Risque zéro

L'ouvrage:
2074. Les États-Unis sont devenus les États Sécurisés. Pour annihiler la violence et l'insécurité, de nombreuses lois ont été votées.
Le père de Bo Marsden est en prison pour agressivité au volant. Le grand-père regrette le bon vieux temps. Bo, quant à lui, se prépare à battre son record au cent mètres. Mais il est contrarié par Carlos Furet qui ne cesse de le railler, et à qui il démolirait bien le portrait.

Critique:
Il était dangereux de créer une société que le besoin de faire contrepied aux horreurs qui ont existé rendait forcément pernicieuse. En effet, cette idée d'une société soi-disant meilleure, mais qui engendre d'autres problèmes, a déjà été exploitée, et parfois, l'auteur tourne en rond. Par exemple, je n'ai pas pu finir «Un bonheur insoutenable», d'Ira Levin, car je trouvais que cela tournait en rond. Pete Hautman ne se contente pas de montrer les mauvais côtés d'une société qui se veut exempte de violence et de risques. Il raconte une histoire qui montrera autre chose. Il n'assène pas à son lecteur qu'une société sans violence apporte ceci et cela. Les aventures que vit son héros montrent cela, mais aussi d'autres choses. C'est d'abord la critique de l'excès. À vouloir brimer, on excite les pulsions violentes des gens. Bo se plaint des «gènes pourris» de son père, mais on peut se dire que ses colères sont dues au fait qu'on ne les laisse pas s'exprimer. Il est peut-être un peu dommage que l'auteur ait créé une société qui ne semble avoir que des mauvais côtés alors qu'elle se veut parfaite. Il aurait été plus intéressant qu'elle ait aussi du positif. Au lieu de cela, elle rend certains agressifs, d'autres excessivement peureux (il n'y a qu'à voir le pouvoir de l'auto-suggestion à propos des irruptions cutanées).
À noter que la violence psychologique n'est pas punie, puisque Carlos ne sera pas inquiété... Cela révèle une énorme faille dans ce système a l'air si bien huilé.

La deuxième partie du roman montre un autre aspect des choses, une autre forme de répression, d'animalisation, extrême, elle aussi. J'ai apprécié que l'auteur ne fasse pas de cette expérience quelque chose d'absolument positif pour Bo. Cela n'aurait pas été crédible. C'est bénéfique, mais surtout parce que cela lui montre autre chose, lui ouvre l'esprit, lui apprend à canaliser sa colère... Il acquiert de la maturité. Mais le négatif domine largement.

Bo est un adolescent qui se cherche. Il est sympathique parce qu'il est ordinaire. Il est un peu trop colérique, mais parfait, il aurait pu être agaçant.
J'ai bien aimé Bork. À un moment, je croyais quelque chose à son sujet, et j'ai été ravie de me tromper. Bork est un «personnage» amusant à cause de ce qu'il fait, de sa manière de s'exprimer, etc. Mais c'est aussi ce que l'auteur a trouvé pour rendre un événement vraisemblable. C'est une bonne trouvaille.

La fin va bien au reste du roman. Elle est réaliste, et révèle le caractère que s'est forgé le narrateur.

Remarque annexe:
Souvent, les personnages disent Bo presque à toutes les phrases. Le héros s'en plaint. Je m'en plains également, j'ai trouvé cela très lourd. Ça pourrait être amusant si un seul personnage le faisait, mais là, c'est gros.

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch pour la Ligue Braille.

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