L'église des pas perdus

L'ouvrage:
Afrique du Sud, années 50.
Catherine King a huit ans. Sa meilleure amie, c'est Maria, la fille de la bonne. Les deux fillettes partagent tout.
Un jour, Catherine surprend son père en plein adultère. C'est alors que la famille vole en éclat, et que l'enfant est contrainte de quitter son paradis pour être exilée en Angleterre, le pays d'origine de sa mère. Maria attendra le retour de son amie.

Critique:
À cause de la quatrième de couverture, je croyais que ce livre était sirupeux, plein d'amours impossibles et contrariées. Heureusement, j'ai dépassé mon a priori, car j'apprécie beaucoup la lectrice qui l'a enregistré. Bien sûr, il y a bien quelques triangles amoureux dont l'auteur aurait peut-être pu se passer, mais ce n'est pas aussi terrible que ce que je pensais. Par exemple, elle établit tout de suite que Tom et Isobel ne sont pas faits l'un pour l'autre. Soit. Alors, pourquoi se sont-ils mariés? D'autre part, je trouve dommage qu'un personnage soupire sans espoir après Catherine. Cela explique pourquoi ce personnage agit, mais rien ne motive vraiment cet amour, et en plus, l'héroïne en profite. Que de choses très humaines, me direz-vous...

J'ai apprécié l'idée qu'un personnage appartient à un pays, à un climat. Si l'être humain s'adapte, il en est qui ne peuvent pas. Cathy n'a pas seulement perdu son père, le jour de son départ, mais son pays. À l'instar d'Alice dans «Retour à Brixton beach», il lui sera impossible de s'épanouir ailleurs. Comme si son âme était rattachée à son petit village.
J'ai également apprécié que Cathy ne change pas et fasse fi de l'apartheid tout comme lorsqu'elle était enfant.

L'auteur a su rendre une ambiance particulière: les personnages communient avec la nature. Le don de voyance de Maria fait d'elle un personnage à la limite du surnaturel. Elle s'accorde bien avec ce qui arrive dans le roman, et avec l'ambiance parfois feutrée qui accompagne certains événements. La ferme où on cohabite sans toujours s'apprécier, où on se cherche, où un amour naîtra, revêt parfois des aspects gothiques. Au milieu de cela, l'église revient comme une rengaine. C'est le pivot du roman. C'est là que les souvenirs de Maria et de Catherine se promènent, c'est là qu'arriveront certaines choses importantes. L'église n'accepte pas tout le monde. Par exemple, Hendrick est l'un des rares à voir les deux fillettes qui ne sont pas vraiment des fantômes, mais qui ne sont pas non plus de chair et de sang.
À côté de cela, évoluent les cancanières. Ce petit village ne fait pas exception: il renferme ses cancanières. Leurs interventions m'ont fait rire, d'abord parce qu'elles ne peuvent que supposer, mais aussi parce qu'elles semblent réellement se trouver hors du cercle harmonieux que constituent les héroïnes et la nature. Seul, Hendrick parvient à entrer dans ce cercle, et à en sortir pour écouter les cancanières qui l'exaspèrent. Il est comme un garde qui fait tout ce qu'il faut pour que les héroïnes ne soient pas ennuyées.

J'ai également trouvé judicieux que Rosamund Haden émaille le récit du présent de réminiscences du passé. Cela donne du rythme à l'ouvrage, et cela permet de retrouver, par petites touches, nos deux héroïnes lorsqu'elles étaient insouciantes.

Le seul reproche que je ferai tient à une partie de la structure. À l'instar d'autres, Rosamund Haden commence par un morceau de la fin. Au lieu de me faire languir, ce «morceau de fin» m'a donné des indices tout au long du roman, ce que j'aurais préféré éviter.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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