Les Cinq Quartiers de l'orange

L'ouvrage:
Cacis, Reine-Claude, et Framboise d'Artigen ont grandi dans le petit village des Laveuses, sur les bords de la Loire, à environ quinze kilomètres d'Angers. Ils y a connu la deuxième guerre mondiale. C'est pendant ces années sombres qu'un drame se produisit aux Laveuses, et que Mirabelle, la mère des trois enfants, fut tenue pour responsable.

Bien des années plus tard, Framboise revient au village. Personne ne sait qui elle est grâce au fait que son nom de famille est différent. Sa mère lui a légué son album de recettes qui contient également des notes. Framboise ouvre une crêperie.

Critique:
Ce roman est un coup de coeur. L'ensemble m'a plu.
Au début, j'ai eu un peu de mal à apprécier la structure du livre, car habituellement, je n'adhère pas à cette façon de faire. Le présent et le passé de Framboise sont enchevêtrés. C'est quelque peu déroutant, mais au final, cela m'a fait plaisir de rassembler les pièces du puzzle. C'est aussi une ficelle un peu facile afin de créer du suspense. Je la pardonne à l'auteur, car j'ai trouvé le roman bien construit, mais aussi parce que j'ai apprécié tout le reste du livre.
D'autre part, les deux intrigues m'ont plu, donc, je n'étais pas dérangée de passer de l'une à l'autre.

On pourra s'étonner que j'aie autant apprécié ce roman, moi qui trouve que les auteurs galvaudent le sujet de la seconde guerre mondiale à force de l'évoquer. Mon engouement vient d'abord du fait que ce roman a été écrit avant cette surabondance de livres traitant du sujet. Ensuite, Joanne Harris l'aborde sous un angle assez nouveau pour moi. On a le point de vue d'enfants vivant dans un petit village. Ils ne se rendent pas vraiment compte (ou ne le veulent pas), de ce qu'ils font. Tout est assez abstrait pour eux. Même lorsqu'ils comprennent la portée de leurs actes, ils sont trop impliqués émotionnellement.
Outre la complexité de l'intrigue, l'auteur a parfaitement su rendre une certaine ambiance, renforcée par la description des paysages.

Framboise est complexe. Le lecteur comprendra ses motivations, aussi bien passées que présentes, mais il ne pourra s'empêcher d'éprouver de l'aversion pour l'enfant qu'elle fut. On admirera son caractère bien trempé, mais on aura du mal à admettre qu'elle aille aussi loin, qu'elle puisse agir de manière cruelle pour obtenir ce qu'elle veut. Lorsqu'elle le raconte, elle explique sa conduite (sans l'excuser), par le fait qu'elle ne se rendait pas compte de la portée de ses actes. J'ai du mal à le croire, étant donné l'intelligence aiguisée de la fillette.

Mirabelle est assez mystérieuse. Sa vie est grignotée par ses migraines, elle s'aperçoit trop tard qu'elle n'a pas su aimer ses enfants... C'est en partie ce qui la fait agir par la suite... C'est un personnage extrêmement intéressant.
Tous les autres personnages éveilleront l'intérêt du lecteur. Qu'on les aime ou pas, ils feront une forte impression.

N'oublions pas que ce roman est une ode à la bonne cuisine! Les secrets de Mirabelle sont tous dans son album, qu'ils soient culinaires ou qu'ils concernent sa vie privée. Ils restent mêlés en un inextricable écheveau.
La cuisine est aussi ce qui fait le succès de Framboise, et ce qui risque de la précipiter dans l'abîme.

Outre toutes ces raisons, autre chose d'indéfinissable fait que ce roman m'a touchée et charmée. Il est empreint d'un certain magnétisme auquel j'ai été sensible.
J'ai cependant cru découvrir quelques erreurs de syntaxe.

Éditeur: Quai Voltaire.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il va de soi que mon appréciation de ce livre a été renforcé par le fait qu'il soit enregistré par cette lectrice. J'apprécie beaucoup sa voix et sa façon à la fois sobre et dynamique de lire à voix haute.

Acheter « Les Cinq Quartiers de l'orange » sur Amazon