Un sauveur

L'ouvrage:
Aurélie mène une vie apparemment sans histoires. Sa mère a un petit faible pour la boisson; son père organise tout, c'est lui qui assure la bonne marche de la maisonnée. À dix-sept ans, Aurélie tombe amoureuse d'Olivier. C'est alors que ses relations avec ses parents se corsent, cet amour faisant exploser la crise qui était latente depuis plusieurs années.

Critique:
Ce roman, c'est un petit bout de chemin que le lecteur fait avec Aurélie et sa famille. Une famille assez banale, en fait. Les événements qui jalonnent leurs vies sont également ordinaires. Pourtant, je me suis attachée à eux, et surtout, à cette relation familiale pas forcément simple. Aurélie, entière, introvertie, se rend compte, un jour, que son père n'est pas forcément celui qu'elle croyait. Au lieu d'en parler, de tenter de communiquer son mal-être à ce sujet, elle se referme, se replie sur elle-même, sans rien en montrer. Il est donc normal que le premier gros désaccord qui l'oppose à ses parents tourne très vite à la guerre. Personne n'a su s'y prendre, à ce moment-là. Les paroles dites ont été maladroites, et personne n'a vraiment tenté de communiquer. L'auteur a peut-être poussé très loin les actes de Max, le père d'Aurélie. Je ne sais pas si c'est très crédible. Mais cela va avec cette idée qui se prolonge dans le roman: personne n'est toujours comme on le croit. On ne peut pas toujours prévoir les réactions de tous. Max ne sera pas le seul qui surprendra le lecteur: Noémie, Pauline, et même Aurélie. Chacun est confronté à des épreuves qui, parfois, inverse leur cheminement. Qui aurait dit, au début, que Noémie se remettrait en question? Éternelle pleurnicheuse, elle finit par apprendre de la dispute avec sa fille, et par réfléchir sur d'autres aspects de sa vie. C'est peut-être elle qui comprend le mieux qu'ils ne furent pas de bons parents pendant l'enfance de leur fille.

En effet, la révolte d'Aurélie va très loin. Je me suis même dit, à un moment, qu'elle faisait un drame de peu de choses, que son attitude était un peu irresponsable, etc. Soit, mais ses parents l'ont presque laissée s'élever toute seule. Entre l'indifférence de l'une et l'amour dont la sincérité peut être remise en cause de l'autre, on peut dire qu'elle a plutôt bien tourné. L'espèce de naïveté confinant parfois à la bêtise que je lui reproche n'est pas un si grand défaut compte tenu de cela. En outre, elle est lucide sur d'autres points.

L'auteur montre également des vies en mouvement, des situations où rien n'est figé. Certains événements blessent, font prendre des décisions à l'aspect irrévocable, et puis parfois, on réfléchit, on met un peu d'eau dans son vin, on prend un tournant inattendu.
Beaucoup de situations seraient à analyser, et pas seulement après l'émancipation d'Aurélie. Mais j'en dévoilerais trop si je continuais dans cette voie. En effet, ce roman est comme le parcours initiatique d'une jeune fille ordinaire qui, à dix-huit ans, a déjà connu amour, douleur, désillusion, grande joie, etc. Certaines choses m'ont plu, d'autres m'ont paru grosses... Parfois, certaines réactions d'Aurélie m'ont semblé disproportionnées, mais comment réagirais-je à sa place? Il ne faut pas perdre de vue qu'elle découvre assez brutalement, et assez tard, ce qu'est la vie.

Outre une fine analyse psychologique, j'ai apprécié les conversations au cours desquelles l'auteur confronte plusieurs points de vue. Par exemple, Olivier et Pauline s'affrontent sur la notion de province, Aurélie et Olivier ne sont pas d'accord quant au contrat de première embauche, etc. J'ai aimé lire tous ces arguments sans devoir trancher.
À travers le ressenti d'Aurélie, l'auteur montre également la bêtise du racisme.

Éditeur: de Fallois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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