmes d'argent. C'est alors que David Goldrab, chez qui elle fait le ménage, lui propose de travailler plus d'une fois par semaine sans l'intermédiaire de l'agence qui l'envoie. Ainsi, elle gagnera davantage d'argent. Cette proposition est une aubaine, mais Sally n'est pas rassurée, car David ne lui inspire pas confiance.

Critique:
Malgré une structure classique, le roman est prenant du début à la fin. L'épaisseur du livre ne donne lieu à aucune longueur. Outre une histoire sans cesse en mouvement, le lecteur découvre des personnages intéressants et creusés.

Si le lecteur averti sait très vite que les deux parties de l'intrigue vont se rejoindre, ce n'est pas gênant. D'abord parce que tout est bien agencé, ensuite parce que Mo Hayder ne fait pas languir son lecteur avant de rapprocher les deux intrigues. D'ailleurs, je ne voyais pas trop comment elle ferait. À un moment, j'ai pensé qu'une chose arriverait, et la romancière a inventé un enchaînement différent, ce dont je lui sais gré.
Reproche mineur: je ne sais pas si on peut mourir si vite après avoir reçu une blessure à la jambe. Je sais que ça dépend de l'endroit de la jambe où s'est logé le projectile, mais j'ai quand même trouvé cela un peu gros.

J'ai apprécié que l'auteur nous montre des personnages obligés de sortir d'eux-mêmes pour accomplir des choses pas forcément légales, mais qui semblent être leur seule chance de s'en tirer. Le lecteur oscille entre son sens moral et l'envie d'approuver les héros qui ne semblent pas avoir d'autres solutions, qui inspirent la sympathie, et qui, en plus, s'en prennent à des «méchants» qui n'ont, eux, aucun sens moral.

Je n'aime pas la fin. Elle est pourtant bonne. Mais deux choses m'ont déplu: d'abord, le coupable est trop facile à soupçonner. Même si je ne m'étais pas vraiment arrêtée sur lui, sa culpabilité n'a pas été une surprise pour moi. L'auteur lui a créé une psychologie assez artificielle, à mon avis. Cela le rend cliché. J'ai trouvé indigne d'un suspense si bien mené qu'il retombe avec la découverte de l'identité du coupable.
Ensuite, j'aurais aimé savoir ce qui allait se passer. On s'en doute, mais on se doute aussi qu'un personnage va tout faire pour empêcher la machine infernale. J'aurais aimé savoir comment et si ce protagoniste aurait réussi.

Dans le même ordre d'idées, je regrette un peu que le prologue se passe presque à la fin, puis que Mo Hayder ait, ensuite, raconté comment on en est arrivé là. Je n'aime pas ce procédé qui crée du faux suspense et qui, malgré tout, donne des indices sur certains aspects de l'intrigue. Ici, par exemple, le lecteur saura que Zoé et Sally se sont rapprochées au cours de l'enquête.
Le prologue aurait été utile, voire judicieux s'il se déroulait après le dernier chapitre de la troisième partie, car il expliquerait ce que la fin ne dit pas. Le lecteur aurait donc la réponse à la question avec laquelle la fin le laisse. En outre, il aurait pu se poser des questions, au moment de l'enterrement d'un personnage: le prologue fait-il allusion à cela ou à autre chose.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Pierre Schamber pour l'association Valentin Haüy.
Le lecteur a une voix agréable. Sa lecture est fluide. Il a toujours le ton approprié, et joue sans surjouer.

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mercredi, 14 septembre 2011

Skin, de Mo Hayder.

Skin

Note: Ne faites pas mon erreur, et lisez «Skin» avant «Proies». C'est important quant à ce qui arrive aux policiers, surtout à Flea.

L'ouvrage:
Jack Caffery est confronté à plusieurs affaires. D'abord, on retrouve un cadavre auquel il manque une mèche de cheveux. Ensuite, Lucy Mahoney s'est apparemment suicidée. Cependant, certains détails ne collent pas.
En outre, Jack n'est pas sûr que sa dernière affaire soit totalement réglée.

Flea, quant à elle, ne comprend pas pourquoi une odeur nauséabonde envahit le commissariat. Elle s'aperçoit bientôt qu'elle ne cherche pas au bon endroit...

Critique:
J'avais aimé «Proies», j'ai préféré «Skin». Je pense que cela vient d'abord du fait que j'ai pu davantage m'attacher aux personnages. La vie de Flea est inextricablement mêlée à ses enquêtes du moment. Cela permet de mieux découvrir sa psychologie, sa personnalité. Flea se montrera terriblement réaliste, terriblement humaine. En général, les policiers qui plaisent aux lecteurs transgressent quelque peu certaines lois (Harry Bosch, par exemple), mais le dilemme de Flea me semble bien plus vrai, bien plus solide, bien plus complexe que ceux que j'ai pu lire ailleurs. L'auteur tisse savamment une toile dans laquelle, à force de mansuétude, Flea finit par s'emmêler.
Malgré son angoisse, elle agit toujours de la manière la plus réfléchie possible... sauf une fois: lorsqu'elle subtilise la lettre. À mon avis, si elle l'avait laissée, cela aurait été moins sujet à attirer d'éventuels soupçons si on s'en apercevait.

