L'enfant perdu

L'ouvrage:
Alyssa Mérimont a disparu à l'âge de douze ans. Cela fait un an. Deux semaines après sa disparition, son père, Spencer, rongé de remords (il devait aller la chercher, ce soir-là, et avait oublié) a quitté la ville. Catherine (la mère d'Alyssa et de son frère jumeau, Johnny) a complètement sombré dans la dépendance médicamenteuse. Par faiblesse, elle a laissé Duncan Holloway (l'homme le plus riche de la ville) l'assujettir.
Johnny, quant à lui, ne renonce pas. Il sait où chercher sa soeur et s'y emploie.

Critique:
Ce livre n'est pas un thriller comme les autres. L'auteur a pris la peine de donner beaucoup d'épaisseur et de profondeur à ses personnages, et de les entourer d'une ambiance savamment décrite.

John Hart décrit des personnages aux vies brisées qui tentent de s'en sortir malgré tout. Même lorsque les protagonistes se fourvoient ou agissent en dépit du bon sens, même quand le lecteur est exaspéré par leur conduite (je pense surtout à Catherine), il n'est pas possible de leur en vouloir tout à fait. Bien sûr, je n'ai pu m'empêcher de comparer la façon dont réagit Johnny et celle dont réagit Catherine... au désavantage de cette dernière. Pourtant, il est facile de comprendre qu'un être humain qui n'était pas vraiment préparé (on ne l'est jamais vraiment, mais certains le sont plus que d'autres) à ce genre de choses perde pieds.

D'autres personnages feront réfléchir, notamment un dont on se demande comment il a supporté le calvaire psychologique qu'il a vécu.

John Hart a l'art de décrire des situations qui, sous une autre plume, paraîtrait totalement incongrue. Je pense d'abord à Johnny qui ressemble à une espèce de super héros. Il est très bien campé par l'auteur qui rappelle sans cesse son état d'enfant, sa vulnérabilité, son enfance à jamais perdue. Mais je pense aussi à Lévy Freemantel. Jusqu'au bout, on ne saura jamais vraiment qui il est. On connaît son identité et son passé, mais qui est-il vraiment?... N'a-t-il pas été placé sur le chemin de nos héros exprès? D'autre part, à l'instar de Johnny et d'autres, il est une victime de la bêtise et de l'impuissance de la justice des hommes.

Bien sûr, il y a des «méchants» qui sont uniquement cela. Mais ils sont loin d'être caricaturaux. Ils représentent un pan de l'humanité.

L'intrigue est très bien menée. L'auteur n'a pas besoin de créer d'énormes rebondissements à chaque page pour tenir son lecteur en haleine. Il lui suffit d'enchaîner les faits, de dérouler son histoire de manière fluide et totalement inattendue pour le lecteur. Il y a une chose dont j'aurais dû me douter, car elle était évidente. J'étais tellement prise par les personnages et l'histoire que je ne l'ai absolument pas vue venir.
La solution va bien au roman. En effet, ce livre montre la vie dans toute sa beauté, sa noirceur, avec ses hasards, ses coïncidences (heureuses ou non), ses moments cruciaux, ses espoirs, sa saleté.
J'ai apprécié ce qu'implique la toute fin.

J'ai l'impression que ma chronique ne rend pas assez justice à ce roman que je ne suis pas près d'oublier. Cependant, j'ai tenté d'en dire le moins possible tout en donnant envie de le lire. J'espère avoir réussi.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sylvie Barghon pour l'association Valentin Haüy.

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