Eleanor

L'ouvrage:
Eleanor est mariée à un homme qui l'aime profondément. Elle a une fille: Agnès. Lorsqu'elle apprend qu'elle est à nouveau enceinte, elle panique. En effet, elle se sent prisonnière de sa vie, de l'amour des siens, elle refuse ce second enfant.

Critique:
Le résumé ne signale pas quelque chose d'important. Si ce livre commence comme un roman axé sur la psychologie des personnages, il est surtout fantastique. Heureusement que je l'ai su (grâce à une chronique) avant de le lire, car sinon, j'aurais été très déçue qu'il ne soit pas uniquement psychologique, et ne l'aurais pas apprécié pour ce qu'il est. Sachant dans quoi je mettais les pieds, j'ai été sensible à la manière dont l'auteur traite le temps, le fait de pouvoir regarder des souvenirs, de se retrouver à tel moment de la vie d'untel, ou de passer dans les rêves de quelqu'un. Tout cela me fascinait avant de lire ce roman, et j'ai déjà imaginé ce genre de choses. Comme dans toute œuvre de ce style, il y a des rituels qui sont comme des repères. Par exemple, au moment où notre monde va être perturbé par les agissements de ceux qui peuvent (dans une certaine mesure) manipuler le temps, l'air se charge d'électricité. Dès le départ, l'eau tient une grande place dans le récit: Eleanor adore nager et plonger, beaucoup d'événements importants se passent près de la mer ou quand il pleut... Cela m'a plu parce que pour moi (comme pour beaucoup de monde, je suppose) l'eau est un élément captivant. Indispensable, purificatrice, mais pouvant être dangereuse, elle révèle ses multiples facettes tout en attirant continuellement l'homme qui ne peut exister sans elle. De plus, je suis persuadée que certains passages où elle tient une place importante pourraient donner matière à de très fortes images dans un film.

Par ailleurs, le romancier installe une certaine ambiance grâce à sa description de paysages, de certaines scènes, et grâce à la part de mystère dont sont entourés des personnages, comme la gardienne ou Maya (au début).

Bien sûr, ce livre fascinera également parce qu'il touche un point sensible: le fait de vouloir sortir quelqu'un (ici toute une famille) de la peine en revenant dans le temps pour réparer les dommages causés. Je sais quelles erreurs je tenterais de corriger si une telle chance m'était donnée. J'ai aimé cette intrigue et la manière dont l'auteur exploite le thème. Celui-ci ayant été maintes fois utilisé, Jason Gurley a fait un pari risqué. Pour moi, il l'a réussi. J'ai aimé que l'auteur ne tombe pas dans le travers de certains qui consiste à dire que si on change les choses pour faire de bonnes actions, cela a forcément de mauvaises répercussions sur d'autres événements. Ici, les personnages ne savent pas quelles seront les conséquences de leur intervention. Ce qui est dommage, c'est qu'à la fin, le lecteur ne sait pas grand-chose non plus. Un chapitre supplémentaire n'aurait pas été de trop. Je suppose que l'auteur a souhaité que le lecteur choisisse, mais j'aurais voulu savoir comment lui voyait les choses. C'est le seul reproche que je ferai à ce roman.

Au long du livre, je n'ai pas réussi à ressentir de la compassion pour Agnès. Je savais qu'elle avait des circonstances atténuantes, et il est évident que lorsque quelqu'un a atteint sa limite, il ne peut pas se relever. De plus, je ne sais pas comment j'aurais réagi à la place d'Agnès, donc je ne devrais pas lui jeter la pierre... Cependant, je la trouve immonde envers sa fille. C'est surtout cela que je n'accepte pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Random house audio.

Cassandra Campbell est un nom qu'on retrouve souvent à la fin de mes chroniques depuis quelque temps. J'apprécie de plus en plus le jeu de cette comédienne. Ici, elle n'a pas démérité. Que ce soit la mère aigrie, la fillette apeurée, le père dévasté (pour ne donner que ces exemples), elle a parfaitement allié intonation et modification de sa voix.

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