Quant à Jack, il m'a également semblé que l'auteur prenait davantage le temps de le dépeindre que dans «Proies». Je l'ai trouvé moins ressemblant à ses pairs. Je pense que j'ai eu ce sentiment de personnages vite brossés en lisant «Proies» parce qu'il fallait en lire d'autres avant. Ce que Jack finit par faire est admirable, compte tenu du fait qu'il n'a pas toutes les données en main. Qui aurait décidé d'agir ainsi, ne connaissant, comme lui, qu'un morceau de la vérité?
À un moment, Jack s'obstine à renvoyer le mari de Lucy vers son Officier de Liaison avec les Familles. Cela peut sembler insensible de sa part, mais le connaissant, ce serait plutôt une protection: il ne peut pas s'occuper de toutes les affaire, sous peine d'être complètement vampirisé... surtout qu'il finira quand même par prendre celle-ci en main.

L'intrigue est aussi palpitante que celle de «Proies». C'est renforcé par le fait que plusieurs enquêtes se croisent ou sont menées en parallèle. Cela rend l'histoire plus crédible. La police ne travaille jamais sur une seule affaire à la fois. En outre, il n'y a aucun temps mort.
À un moment, les policiers évoquent une affaire dont l'auteur reparlera, puisque c'est ce qui arrive dans «Proies». J'ai trouvé cela bien pensé, parce qu'étant donné ce qu'on découvre dans «Proies», tout est logique... cela voudrait dire que l'auteur savait déjà, en écrivant «Skin», qui serait le coupable dans «Proies», ce qui dénote un travail approfondi.

J'aime bien la façon dont le personnage de Ruth est présenté. On n'arrive pas à savoir si on la plaint, si on la méprise, si on a pitié, si elle exaspère... je pense que c'est tout cela à la fois... Sa bêtise et sa vénalité la rendent méprisable, mais on voit bien qu'elle comble sa solitude comme elle peut.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

Bibliographie de Mo hayder:
Série Jack Caffery:
1: Birdman, 2000.
2: The treatment (L'homme du soir), 2001.
3: Ritual (Rituel), 2008.
4: Skin, 2009.
5: Gone (Proies), 2010.

Livres seuls:
Tokyo/The devil of Nanking, 2004.
Pig Island, 2006.
Hanging hill (Les lames), 2011.

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vendredi, 29 juillet 2011

Proies, de Mo Hayder.

Proies

L'ouvrage:
Un homme, affublé d'un masque de père Noël, a volé une voiture en neutralisant sa propriétaire, Rose Bradley. Dans le véhicule, se trouvait Martha, la fille des Bradley. Après plusieurs recoupements, la police découvre que l'homme a déjà sévi. Il semble que ce soit les enfants qu'il veuille, et non les voitures. S'il a relâché ses premières victimes, il garde Martha.
La tension monte lorsque les parents reçoivent une lettre où le ravisseur se vante d'avoir fait certaines choses à l'enfant.

Critique:
J'avoue avoir préféré ce roman à «Pig Island». Ici, il n'y a pas de fin abracadabrante.
Mo Hayder joue finement. Elle parvient à promener son lecteur où elle veut. Elle donne des indices qu'on trouve gros comme des maisons... une fois qu'on a la solution. J'ai trouvé très habile de sa part d'être parvenue à me duper en disant la vérité!!! Au final, je pense que j'aurais dû deviner des pans de l'intrigue.
Si elle fait croire certaines choses au lecteur, cela ne dure pas. Elle utilise savamment cette ficelle, car elle ne l'emploie pas à outrance. Ici, elle est même très bonne.
Le livre est assez gros, mais n'est pas lent.
On me dira que Mo Hayder aborde des thèmes et des situations déjà évoqués dans beaucoup de romans du même genre. Ce n'est pas faux. Cependant, elle les renouvelle en les mélangeant adroitement, et en les distillant finement.
Attention! Si vous n'avez pas lu le livre, passez au paragraphe suivant.
Il y a juste une chose que je n'ai pas comprise. Puisqu'il n'a rien à se reprocher dans cette affaire, pourquoi Ted Moon s'est-il fait passer pour son frère? Peut-être à cause de son passé?... Sûrement, mais il m'a semblé que ce n'était pas clair.

On lit assez fréquemment que Mo Hayder écrit des livres sombres. C'est vrai, mais j'ai lu des romans bien plus sombres que celui-là. Je m'attendais à pire. J'ai donc été agréablement surprise, même si certains côtés de ce livre sont effectivement très noirs.

Les personnages sont complexes, mais étrangement, je n'ai pas réussi à m'y attacher. En général, cela me gêne, mais pas ici. J'ai été emportée par l'histoire. D'autre part, les personnages n'ont pas su me convaincre, mais ils sont tout de même complexes.
Je pense que Jack m'a été quelque peu indifférent parce qu'il ressemble trop aux policiers qu'on rencontre souvent dans les romans. Souffrant d'une blessure inguérissable, prêt à transgresser les règles si ça peut servir une bonne cause, sachant où est l'essentiel, ce flic au grand coeur ne manquera pas d'émouvoir ceux qui sont moins endurcis que moi.
Quant aux parents des victimes, je comprenais leur douleur (évidemment!!!), mais je n'arrivais pas à les apprécier.
J'ai été plus sensible au personnage de Flee. Outre sa loyauté, son intégrité et sa pugnacité, elle doit tout remettre en question, justement à cause de cela...
J'ai également été touchée par le Marcheur, cette espèce de Sherlock Holmes des temps modernes, nimbé de mystère, qu'on pourrait croire un peu magicien.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

Bibliographie de Mo hayder:
Série Jack Caffery:
1: Birdman, 2000.
2: The treatment (L'homme du soir), 2001.
3: Ritual (Rituel), 2008.
4: Skin, 2009.
5: Gone (Proies), 2010.

Livres seuls:
Tokyo/The devil of Nanking, 2004.
Pig Island, 2006.
Hanging hill (Les lames), 2011.

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